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    Hebdo

    L'éternelle lutte des Afro-Colombiens contre le racisme

    media Oscar Diaz Acevedo, Afro-descendant et responsable de la communication à l'association FUNSAREP, devant une fresque appelant à lutter contre les violences faites aux femmes. RFI / Najet Benrabaa

    Alors que la Colombie est en négociation de paix avec les FARC et en route vers une résolution du conflit, il est des choses qui restent inflexibles comme le racisme et les discriminations envers la communauté afro-colombienne. Dans le nord du pays, sur la côte caribéenne où elle est présente en majorité, les associations et ONG travaillent depuis des décennies à l'évolution des mentalités. A Carthagène des Indes, la capitale du département Bolivar, l'association FUNSAREP gère des projets de développement depuis vingt-huit ans. Son action, financée par des fonds européens, a permis des changements mais le chemin reste long.

    Carthagène des Indes est l'un des pôles touristiques majeurs de la Colombie. Ville haute en couleurs de par son architecture coloniale et ses activités culturelles, cette capitale départementale l'est également via le métissage hérité de l'époque de l'esclavage et du transit de l'or issu des pillages des empires aztèque et inca au profit de l'Espagne. Elle abrite plus d'un million d'habitants dont 35% d'Afro-Colombiens. Il s'agit des habitants noirs de la Colombie, les descendants des esclaves venus d'Afrique pour servir à la colonisation. 

    Officiellement, l'esclavage a été aboli en 1851, offrant des droits aux Afro-Colombiens libres. La Constitution colombienne de 1991 établit « des mécanismes de protection de l'identité culturelle et des droits des communautés noires du pays comme groupe ethnique, favorisant la promotion du développement économique et social, tout en garantissant l'égalité face aux opportunités ». Pourtant, 80% de cette communauté vivent dans des conditions de pauvreté extrême. De plus, le conflit armé les a poussés à l'exode, aggravant leur situation de précarité.

    La population afro-colombienne estimée à 10,5 millions d'individus

    D'après une étude de l'Université de Rosario de Bogota, la capitale de Colombie, la population afro-colombienne est estimée à 10,5 millions d'individus, soit près de 26% des Colombiens, principalement installés dans les zones pacifiques et andines du pays. L'étude révèle que le taux d'analphabétisation est de 43% dans la population rurale de cette communauté et 20% en zone urbaine. L'éducation reste l'obstacle majeur. Ainsi, « pour 100 jeunes Afro-Colombiens qui terminent le secondaire, seulement deux entrent à l'université ».
     
    Ce constat est visible dans les secteurs populaires de Carthagène où se trouve la majorité de la communauté afro-colombienne, des quartiers pauvres, délabrés, pour la plupart ou en construction. L'association FUNSAREP se trouve dans celui de Santa Rita, à dix minutes du centre historique touristique. Une volonté pour permettre une meilleure acceptation de leur action.
     
    Maria Candelaria Sepulveda, la directrice exécutive de l'association, explique que le but est de promouvoir le développement humain et social pour la population d'Afro-descendants. D'ailleurs, la quinzaine d'agents de la structure sont également des Afro-descendants originaires du quartier. « La Colombie est définie par la Constitution comme un pays pluriel et multiculturel depuis 1991. Avant, il n'y avait pas de reconnaissance légale de cette population. [...] Mais, cette reconnaissance légale n'est pas suffisante pour qu'elle soit incluse et reconnue par la société, ou pour réduire les inégalités.»

    « Beaucoup de portes sont fermées pour les Afro-Colombiens »

    La directrice va même plus loin dans ses propos, loin de la carte postale dépeinte par le tourisme : « Carthagène est une ville excluante, discriminatoire, et machiste. Beaucoup de portes sont fermées pour les Afro-Colombiens, parce qu'il y a énormément de préjugés. Par exemple, pour le travail, il y a des " préférences ". Dans certains domaines, on donne la priorité à une certaine apparence physique. On exige des caractéristiques physiques spécifiques qui ne correspondent pas à ceux des Afro-descendants. Ce qui les empêche d'accéder à un emploi digne. C'est une forme de racisme. »
     
    Les Afro-Colombiens occupent souvent des emplois précaires. Noris Patricia Tellez Campo est sortie de cette situation critique grâce à FUNSAREP. Cette femme d'une soixantaine d'années travaille dans un collectif qui lutte contre les violences faites aux femmes. «Avant d'entrer à FUNSAREP, j'étais convaincue que ma situation de pauvreté extrême et le manque d'opportunité étaient normaux, comme une volonté de Dieu. En venant ici, je me suis rendue compte que j'avais des droits. J'ai découvert que tout n'était pas la volonté de Dieu mais plus lié à un système gouvernemental, capitaliste, qui enrichit les riches et appauvrit chaque jour les pauvres. »

    Discriminations

    La jeunesse est également incluse dans ce combat. Nayelis Gonzalez a 13 ans. Avec ses yeux claires, ses cheveux bouclés et sa peau dorée, l'adolescente défend ses origines à travers le théâtre. Elle rêve d'être actrice. En attendant, elle met en scène les discriminations qu'elle subit et observe. « C'est important de faire connaître nos origines, de montrer notre histoire qui n'a pas été facile. […] Ma mère m'a élevé et a tout affronté seule malgré la pauvreté. Je suis fière d'elle. Avec le théâtre, je veux montrer sa souffrance, celle d'autres femmes et des Afro-Colombiens.» Son projet théâtral est financé par FUNSAREP. Carlos Diaz Acevedo, Afro-descendant et responsable de la communication, explique qu'actuellement 4 projets sont en cours. Mais, il ne cache pas qu'avec la crise financière les ressources ont été réduites. « L'enjeu pour nous, notre communauté, c'est la communication. Elle est stratégique. Il faut défendre nos idées, notre histoire, notre opinion, pour qu'on en prenne conscience. »
     
    Cette prise de conscience a du mal à faire son chemin. Si l'héritage culturel afro-colombien est revendiqué par les institutions et promu par le tourisme, l'héritage juridique peine à s'installer. Ainsi, le carnaval de la fête de l'indépendance de Carthagène, en novembre chaque année, est constitué en majorité par des Afro-descendants. Les associations de musique et de danseurs sont la vitrine de la cumbia, du vallenato, du currulao, ou de la champeta. Tous ces styles musicaux font vibrer Carthagène toute l'année. Malgré tout, les valeurs et l'histoire afro-colombienne sont exclues du patrimoine national colombien et ce même s'il existe une législation pour protéger et garantir les droits humains de cette communauté, ou que le 21 mai ait été déclaré jour national de l'Afro-Colombianité.

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