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    Hebdo

    «Salafistes»: filmer l’idéologie jihadiste en action

    media Le réalisateur mauritanien Lemine Ould Salem. DR

    Il a été montré fin novembre à la presse dans un cinéma de Paris sous bonne garde policière. Il faut dire que le documentaire est porté par deux actualités brûlantes: les attentats du 13 novembre à Paris et celui du 20 novembre à Bamako. Salafistes doit sortir en salles en France en janvier 2016.

    Lemine ould Salem, journaliste mauritanien, a rapporté des images uniques du Mali sous occupation jihadiste, tournées en 2012. Le documentaire qu’il a coréalisé avec François Margolin donne la parole à des responsables d’Ansar Dine et du Mujao, deux groupes armés qui ont eu le contrôle du nord du Mali entre mai 2012 et janvier 2013. L’enquête, qui passe aussi par la Mauritanie et la Tunisie, montre des images de propagande du groupe Etat islamique, comme pour mieux souligner le côté global de la menace.

    Le film débute sur les mêmes images que Timbuktu, la fiction d’Abderrahmane Sissako, sortie en décembre 2014 : ici, pas de poésie, juste des salafistes en pick-up qui s’amusent à tirer sur une gazelle dans le désert.

    Le documentariste François Margolin, auteur entre autres de L’opium des talibans (2001) tourné en Afghanistan, et Les petits soldats (2004), sur les enfants-soldats au Liberia, explique son intention : « Nous voulions faire un film sur les salafistes en général en partant de l’expérience vécue à Tombouctou, dit-il, et en interrogeant des idéologues. Comme c’était trop dangereux pour moi d’y aller, j’ai formé Lemine à la caméra. Nous avons ensuite tourné ensemble en Tunisie ».

    Oumar ould Hamaha, ex-porte-parole du Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), alias «Barbe rousse». Margo Cinéma

    Les plans séquences édifiants de ce document unique sont présentés sans commentaire ni voix off. Les auteurs font le pari de laisser le spectateur seul face à la rhétorique jihadiste et à des scènes choquantes. Un voleur dont on coupe la main s’évanouit de douleur sur sa chaise. On aperçoit aussi la peur sur les marchés, le silence pesant des femmes qui rajustent leur voile au passage de la police islamique, des jeunes qui se mêlent de tout avec des Kalachnikovs.

    Les terroristes qui ont un discours

    Le plus impressionnant tient aux longues diatribes des lieutenants d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et des mouvements qui lui sont affiliés, à Gao et Tombouctouou. Mises bout à bout, elles permettent de plonger au cœur d’une véritable idéologie. Car ces hommes, souvent présentés comme des contrebandiers avides d’argent, voire des drogués, sont bel et bien convaincus.

    Les islamistes du nord du Mali, avant d’être traqués par l’opération française Serval, à laquelle beaucoup ont survécu, apparaissent ici à visages découverts, sans caméra cachée. Ils ont donné une accréditation à Lemine ould Salem, accepté au même titre que d’autres journalistes arabes, en posant leurs conditions.

    « On m’a autorisé à travailler avec ma petite caméra Sony très simple, explique Lemine Ould Salem, mais jamais sans accompagnateur. Je n’avais pas le droit de filmer des femmes et je devais fournir copie de mes enregistrements – ce que je n’ai pas fait. Ils étaient très contents de savoir que leur message serait diffusé ailleurs que dans le monde arabe. Comprendre ce à quoi nous faisons face, c’est tout le propos du film. »

    Allant plus loin que le Mali, Lemine Ould Salem et François Margolin ont aussi filmé ce salafisme ordinaire qui a pignon sur rue en Mauritanie, notamment dans les prêches d’une mosquée de Nouakchott. En Tunisie, ils ont recueilli en 2013 les témoignages de jeunes barbus décontractés et souriants. L’un présente le « look jihadiste » sur un site Internet consacré au « salafiste moderne », sans voir de contradiction entre son idéal et le fait de vanter la dernière paire de Nike.

    La propagande de Daech en contrepoint

    Avant de retourner dans les rues de Tombouctou, des images reprises de vidéos de propagande montrent des scènes de galvanisation de combattants en treillis, en Irak et en Syrie, mais aussi de meurtres et de massacres – commis avec autant de légèreté que dans un jeu vidéo. « Il était important à mon sens de mettre en contrepoint ces images, explique François Margolin. A force de ne pas les montrer, par souci d’éthique, on ne connaît pas la réalité de l’ultra-violence salafiste. En allant cet été en Irak sur la ligne de front dans le cadre d’un autre projet de film, il m’a semblé indispensable de montrer le contraste entre un discours calme, très structuré, et la réalité de ce que devient cette idéologie quand elle est mise en action. »
     
    Seules lueurs d’espoir dans Salafistes : deux Maliens, l’un tout jeune adolescent, l’autre âgé et enturbanné, résistent à leur manière aux multiples interdictions de la « police islamique » qui veille à ce qu’il n’y ait pas de musique, pas d’alcool, pas de tabac et pas de femme sans voile. L’un tire sur sa cigarette, discrètement. L’autre sur sa pipe en os, qu’il a refusé de se voir confisquer.
     
    Pour en savoir plus
     
    Le Ben Laden du Sahara, sur les traces du jihadiste Mokhtar Belmokhtar, par Lemine ould Salem. Paris, Editions La Martinière, 2014.


    A écouter aussi sur RFI
     
    Et pour voir des extraits du film

     

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