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    Le Maître du vent, par Odile Felgine

    media Un paysage de la région de Zinder au Niger. AFP PHOTO/ SIA KAMBOU

    Dans Le Maître du vent, publié aux éditions de l’Amandier, Odile Felgine brosse un « portrait imaginaire » d’un météorologiste «librement inspiré» de la vie de son père au Niger dans les années 1936 à 1947. Un livre aux accents «durassiens» où se profile l’histoire de la France profonde et sa relation aux colonies.

    Il est des écritures qu’on n’oublie pas et celle d’Odile Felgine en fait partie. Auteur de travaux reconnus sur l'écrivain Roger Caillois et sur l'éditrice argentine Victoria Ocampo, Odile Felgine a travaillé à l’Unesco et dans la presse internationale. Critique pour le magazine L’Autre Afrique, elle décrivait comme personne les masques africains dont elle semblait avoir fait ses alliés éternels. D’où lui venait cette proximité ? La réponse est sans doute contenue dans Le Maître du vent.

    « Ce portrait imaginaire d’un météorologiste est librement inspiré de la vie de mon père au Niger dans les années 1936 à 1947 », explique l’auteur qui livre en partie les secrets de son univers. L’univers de son père, Odile Felgine l’installe lentement, une pierre après l’autre, brossant le passé d’un homme au temps des colonies. Quand la communication laisse encore le temps au temps, le temps de tout découvrir. Le temps des courriers d’un continent à l’autre, qui laissent entrevoir l’âme d’un homme posé au milieu de nulle part, en quête d’identité et de statut social. Au fil des quelque 300 pages que compte ce roman aux mots ciselés, le personnage de Paul Lastine prend corps.

    Burmi est sa terre de mission

    Cet ingénieur agronome a été nommé par la météo coloniale française à Burmi, aux confins est du Niger. « A-t-on besoin de mettre des stations-météo dans des endroits aussi perdus ? », s’interroge Prigent, qui plusieurs fois par mois transporte le courrier et quelques passagers, des commerçants ou des administrateurs coloniaux, sur la ligne « Alger-Gao-Niamey-Zinder » d’Air Afrique, dans son avion où « les nuages martèlent la carlingue ». Le terrain d’atterrissage est une simple piste de terre sèche. « Les jeunes météos coloniaux, on les envoie au casse-pipe », poursuit-il.

    Ils sont largués au Sahel, en pleine brousse, loin de toute vie sociale et des tripots de Niamey et Dakar. Son prédécesseur, Castel, a tenu deux ans, seul avec un aide haoussa, se souvient le pilote. Mais Lastine tient bon : « Le face à face avec le désert ne semble pas lui faire peur ». C’est que Burmi est sa terre de mission. « Le temps est encore aux empires, ils ont voulu conquérir le monde, ouvrir des voies commerciales, trouver des matières premières, éduquer. Civiliser. Aider, parfois. Ils paient cher pour cela, en vies d’homme et même en investissements. En détestations futures. »

    Une place à part

    Taiseux. Valeureux ? L’auteur interroge avec tendresse mais aussi avec rigueur son personnage, dont elle décrit avec subtilité l’univers familial. Car l’histoire de Lastine se mêle à celle de la France profonde, encore largement rurale, celle des rivalités socio-culturelles à l’intérieur des familles, des rivalités régionales aussi, de l’Auvergne à l’Alsace, et celle des « gueules cassées » de l’entre-deux guerres ou des parents dont les corps ont mystérieusement disparu lors des conquêtes coloniales.  
     
    On perçoit chez Odile Felgine une fierté à réhabiliter les acteurs de cette France-là. Ainsi, la mission originale de Lastine lui confère une place à part. « De son poste, il pourra décrire les vents, les nuages, les cirrus, les stratus, les cumulus… Au service central, on veut établir une théorie générale des vents. » Il contribue « à l’évolution de la science. Servir la France, son empire. Lui, à Burmi, a cette importance-là. Les Anciens du village le savent. Il est, pour eux, « le maître du vent. ».

    Certes, Lastine fait des observations à heure fixe, dont les résultats permettront de fournir des renseignements aux navigateurs aériens. Il effectue aussi régulièrement des relevés au Ténéré. Le vent du désert est craint à Burmi, tandis que le vent d’ouest amène la pluie… Mais il s’ouvre peu à peu au savoir des autres, déniés par les colons dont il n’aime guère fréquenter les cercles. « Les Anciens du village distinguent d’autres vents secrets. Il faut se taire. Espérer qu’un jour, ils en diront plus. Mais pourra-t-il en faire état dans ses Observations ? »

    Des « pensées sacrilèges »

    « Jeune, le visage en lame de couteau, long, maigre, des petits yeux malins, mais un peu mélancoliques. (…) C’est peut-être le lac, la poussière. Elle s’étale sur les âmes et les prend, d’un seul coup ». Il a pour seule compagnes ses chèvres, Marthe et Colette. Et son potager où il a planté des haricots verts, des tomates et des oignons derrière la maison, aidés des enfants du village et des femmes qui le regardent en hochant la tête. Il parvient à faire pousser des légumes mais « il devrait se marier, ça oui ».

    La solitude, les femmes… Prigent y pense en livrant à Lastine des enveloppes dont il brûle de connaître le contenu. C’est que les météos d’Afrique noire, de l’AOF à l’AEF, forment une espèce de famille. Pour ne pas « se laisser manger par le désert », Lastine, qui cherche une femme sans l’avouer, s’est résolu à envoyer une petite annonce au Chasseur français, en métropole. Les réponses des donzelles, à elles seules, sont un morceau d’anthologie. Et peu à peu l’intrigue se noue autour d’un fruit défendu qui sert de trame au roman, aussi secret que la société des masques.

    Edition de l'Amandier

    Avec en toile de fond, la population coloniale française dans cette période, divisée entre « les Rouges » et l’Action française. Et des accents d’actualité comme quand, « repus de lumière » lors d'une mission chez les Targuis, « ces rebelles potentiels qui peuvent menacer la sécurité de l’empire », Loustel, son compagnon, est « en quête de tout mouvement suspect », et fait provision d’informations pour son Commandant de cercle.

    Lastine, lui, a des « pensées sacrilèges » quand il s’interroge sur l’utilité de l’Empire. « L’avancement de la civilisation, la diffusion de la langue, de l’hygiène, la rente, le coton, l’arachide. (…) Ces territoires apportent-ils financièrement à la France autant qu’elle le prétend ? »

    Le Maître du vent, par Odile Felgine. Paris, Editions de l’Amandier, 2015. 305 pages. 23 euros.

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