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Wangari Maathai, aux racines de l'écologie africaine

media Disparue en 2011, la Kényane Wangari Maathai qui avait fait de la campagne de reboisement de l'Afrique une grande cause pan-africaine, continue d'inspirer les mouvements écologistes du monde . Reuters

Surnommée « la maman des arbres », Wangari Maathai fut l'une des grandes figures du combat écologiste en Afrique. Quatre ans après sa disparition, ses décennies de combat pour la sauvegarde de la planète sont plus que jamais d'actualité en ces temps de COP21. Retour sur la vie de cette Kényane au parcours atypique.

Décédée en 2011, à l’âge de 71 ans, suite à une longue lutte contre le cancer, la Kényane Wangari Maathai fut l'une des grandes figures du combat écologiste en Afrique. Lauréate du prix Nobel de la paix en 2004, elle est aujourd’hui mondialement connue. Dans la décennie 1970, la militante avait marqué les imaginations de ses concitoyens en plantant des arbres afin de freiner l’érosion des sols. Elle fonda en 1977 le Green Belt Movement (GBM, Mouvement de la ceinture verte ) dont l’ambition était de reconquérir, grâce au reboisement, des sols en voie de désertification. En presque 40 ans d’existence, son organisation a planté plus de 40 millions d’arbres à travers tout le continent africain. Et ce n’est pas fini !

D’autant moins fini que le mouvement de la Ceinture verte, partenaire depuis 2006 du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP), participe au projet de ce dernier de planter à travers le monde 7 milliards d’arbres, un arbre pour chaque humain sur terre. Programme ambitieux qui justifie milliards de fois ce beau nom de « mama miti », la maman des arbres en swahili, que les Kényans utilisent encore affectueusement pour se souvenir de leur écologiste disparue.

Un destin exceptionnel

C’est un destin hors du commun que celui de Wangari Maathai. Elle est née le 1er avril 1940, dans une famille paysanne modeste, à Ihite, dans le centre fertile du Kenya. Dans les premières années de sa vie, grandissant dans la luxuriance du territoire kikuyu, à l’ombre tutélaire du mont Kenya, la petite Wangari ne savait évidemment pas qu’elle deviendrait un jour « la femme qui plantait des arbres ». Insouciante et heureuse, elle passait ses jours, comme elle l’a raconté dans son discours de récipiendaire du prix Nobel à Oslo, « à jouer sous les feuillages des marantes où je cherchais en vain à ramasser les œufs des grenouilles, persuadée que c’étaient des perles. Mais chaque fois que j’essayais de les prendre avec mes petits doigts, ils se cassaient. Des têtards flottaient par milliers dans l’eau : tout noirs et vifs, ils glissaient dans cette eau claire à travers laquelle on percevait le fonds brun du fleuve. Tel était le monde que j’avais hérité de mes ancêtres. »

C’est la prise de conscience dans les années 1960 de la dégradation de ce paysage vert et fertile de son enfance, sous l’effet conjugué du changement climatique et le déboisement pratiqué par les hommes à la fois pour des raisons commerciales et de survie, qui pousse Maathai à s’intéresser à l’environnement et à l’écologie. Il y a 50 ans, le Kenya était recouvert à 30% par des forêts, alors qu’aujourd’hui 1,7% du territoire reste boisé. Le choc était d’autant plus grand pour la jeune femme qu’elle était longtemps restée loin de son pays natal.

Bonne élève, Wangari avait bénéficié d’une bourse américaine destinée aux Africains pour aller faire des études supérieures aux Etats-Unis. En 1960, elle faisait partie, avec un certain Barack Obama senior - le père de l’actuel président des Etats-Unis - d’une promotion de 300 étudiants kényans choisis dans le cadre d’une initiative baptisée Kennedy airlift (« pont aérien Kennedy ») pour partir étudier dans des universités américaines. Ce fut un grand privilège pour cette fille de paysans humbles et celle-ci en fera bon usage en continuant de travailler avec une détermination farouche.

La formation universitaire fondatrice que la native d’Ihite reçoit aux Etats-Unis lui permettra de décrocher, à son retour au pays en 1966, un poste universitaire, ce qui faisait d’elle la première femme noire professeur d’université au Kenya. Cinq ans plus tard, elle sera de nouveau la première femme kényane à obtenir un doctorat, avant d’hériter de la chaire de biologie vétérinaire à l’université de Nairobi.

