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    Hebdo

    Akinwumi Adesina: «On ne peut pas abandonner les paysans africains»

    media Akinwumi Adesina, le nouveau président de la Banque africaine de développement, était de passage à Paris le 20 novembre pour signer une convention avec l'Agence française de développement. DR

    A l’approche de la Conférence de Paris sur le climat, la COP21, le nouveau président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, 55 ans, fait le point sur les enjeux climatiques pour l’Afrique. Classée parmi les cinq premières banques d’investissements au monde, la BAD, qui emploie 2 500 personnes à son siège d’Abidjan en Côte d’Ivoire, participe activement à l’adaptation du continent au changement climatique. Elle a engagé 7,3 milliards de dollars de nouveaux prêts et dons en 2014, sur lesquels 1,5 milliard de financements climatiques.

    RFI : Comment se ressent le changement climatique en Afrique ?
    Akinwumi Adesina :
    Le continent est la région du monde qui en subit le plus les effets, notamment dans le Sahel et les zones désertiques d’Afrique australe, avec la dégradation des sols, la sécheresse et la malnutrition. Madagascar doit faire face à des inondations massives tout comme le Mozambique, de manière récurrente depuis la crue du fleuve Limpopo en 2000. L’assèchement du Lac Tchad, qui a perdu 10 fois sa taille ces trente dernières années, s’avère dramatique. Dans les zones rurales, la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. L’Afrique ne doit pas détenir ce type de record. Il faut changer cette situation, qui pousse à l’émigration et fait le lit de groupes terroristes. On ne peut pas abandonner les paysans africains. Ils sont fondamentaux pour la sécurité nationale de nos pays, ainsi que la sécurité globale.

    Les 100 milliards de dollars par an de financements promis en 2009 par les pays du Nord pour aider les pays du Sud jusqu’en 2020 à faire face au dérèglement climatique, sont-ils suffisants ?
    L’Afrique, déjà frappée par les dérèglements climatiques, ne doit pas l’être encore plus par le manque de financements. Sur les 100 milliards de dollars qui doivent être mobilisés, environ 14% seront dédiés à l’adaptation. Il faut donc accentuer l’effort. La BAD va les tripler de son côté, pour faire passer ses financements climatiques à 5 milliards de dollars en 2020, soit 40% de tous ses investissements. Nous voulons des effets concrets contre la déforestation. Pour mémoire, 700 millions des 1,1 milliard d’Africains n’ont pas accès à de l’énergie propre pour faire la cuisine. Chaque année, 600 000 personnes, des femmes et des enfants, meurent à cause de la pollution causée par le charbon et le kérosène. Ce n’est pas acceptable ! Il en va de même pour l’accès à l’électricité. Nous avons lancé une initiative d’envergure en septembre, le nouveau Pacte d’énergie pour l’Afrique, afin d’allumer le courant.

    N’est-ce pas redondant avec le plan « Power Africa » lancé par le président Barack Obama et celui qu’a annoncé cette année la nouvelle fondation de Jean-Louis Borloo ?
    Non, car nous  voulons donner l’accès universel à l’électricité en Afrique d’ici 2025, en incluant le développement des énergies renouvelables. L’Afrique subsaharienne présente un potentiel hydroélectrique non développé de 300 gigawatts, c'est-à-dire de quoi quadrupler la capacité installée actuelle du continent (80 GW). La BAD est déjà partenaire du plan « Power Africa » lancé en 2013. Elle va rassembler tous les efforts lancés ici et là, et travailler avec les gouvernements de tous les pays africains pour augmenter les investissements dans l’énergie. Il faudra engager les réformes déjà menées avec succès dans la téléphonie mobile, pour résoudre la question des tarifications, des subventions et du rôle du secteur public.

    Y aura-t-il des guerres de l’eau en Afrique ?
    D’une certaine manière, elles existent déjà. Les éleveurs nomades manquent d’eau, d’où des tensions récurrentes à travers le continent avec les cultivateurs sédentaires. Nous avons deux défis à relever : puiser de l’eau et avoir une gestion efficace de cette ressource.

    L’objectif de la COP21 est de limiter à 2 degrés Celsius la hausse de la température mondiale d’ici 2100, au lieu de plus de 4 degrés si rien n’est fait, selon les experts. Pour l’Afrique, deux degrés, n’est-ce pas déjà trop ?
    S’il y a trop de chaleur dans les zones rurales, les populations iront vers les villes et la crise migratoire risque de s’aggraver. Il faut arriver, à la COP21, à la décision ferme que la température n’augmente pas plus. Les gens développés qui polluent le plus doivent réduire très significativement les émissions de gaz à effet de serre. La BAD va aider à faire l’adaptation* de l’Afrique au changement climatique, mais sans travail, sans possibilité de créer de l’emploi dans les zones rurales, sans accès universel à l’électricité, l’émigration va se poursuivre. C’est inévitable : même les insectes vont des zones d’ombre vers la lumière !

    Par quoi faut-il commencer ?
    Le continent détient assez de terres arables pour nourrir la planète, soit 9 milliards de personnes en 2050. Seul problème : on ne peut pas manger des potentiels. Ils existent, mais restent à développer. L’Afrique produit 73% du cacao dans le monde, mais ne le transforme pas sur place… Le continent ne perçoit que 1% des 110 milliards de dollars que représente le marché mondial du chocolat. Il en va de même pour le coton. Nous allons devoir augmenter la productivité pour éviter l’agriculture extensive et la déforestation, mais aussi investir dans l’agro-industrie, la base de tout développement.

    Propos recueillis à Paris par Sabine Cessou

    * COP21: petit lexique des négociations climat.

    A lire aussi :

    Le blog « Idées pour le développement » animé par l’Agence française de développement (AFD)

    Et le dossier « PARIS CLIMAT 2015 » sur notre site www.rfi.fr

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