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    Hebdo

    Paraguay: 50 000 enfants sont des «esclaves modernes»

    media Maria Selva Figueiredo pose ici avec son enfant le plus jeune. Ex-criadita, elle élève seule ses six enfants à Remansito, un village près de la frontière argentine. Tony Robin/RFI

    Face à l’extrême pauvreté et à l’absence de services étatiques dans les campagnes isolées, des milliers de Paraguayens se résignent à envoyer leurs enfants vivre dans une autre famille. L'enfant part en ville et devient « criadita ».  Contre une contribution aux tâches domestiques, la famille d’accueil lui promet soins et éducation de qualité. Une pratique ancrée dans les mœurs de la société paraguayenne mais souvent à l’origine des pires violations des droits de l’enfant.

    Selon l’accusation, il l’aurait violée systématiquement pendant six mois, à chaque fois qu’il rendait visite à sa mère chez qui la petite de 13 ans travaillait. Crispin Villaba, avocat de profession, avait déjà été condamné pour abus sexuels et pour son implication dans un réseau international de trafic d’êtres humains. Condamné à cinq ans de prison en première instance, il est pourtant ressorti libre, en attendant d’être jugé en appel. Le parquet général doute qu’il passe une seule nuit en cellule. Le Paraguay a l’un des systèmes judiciaires les plus corrompus du monde.

    Ce dernier fait divers sordide concernant une criadita a seulement fait l’objet, le 1er novembre dernier, d’un entrefilet dans un journal local. Et la légèreté de la sentence prononcée n’a pas fait réagir l’opinion publique paraguayenne. Mais pour Marta Benitez, militante pour les droits des enfants et directrice de l’ONG Global Infancia, c’est « déjà une avancée que des enquêtes soient diligentées et des sanctions prononcées pour des abus sur des criaditas. Il y a quinze ans, explique-t-elle, c’était impossible de rendre visible le quotidien de ces enfants tant ces derniers n’apparaissaient pas comme des sujets dignes de droits pour la société paraguayenne ».

    « Caché de la vue de tous »

    Les criaditas, estimés à 50 000, sont pour la plupart issus des zones rurales isolées où l’Etat ne remplit pas son rôle en matière de santé et d’éducation. Le conflit meurtrier qui oppose de grands propriétaires terriens producteurs de soja et des familles pratiquant la culture vivrière ne fait qu’accélérer l’exode des enfants de paysans et d’indigènes. Dans les centres urbains, leur destin attend les criaditas. Quand des parents envoient leur petit, la famille d’accueil promet de lui faire assister aux cours dans la même école que ses propres enfants, de lui prodiguer soins et bien-être, en échange de quelques services domestiques.

    Mais selon Marta Benitez, la famille d’accueil tient très peu souvent sa promesse. La majorité de ces enfants vit dans des conditions d’« esclaves modernes ». Au Paraguay où un enfant sur quatre travaille au champ, à la mine, dans la construction ou comme vendeur ambulant, la pratique du criadazgo est « la pire forme de travail infantile, car dans la maison d’adultes étrangers, caché de la vue de tous, l’enfant est exposé à la maltraitance, à l’abus, au viol ».

    Ainsi, pendant plus de quatre ans, Maria Selva Figueiredo a reçu de la maîtresse de maison les mêmes insultes en guise de réveil : « Tes parents sont des paysans de merde juste bons à baiser comme des lapins ». En pleine nuit, la petite devait balayer la cour, nettoyer toute la maison, récurer les toilettes. Le petit déjeuner devait être prêt à six heures pile pour le père de famille, médecin à Asunción, et pour les deux enfants du couple, scolarisés dans une des meilleures écoles privées de la capitale. « C’était dur, mais les mauvais traitements ont été beaucoup plus graves pour ma sœur et mon frère », a confié à RFI la trentenaire, aujourd’hui mère de six enfants.

    Née dans un village près de Concepción, dans le nord du Paraguay, Maria Selva a 11 ans quand son père meurt. Ses quatre frères et sœurs en bas âge et sa mère enceinte continuent quelques semaines à travailler la terre. Mais sans les bras et le savoir-faire du père, la migration vers la capitale s’impose comme une fatalité. La famille explose. La mère accouche dans une baraque précaire de Mariano Roque Alonso, une banlieue pauvre d’Asunción où elle survivra avec le nouveau-né et les deux plus jeunes enfants. Maria Selva, son frère et sa sœur aînés sont envoyés dans différentes familles de la capitale et sa périphérie.

    Syndrome de Stockholm

    Après quatre ans quasiment coupée du monde extérieur, Maria Selva, quinze ans et enceinte, est affranchie par ses maîtres et parvient à retrouver sa mère. De l’histoire de son frère, elle ne souhaite pas donner de détails. Sa sœur s’enfuit de la maison de ses tyrans et disparaît plus d’un an. Aujourd’hui encore, seule Maria Selva sait ce qui s’est passé pendant cette année.

    Souvent, les criaditas s’échappent de la maison de leurs maîtres à l’adolescence. Mais, ayant perdu tout lien avec leur famille d’origine, elles se retrouvent à la rue. Là, elles sont exposées à d’autres types de trafic. « Neuf filles sur dix rescapées de la traite d’êtres humains sont d’anciennes criaditas », reprend Marta Benitez.

    Les filles parvenues à sortir du cercle de la violence gardent souvent un sentiment ambivalent pour leurs maîtres, comparable en certains points au syndrome de Stockholm. Aujourd’hui consultante sur les droits de l’homme notamment auprès des Nations unies, et ancienne élue départementale, Tina Alvarenga est originaire du peuple indigène guarani du Chaco, la zone semi-aride couvrant la moitié occidentale du Paraguay. A l’âge de dix ans, elle fut arrachée à ses parents par un militaire pendant la dictature du général Stroessner (1954-1989). Même si elle dit avoir été « maltraitée, insultée, battue, discriminée », elle n’exprime « aucune rancœur » envers la famille chez qui elle est restée jusqu’à ses dix-huit ans. Contrairement à l’immense majorité des criaditas, elle est toujours allée à l’école et elle a même pu, par la suite, entrer à l’université. « Vivre comme ça pour une fille de ma condition, c’était normal vu les circonstances de l’époque, explique-t-elle. Aujourd’hui, c’est une terrible injustice que des enfants aient à vivre chez des étrangers où ils s’exposent à toute sorte d’abus pour espérer avoir accès à des services basiques comme l’éducation ou la santé. L’Etat a une dette envers cette enfance paraguayenne ».

    Pour aller plus loin :

    Journée internationale des droits de l’enfant de l'Unicef

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