Le paradis perdu

Entre-temps, en 1963, le Kenya a accédé à l’indépendance. Une nouvelle élite a fait main basse sur le pays, profitant des prébendes et des avantages que la classe politique clientéliste lui faisait miroiter devant les yeux. Wangari Maathai, qui a été un temps mariée à un homme politique montant et dont elle porte encore le nom quoique augmenté d’un « a », ne se reconnaît guère dans ces nouveaux maîtres du pays.

Ce sont les revendications des femmes rurales qui lui font reprendre pied dans la réalité post-coloniale du Kenya. Elle constate combien le paysage de son enfance s’est détérioré sous la pression démographique. L’introduction des cultures de rapport tels le café et le thé tout comme le remplacement des terres de pâturages par des plantations pour le bois de construction n’étaient pas étrangères à cette mutilation de l’Eden d’antan où les cinq frères et sœurs Maathai avaient grandi.

C’est en réponse à cette catastrophe écologique que Wangari Maathai a lancé en 1977 le Mouvement de la ceinture verte. Elle l'a commencé en plantant sept pousses dans son propre jardin le jour de la Terre, mais, sa gouaille aidant, il s’est rapidement amplifié avec de nombreuses Kényanes à travers le pays rejoignant l’organisation. Ces femmes, issues notamment du Conseil national des femmes que Maathai dirigeait à cette époque, ont permis d’accélérer le reboisement de la campagne kényane. Contre parfois quelques shillings qui permettent aux plus démunies à mieux se nourrir.

Ce mélange original d’écologie, de féminisme et de survie, a été la marque de fabrique du militantisme de Wangari Maathai. Ayant très tôt pris conscience du lien étroit entre la destruction de l’environnement et l’appauvrissement, elle a érigé son action écologique comme un moyen de redonner aux plus pauvres, particulièrement aux femmes qui constituent 90% de son association, la maîtrise de leur vie (empowerment). « Chaque fois que vous plantez un arbre, aimait-elle dire, vous plantez aussi une graine d’autonomie pour les femmes, une graine de respect pour l’environnement… ».

Arbre comme symbole

Maathai va pousser plus loin son militantisme lorsque dans les années 1980-1990, elle s'attaque de front au gouvernement autoritaire et corrompu du président kényan Daniel Arap Moi et à ses pratiques clientélistes. Elle s'est opposée à de nombreuses reprises aux projets immobiliers de ce dernier qui impliquaient la destruction d'espaces verts ou de forêts, comme le projet de construction du gouvernement kényan en 1989 d'un immeuble de 62 étages dans le parc Uhuru (« Le parc de l'indépendance »), au cœur de Nairobi. 

Le président Moi avait fait de la distribution des terres publiques à ses amis, un élément important de sa politique clientéliste, spoliant la population des ressources naturelles essentielles. Si les campagnes menées par les écologistes réussirent à freiner un certain nombre de ces projets, le prix à payer fut lourd pour les opposants. Wangari Maathai fut traitée publiquement de « folle », tabassée, emprisonnée, mais rien ne réussit jamais à l'arrêter dans son élan. « Je suis persuadée, disait-elle, que la gouvernance, responsable de l'environnement, est impossible sans un minimum de démocratie ».

C'est cet engagement qui déborde les frontières stricto sensu de la protection de l'environnement qui a été récompensé lorsqu'en 2004, les jurés d'Oslo ont décerné à la présidente du Mouvement de la ceinture verte le prix Nobel de la paix, en attirant l'attention sur son « approche holistique du développement durable, qui englobe la démocratie, les droits humains et en particulier ceux de la femme ». Ce prix fera réellement connaître Wangari Maathai à travers le monde.

Depuis 2004, auréolée de son prestige de lauréate Nobel, la « mama miti » du Kenya a parcouru le globe, participant à toutes les grandes rencontres mondiales sur l'environnement, de Copenhague à Durban, en passant par Grenelle. Elle y parlait d'arbres comme symboles de la préservation des ressources naturelles du monde et n'eut cesse de fustiger le « modèle de développement polluant suivi par les Occidentaux ».

Son absence à la COP21 qu'accueille Paris sera amèrement regrettée.

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