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    «Les Transparents», une fresque poétique de l'Angola contemporain

    media Poète et prosateur, né à Luanda, Ondjaki vit à Rio de Janeiros. Il est l'auteur d'une vingtaine de romans. dr. Daniel Mordzinzski

    A pas tout à fait 40 ans, l’Angolais Ondjaki s’est imposé comme l’un des romanciers lusophones d’Afrique les plus prometteurs de sa génération. Son roman, Les Transparents, qui vient de paraître en français, est la version angolaise de L’Immeuble Yacoubian. Poésie en sus.
     

    Une ville livrée à un gigantesque brasier incandescent, alors que le ciel au-dessus s’emplit de ballons de toutes les couleurs, jaunes, rouges, noirs… C’est sur ce spectacle apocalyptique que débute et se clôt Les Transparents, le magnifique roman du lusophone Ondjaki. Un roman écrit comme un scénario de film, mettant en scène à travers des images aussi significatives que spectaculaires une société aux prises avec ses monstres intérieurs qui menacent de l’emporter.
     
    Les Transparents est le troisième roman d’Ondjaki à être traduit en français. De son vrai nom Ndalu de Almeida, ce jeune romancier angolais est un écrivain talentueux et prolifique. A 40 ans à peine, il a déjà une vingtaine de titres à son actif. Depuis son premier roman, Bonjour camarades, paru en 2001 et traduit en français en 2004, qui racontait la guerre civile angolaise et ses dévastations humaines et matérielles vues à travers les yeux d’un narrateur naïf, il s’est fait un nom comme un conteur habile des maux contemporains de son pays. Ses romans sont traduits en France, en Angleterre, en Italie, où les éditeurs ont été sensibles à sa narration poétique et imagée, proche de l’oralité et du cinéma.

    Des éclopés de la vie


    Les livres d’Ondjaki font penser à un autre romancier lusophone, le Mozambicain Mia Couto dont l'écriture toute en nuances et en suggestions a fait de lui un modèle pour les romanciers montants. Ondjaki et Couto ont en commun une façon subtile et poétique d’utiliser la langue. Leur narration procède par évocations, métaphores et incantations. Dans la postface d’un de ses derniers romans,il est revenu longuement sur son art poétique dont le but est de créer une atmosphère plutôt que de raconter une histoire selon les conventions du roman classique.

    Au cœur des Transparents, une micro-société faite des laissés-pour-compte du développement angolais. Des hommes et femmes aux noms souvent programmatiques : MariaComForça ou Maria la forte, le MarchandDeCoquillages, le Camarade Muet, l’Aveugle, la GrandMèreKunjikise qui s’exprime dans sa langue dialectale qu’elle qualifie de « langue de son cœur ». On croise aussi dans ces pages Amarelinha, la belle brodeuse de perles, Paizinho le jeune garçon qui cherche à la télévision sa mère dont il a été séparé par la guerre, le facteur qui s’est fait une spécialité de lire les lettres des autres avant de les leur porter. Enfin, il y a Odonato, père de famille en train de devenir « transparent », en se privant de nourriture pour que ses enfants puissent manger à leur faim. L’auteur semble suggérer que la pauvreté nous rend transparents, des humains pas comme les autres, des êtres fantomatiques qu’on ne voit pas.

    Ce sont des éclopés de la vie, qui ont trouvé refuge dans un vieil immeuble délabré de sept étages, au centre de Luanda. Ses habitants se réunissent à l’occasion d’un accident de plomberie qui a inondé tout le premier étage de l’édifice. Ils parlent de l’accident, de leurs existences inabouties, de leurs espérances et leurs frustrations. A travers la description de leur condition de vie, mais aussi leurs mémoires et leurs rêves, racontée sous la forme d’un récit choral, Ondjaki dresse un tableau panoramique et inquiétant de la société angolaise voguant inexorablement vers sa perte.

    Entre « saudade » et parlers des bidonvilles


    Les Transparents
    est un récit de révolte et de critique sociale qui, s’il puise son matériau dans le réel, mettant en regard la corruption des puissants et la frustration des démunis, est tout sauf un roman réaliste. C’est un roman poétique qui mêle avec brio la « saudade » et le parler dialectal des musseque, les bidonvilles. Le fantastique n’est pas loin : une maison qui « respire comme un être vivant », cette armée de miséreux qui erre comme autant de fantômes sur les routes de la faim de Luanda.

    D’une inventivité narrative remarquable sont aussi les procédés allégoriques auxquels le romancier a recours pour raconter le délabrement de la société angolaise. Les modèles en écriture de l’auteur, qui vit à Rio de Janeiro, ont pour nom le Brésilien Joao Guimares Rosa, l’Argentin Borges et l’incontournable Colombien Marquez. Comparé non sans quelque raison à la fresque de la société égyptienne que brosse le romancier cairote Alaa al-Aswany dans son grand roman L’immeuble Yacoubian (Actes Sud, 2006), Les Transparents sont peut-être plus proches par son esprit baroque et exubérant des Cent ans de solitude marquézien.

    Prosateur et poète, Ondjaki a reçu plusieurs prix littéraires, notamment il y a deux ans le prix Saramago pour Les Transparents. Né à Luanda en 1977 et venu à la littérature après des études de sociologie, il est considéré comme un des écrivains africains les plus prometteurs de sa génération.
    Une boule de talents à l’état pur, cet O-N-D-J-A-K-I. Retenez ce nom !
     


    Ed. Métailié

    Extrait

    « L'Immeuble avait sept étages et respirait comme un être vivant
     
    il fallait connaître ses secrets, les particularités utiles ou désagréables de ses courants d'air, le fonctionnement de ses vieilles canalisations, les marches d'escaliers et les portes qui ne donnaient sur rien.

    de nombreux malfaiteurs avaient expérimenté dans leur chair les effets de ce maudit labyrinthe avec ses passages secrets qui avaient leur propre autonomie, et tous les habitants avaient à coeur de respecter chaque recoin, chaque mur et chaque dessous d'escalier
     
    au premier étage, les canalisations défoncées et une obscurité terrible décourageaient les distraits et les intrus
     
    l'eau coulait en abondance, incessante, et servait à beaucoup de choses, l'eau était utilisée par tout l'immeuble, on la vendait dans des bidons, on lavait le linge et les voitures
     
    GrandMèreKunjikise faisait partie des quelques personnes qui traversaient l'étendue d'eau sans se mouiller les pieds et sans jamais avoir même failli glisser
     
    - c'est un fleuve - disait-elle, toujours en umbundu - il ne manque que les poissons et les crocodiles »
     
    Les Transparents (« Os transparentes »), par Ondjaki. Traduit du portugais par Danielle Schramm. Paris, éditions Métailié, 2015. 368 pages. 21 euros.

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