COP21: «L’Afrique veut bien faire partie de la solution» - Hebdo - RFI

Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

COP21: «L’Afrique veut bien faire partie de la solution»

media Silhouettes de participants à la COP21 au Bourget, près de Paris, le 8 décembre 2015, devant une carte des changements climatiques à l’échelle de la planète. Reuters

Ressortissant de RDC, Tosi Mpanu-Mpanu est co-président du groupe des pays les moins avancés (PMA) pour la Conférence de Paris sur le climat, la COP21. Il explique les grands enjeux du changement climatique pour l’avenir de l’Afrique, une des régions du monde qui en subit le plus durement les effets.

Quels sont les enjeux du climat pour l’Afrique ?
L’Afrique représente selon nos estimations 4,5% des émissions globales de gaz à effet de serre. Sa priorité n’est pas de sauver la planète mais de réduire sa propre pauvreté par le biais d’une croissance inclusive. Son essor et son industrialisation peuvent se faire en respectant l’environnement. L’économie verte coûte plus cher et donne des résultats plus lents, mais pourquoi pas ? Sur la durée, les énergies renouvelables réduisent la dépendance des pays à l’égard des importations de pétrole. Autant de devises que l’on pourrait consacrer à d’autres priorités…

Tosi Mpanu-Mpanu DR

Que peut attendre l'Afrique de la Conférence de Paris sur le climat ?
Nos pays font face à trois types de scénarios, vert, brun ou gris, en fonction des mix énergétiques qu'ils choisiront, plus ou moins décarbonés. Il leur appartient de savoir lequel choisir. Quoi qu’il en soit, l’accord de Paris doit être ambitieux sur les objectifs de réduction des émissions de carbone. C’est un impératif pour l’Afrique. Il faut savoir que la limitation du réchauffement global à 2 degrés Celsius dont il est question à l’horizon 2100 se traduira par un ressenti de 3 degrés pour le paysan sahélien. Le stress hydrique auquel notre agriculture est soumise sera encore plus fort. Il faut réduire les émissions et faire la part belle à l’adaptation aux effets néfastes du changement climatique.

Par quoi passe cette adaptation ?
Par des mécanismes d’alerte précoce pour les fermiers en cas de baisse de la pluviométrie et la mise en œuvre d’une agriculture qui soit plus résiliente au changement climatique. Des digues peuvent être érigées pour empêcher l’érosion du littoral et protéger des habitats. Des programmes de prévention doivent être prévus là où des maladies telles que le paludisme font leur apparition sur les hauts plateaux, à cause de la hausse des températures.

L’Afrique parle-t-elle d’une seule voix sur le climat ?
Depuis Copenhague en 2009, oui. Elle sait que sa voix risque de ne pas porter si elle ne se présente pas comme une masse critique de 54 Etats qui ne peuvent pas être ignorés. Le groupe africain est à l’unisson, aussi bien au niveau des experts que des ministres ou des chefs d’Etat ; l’Afrique ne s’appuie pas sur une approche dogmatique ou émotionnelle. Il se montre prête à utiliser deux outils objectifs : la règle de droit, stipulée par la convention cadre, et les conclusions à tirer des études scientifiques.

Quelle est sa position ?
Le continent n’a pas créé le problème du dérèglement climatique, mais il veut bien faire partie de la solution. L’Afrique est le paradis des énergies renouvelables, avec le soleil, le vent, la géothermie et l’hydro-électricité. Son énorme réserve de terres arables peut être gérée de manière plus durable, avec un impact fortement positif sur l’environnement. Nos pays, qui représentent un quart des parties à la convention cadre signée lors du sommet de Rio en 1992, ont fait preuve de leadership. Nous avons été les premiers à parler d’un objectif global pour l’adaptation au changement climatique lié à un objectif global d’atténuation. En effet, pour nous l’adaptation demeure une priorité, car notre potentiel d’atténuation reste faible en raison de notre croissance économique et démographique. D’où notre besoin d’être accompagnés avec des financements et des transferts de technologie afin de faire un saut qualitatif vers un développement moins carboné. Notre essor doit être compatible avec une réduction proportionnelle à notre croissance des émissions de gaz à effet de serre. Nous n’avons pas la responsabilité historique de la pollution actuelle, cumulée depuis la révolution industrielle. Des pays se sont enrichis en polluant et marquent aujourd’hui un meilleur niveau de vie, une plus grande prospérité. Qu’ils mettent la main à la poche !

Est-ce pourquoi les négociations s’avèrent si difficiles ?
En effet. Les pays développés estiment qu’en vingt ans, le monde a changé, et que d’autres pays doivent aussi financer les efforts de réduction d’émissions de carbone, même s’ils n’ont pas la même de responsabilité historique dans la pollution. Les pays riches poussent pour un rétrécissement de la base des récipiendaires, d’où le tumulte incroyable dans les négociations. Cela revient à changer en cours de match les règles du jeu, posées en 1992 lors du sommet de Rio. On est passé d’objectifs chiffrés en termes de réduction d’émissions pour les pays développés, tels qu’ils ont pu être fixés en 1997 par le protocole de Kyoto – que les Etats-Unis n’ont jamais ratifié – à une approche ascendante où chacun voudrait pouvoir mettre en fonction de ses moyens.

Pour comprendre, faisons une analogie. On nous dit que pour produire 10 000 MW, il faudra un barrage haut de 50 mètres. Ensuite, on demande à chaque partenaire du projet à quelle hauteur il peut contribuer, en espérant avoir au final les 50 mètres ! Bien sûr, ce ne sera pas le cas. Le bassin va déborder et la ville sera inondée. Voilà ce qui se passe avec le climat. Nous avons 196 pays prêts à contribuer, mais il n’y a plus d’ambition. En toile de fond, les négociations sont devenues une lutte d’influence géopolitique, économique et même un problème moral et religieux, puisque le pape a fait une encyclique en juin sur le climat. La CIA, l'agence centrale du renseignement américain, estime que le climat est un multiplicateur de conflits. C’est malheureusement vrai : la pauvre mère de famille en Afrique va devoir aller chercher de l’eau de plus en plus loin à cause du stress hydrique. Là où elle se rendra, elle ne sera pas accueillie à bras ouverts !

A consulter : le site de RFI sur la COP21  


Biographie de Tosi Mpanu-Mpanu

Négociateur senior de la République démocratique du Congo sur les questions de climat, Tosi Mpanu-Mpanu, 41 ans, a commencé sa carrière comme conseiller auprès du ministère des Affaires étrangères de son pays. Il a mené le groupe des négociateurs africains (GAN) en 2010 et 2011 lors des sommets de Cancun et de Durban sur le climat. Egalement membre du conseil d’administration du Fonds vert pour le climat, basé en Corée du Sud, il a co-présidé le groupe des Pays les moins avancés (PMA) lors de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21).

Sur le même sujet
Commentaires

Republier ce contenu

X

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

Republier ce contenu

X

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

 
Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.