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    Hebdo

    Météo: ce que nous prédit El Niño pour 2016

    media Une maison inondée à Asuncion (Paraguay), le 27 décembre. Au Paraguay, en Argentine, au Brésil et en Uruguay, environ 170 000 personnes ont été évacuées à cause des violentes inondations dues à El Niño. REUTERS/Jorge Adorno

    2015 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis que l’on effectue des relevés météorologiques. 2016 devrait continuer sur la même lancée. Le réchauffement climatique causé par l’homme explique en partie ce record, mais les météorologues y ajoutent une explication naturelle : le phénomène El Niño. Inondations au Paraguay ou en Angleterre, tornades dans le sud des États-Unis, feux de forêts en Indonésie… ce courant d’eau chaude au large de l’Amérique du Sud réchauffe la planète entière et peut dérégler le climat mondial. Comment cela s’explique-t-il ? Et que prévoient les météorologues pour 2016 ?

    En cette fin d’année, « le phénomène El Niño en cours sur le Pacifique équatorial est l’élément majeur de l’état actuel du système climatique planétaire », explique Météo France dans sa prévision saisonnière publiée le 18 décembre.

    Signifiant littéralement « l’enfant Jésus », El Niño est un phénomène climatique naturel, « dont on retrouve des traces au XVIIIe siècle », explique Dominique Raspaud, prévisionniste à Météo France. À l’origine, il désigne un courant d’eau chaude qui marque, aux environs de Noël, la fin de la saison de pêche au large du Pérou et de l’Équateur.

    Par extension, El Niño désigne le réchauffement des eaux de surface au large de l’Amérique du Sud, associé à des variations de l’atmosphère entre l’est et l’ouest du Pacifique. Ce phénomène peut alors avoir des conséquences directes sur les conditions climatiques des régions qui bordent le bassin Pacifique. Il apparaît d’une manière irrégulière, tous les 2 à 7 ans, et atteint son intensité maximale entre novembre et janvier. L’actuel épisode El Niño pourrait durer jusqu’au premier trimestre de 2016 avant de s’affaiblir.

    El Niño part de l’Amérique du Sud et atteint le monde entier

    À l’échelle du globe, lors des épisodes El Niño, les températures ont tendance à être plus élevées que la moyenne. Les effets d’El Niño dépassent la région pacifique et ce phénomène « a une conséquence à l’échelle planétaire », explique à l’AFP Jean Jouzel, ancien vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. Au pôle Nord, les températures dépassent la barre de 0° C, et pourraient même atteindre jusqu’à 4 degrés le 1er janvier 2016. Ces températures sont supérieures d’au moins 20 degrés aux normales de saison.

    En particulier, les phénomènes qu’El Niño peut causer en hiver sont :

    • Un déficit de pluie en Australie orientale, en Indonésie, en Inde, dans le sud-est de l’Afrique, dans les Caraïbes et au nord-est du Brésil ;
    • Un climat sec et chaud aux Philippines, en Malaisie, dans les îles de la région centrale du Pacifique (comme les Fidji, les Tonga et la Papouasie-Nouvelle-Guinée) ;
    • Des tempêtes tropicales pouvant toucher la Polynésie française ;
    • Un excédent de pluie sur la côte ouest de l’Amérique du Sud (Colombie, Équateur, Pérou), dans le centre et le nord de l’Argentine, dans le sud du Brésil, en Uruguay, en Afrique de l’Est et dans le sud des États-Unis ;
    • Des hivers plus doux dans le nord-ouest du Canada et en Alaska.

    Impacts sur le climat mondial des épisodes de El Niño (carte de la National Oceanic and Atmospheric Administration). NOAA (traduction: Pierre_cb) [domaine public], Wikimedia Commons

    Les excédents de pluie peuvent entraîner des glissements de terrain et des inondations. Cela a été le cas ces dernières semaines au Paraguay, en Argentine, au Brésil et en Uruguay. Quelque 170 000 personnes ont dû être évacuées à cause des violentes inondations. C’est également le cas aux États-Unis, où des tornades ont fait au moins 44 morts depuis le 26 décembre.

    Un climat sec et chaud peut, de son côté, entraîner une augmentation du nombre et de la taille des feux de forêts, notamment en Asie et en Amérique du Sud, comme l’a montré Jim Randerson, de l’université de Californie à Irvine. C’est notamment ce qui est arrivé cet automne en Indonésie, où de la fumée toxique s’est dégagée dans le ciel à cause des incendies.

    Des « conséquences tragiques » prévues pour 2016

    L’épisode El Niño actuel est comparable à celui de 1997-1998, qui était le plus puissant à avoir été observé depuis 1950. Cet épisode avait engendré près de 34 milliards de dollars de pertes économiques directes et fait 24 000 victimes, selon les évaluations du Bureau des programmes mondiaux de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l’agence américaine qui étudie l’océan et l’atmosphère.

