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    Hebdo

    Guerre et paix racontées par le Libanais Charif Majdalani

    media Charif Majdalani. © Hayat Karanouh-Koboy

    Le romancier libanais Charif Majdalani poursuit avec son nouveau livre, Villa des femmes, son exploration romanesque de l’histoire tumultueuse de son pays. Ses récits sont des fresques baroques qui mettent à jour les ambiguïtés et les espérances d’une société en pleine mutation.

    Villa des femmes est le quatrième roman de Charif Majdalani. A la fois roman historique et saga familiale, ce nouvel opus d’un des romanciers les plus féconds et les plus sensibles des lettres libanaises contemporaines, entraîne le lecteur dans les vergers gorgés de soleil en retrait de Beyrouth où la grande histoire rencontre la petite, celle des clans, des familles et des femmes hors du commun.

    Les femmes occupent le devant de la scène dans cette nouvelle épopée du Liban contemporain de Majdalani. Elles ont pour nom Mado, Marie, Karine ou Jamila, des femmes baroques et romantiques, mais qui, en temps de crise que traversent leur pays et leur famille, prennent le relais des hommes absents, et préparent l’avenir. Sous la plume du romancier épris de l’Histoire et de la politique, la « villa » évoquée dans le titre devient la métaphore d’un pays tout entier qui attend son sauveur.

    Des orangeraies à perte de vue

    La narration s’ouvre toutefois dans le Liban patriarcal des années 1960 lorsque les hommes tenaient encore résolument les rênes du pouvoir. Ils faisaient et défaisaient la vie de la nation, tout en régnant en maître sur les destins des leurs : femmes, enfants, vieillards, bonnes et employés plus ou moins modèles.

    Le patriarche de la Villa des femmes est un homme de cette trempe. Du fond de sa luxueuse villa située dans la banlieue de la capitale, Skander Hayk règne en maître sur son petit monde, comme le faisait son père et avant lui son grand-père. La prospérité du clan Hayk provient de son négoce familial de tissus et de ses orangeraies à perte de vue. L’homme était, écrit le romancier, « imperturbable et tenace, ne s’occupant jamais des affaires domestiques, jamais des petits détails de la vie, seulement des questions qui conditionnent la pérennité de ce monde, la mainmise sur la municipalité, l’alliance politique avec les chefs chiites du clan Rammal de Hayy el-Bir, l’usine et sa clientèle arabe, les chevaux… »

    Les femmes sont en retrait, qui soignant son cœur brisé pour l’éternité, qui s’occupant de l’intendance, de la marmaille et des réceptions fastueuses données à l’occasion des anniversaires et des fêtes autant laïques que religieuses. Mado, sœur acariâtre du maître de la maison, vit dans le souvenir de l’homme qu’elle a perdu le jour même de ses fiançailles et Marie incarne l’épouse obéissante qui a pour tâche de mettre en musique les instructions que lui laissent chaque matin son mari avant de partir pour l’usine en centre-ville. Malgré les rivalités qui rythment les relations entre les deux femmes, elles cohabitent tant bien que mal, se contentant d’ourdir dans l’intimité de leurs chambres respectives intrigues et querelles, sans parvenir à perturber la marche quotidienne du foyer. Jusqu’au jour où la guerre civile éclate et tout s’écroule autour d’elles, obligeant ces femmes instruites mais peu préparées pour gérer des business familiaux, à prendre les choses en main.

    Entente cordiale mais fragile

    « Beyrouth a traversé des siècles d'occupations et de guerres laissant des marques indélébiles malgré tous les efforts pour les effacer. »

    Fidèle à son projet romanesque, Charif Majdalani raconte dans ce beau roman le destin des hommes et des femmes « en périodes de changements ». Les années 1960-1970 où il situe l’action de son récit sont des années charnières lorsque la guerre entre communautés, violente et meurtrière, fait éclater l’entente cordiale mais fragile entre musulmans et chrétiens sur laquelle les pères fondateurs du Liban moderne avaient bâti leur pays, après l’indépendance, dans les années 1940. « Un pays qui se voulait à part dans la région, non concerné par l’histoire et le devenir de son environnement arabe », écrit Majdalani. C’est ce pays à l'identité incertaine que la guerre de 1975 a fait voler en éclats.

    Les victimes de ce conflit, qui va durer quinze ans, sont principalement l’élite chrétienne dont Majdalani narre le destin dans ses épopées familiales et tragiques. Véritable conteur oriental, l'homme sait tenir en haleine son public en racontant une recette d’espadon à l’alcool d’anis, recette empruntée à un docker palestinien.

    Titulaire d’une thèse de doctorat sur Antonin Artaud, le romancier, né en 1960, connaît aussi bien les littératures occidentales. Aussi ne s’étonnera-t-on pas de trouver dans les pages de Villa des femmes des réminiscences de L'Odyssée, mais aussi celles de la grande littérature sudiste (« roman de la plantation ») des Etats-Unis. Il y a du Margaret Mitchell (auteur de Autant en emporte le vent), mais aussi du Eudora Welty, du Thomas Wolfe et du Faulkner. Ce n’est d’ailleurs pas innocent, si l’auteur a mis en exergue dans les pages de garde de son livre une citation du très faulknérien Absalon, Absalon ! : « Il arriva par l’allée sur son cheval et entra de nouveau dans notre vie ! ».

    En fait, ce qu’il y a de plus faulknérien dans ce roman, c’est sans doute son projet (réussi) de raconter la grandeur et la décadence du Liban contemporain du point de vue des femmes, cette version subalterne de la mémoire libanaise, trop longtemps interdite.


    Villa des femmes, par Charif Majdalani. Paris, Editions du Seuil, 2015. 280 pages. 18 euros.
     

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