    Pour l’organisation humanitaire Oxfam, l’épisode actuel El Niño constitue « une crise de dimension mondiale » qui « risque d’avoir des conséquences tragiques ». L’ONG appelait, en novembre 2015, à un « soutien international urgent » pour aider les régions les plus touchées, notamment en Amérique du Sud, en Asie, dans le sud de l’Afrique et dans le Pacifique. Plus spécifiquement, les pays les plus touchés sont l’Éthiopie, la Papouasie Nouvelle-Guinée, le Malawi, le Guatemala, Haïti et le Honduras.

    Pour le directeur d’Oxfam en Éthiopie, le pays devrait connaître une « situation d’urgence majeure qui devrait être grave et longue », et qui pourrait durer jusqu’en juin 2016. La faiblesse des pluies devrait engendrer des problèmes d’insécurité alimentaire. Il pourrait en être de même au Soudan du Sud mais aussi au Zimbabwe, où « un épisode El Niño pourrait considérablement aggraver une situation déjà difficile », selon Oxfam.

    « État d’urgence national » au Honduras, au Salvador et au Guatemala

    En Afrique du Nord, un déficit de pluie est également le scénario le plus probable selon Météo France. L’est de l’Afrique devrait, de son côté, avoir des « pluies excédentaires ». Et selon Oxfam, dans cette région, en Somalie ou au Kenya, les pluies plus intenses laissent présager soit des inondations, soit de meilleures récoltes. Le Malawi, quant à lui, devrait connaître, selon les régions, des inondations ou de la sécheresse.

    En Amérique centrale, les épisodes de sécheresse, accélérés par El Niño, sont intenses. Ils ont conduit le Honduras, le Salvador et le Guatemala à déclarer « l’état d’urgence national ». Cette région, ainsi que l’Asie du Sud et le sud de l’Amazonie, « ont un très fort risque d’incendies pour 2016 », selon un centre de recherches de la Nasa.

    Si 2016 devrait être une année chaude, Météo France estime que, pour le premier trimestre, le climat devrait être humide au Mexique et dans le sud des États-Unis ainsi qu’en Argentine, en Uruguay et dans l’extrême sud du Brésil.

    Des phénomènes climatiques qu’El Niño n’explique pas

    Mais El Niño n’explique pas tout du climat mondial. « Dans les régions qui ne touchent pas directement le Pacifique, comme l’Europe, la péninsule arabique ou la Russie, les liens avec El Niño sont moins directs et plus complexes », explique Dominique Raspaud, prévisionniste à Météo France.

    En particulier, « l’extrême douceur de l’automne en Europe ne peut […] pas être attribuée à l’événement El Niño actuel », selon Météo France. Celle-ci s’explique par « la position d’un anticyclone qui va des Açores à la mer Baltique, et qui couvre donc une grande partie de l’Europe. Cet anticyclone [qui favorise le beau temps, ndlr] a repoussé les pluies au nord des îles britanniques. Le changement climatique peut également faire augmenter la température de quelques dixièmes de degrés, mais il n’est pas la principale explication », indique Dominique Raspaud.

    Ces pluies ont causé d’importantes inondations en Angleterre fin décembre, les dégâts se chiffrant à plusieurs milliards d’euros. En mer du Nord également, une tempête a entraîné des vagues de plus de 15 mètres. L’une d’elles a frappé une plateforme norvégienne de forage offshore, faisant un mort et deux blessés.

    Les inondations en Angleterre ont causé d’importants dégâts, comme ici dans le village de Tadcaster, dans le Yorkshire du Nord, le 30 décembre 2015. REUTERS/Craig Brough

    Pour les trois premiers mois de 2016, Météo France estime que des températures plus chaudes que la normale sont les plus probables en Europe. Et en Europe du Nord, un excédent de précipitations est prévu.


    El Niño et le réchauffement climatique ont-ils un lien ?

    Météo France explique qu’« il n’y a pas, actuellement, de consensus sur […] l’impact du changement climatique » sur El Niño. « Nous ne savons pas si le changement climatique fait augmenter ou diminuer les apparitions d’épisodes El Niño », précise Dominique Raspaud, prévisionniste à Météo France. « Dans quelques années, les progrès de la modélisation climatique de l’océan […] et de l’atmosphère […] devraient permettre d’y voir plus clair », ajoute Météo France.

    Mais selon Michel Jarraud, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale, « le Niño et le changement climatique provoqué par l’homme peuvent interagir et influer l’un sur l’autre de manière totalement inédite ». L’organisation humanitaire Oxfam explique ainsi qu’« El Niño peut accentuer des tendances climatiques qui apparaissent déjà du fait du […] réchauffement. […] De même, le réchauffement climatique renforce l’impact d’El Niño ».

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