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    Hebdo

    Medellin, première ville colombienne consommatrice de marijuana

    media La fondation La Luz fête ses 20 ans, à Medellin en Colombie. RFI/Najet Benrabaa

    Depuis le 22 décembre, il est désormais légal de consommer de la marijuana à des fins thérapeutiques en Colombie. Via un décret, le président Juan Manuel Santos a autorisé l'usage médical du cannabis, alors que fin novembre, une étude nationale dénonçait la consommation excessive de marijuana dans le pays. Medellin est la ville colombienne où la plante est la plus consommée: 11,5% des personnes entre 12 et 65 ans ont déjà essayé. Fait inquiétant, les mineurs et les adolescents sont les plus touchés. Un constat confirmé par la fondation La Luz. Dans son centre de traitement des dépendances installé dans l'ancienne maison du baron de la drogue, Pablo Escobar, dans le quartier de Poblado, au sud de la ville, les mineurs représentent 30% des patients.

    De notre correspondante à Medellin

    Le décor est idyllique : un point d'eau entouré de verdure, des arbres majestueux, avec un fond de musique latine. Sous l'abri du jardin, une centaine de jeunes, tous vêtus du même T-shirt bleu à l’effigie de la fondation La Luz, est réunie pour célébrer les 20 ans de la structure. Malgré les sourires et l'ambiance festive, il est difficile d'oublier les raisons de leurs présences dans le centre. Les visages sont marqués par un passé difficile. Certains ont des traits durs, le résultat d'une consommation excessive de drogue ou d'alcool.

    Juan José vit au centre depuis deux mois à cause d'une dépendance à la marijuana. L'adolescent a commencé à fumer à l'âge de 8 ans. Dès 11 ans, il ne pouvait plus se passer de ses deux joints quotidiens. A 15 ans, il a décidé de faire la cure de désintoxication de trois mois. « J'ai fumé pendant quatre ans de manière intensive, confie-t-il. Je ne mangeais plus, j'étais maigre. J'ai perdu beaucoup de mes capacités physiques. Ma sensibilité et mes sentiments étaient instables. J'ai arrêté quand j'ai vu ma mère détruite, que ma petite sœur s'éloignait de moi et qu'elle avait peur de moi. Finalement, la marijuana n'a fait que me détruire alors que je pensais qu'elle m'aiderait à me sentir mieux. »

    Comme la majorité des résidents, Juan José n'a donc pas vu le mal. La pression du groupe l'a poussé vers son premier joint. Puis, les prix accessibles, environ 80 centimes d'euro par joint, et son omniprésence dans la ville l'ont rendu dépendant. Comme lui, des milliers de jeunes commencent chaque année.

    Laura, une ancienne résidente, est venue rendre visite. Elle se souvient précisément de sa date d'entrée dans le centre, le 13 avril 2014, alors qu'elle avait 15 ans et quatre ans de consommation intensive. « J'entendais souvent les commentaires positifs dans mon entourage : que c'était bon, qu'on passait des moments géniaux, festifs, dit-elle. Alors un jour, avec une amie, qui consommait, j'ai commencé. Après les cours, je restais des heures seule à la maison parce que ma mère travaillait. Du coup, on avait tout l'après-midi pour fumer. »

    La jeune femme explique que sa consommation la réconfortait. « J'avais l'impression d'avoir trouvé ce que je cherchais depuis longtemps : un groupe d'amis. Je n'étais plus simplement spectatrice de la conversation. Je faisais partie de la conversation, de quelque chose. J'avais l'impression d'avoir quelqu'un avec qui partager ma vie. Et en plus, j'aimais les effets de la substance. »

    Une consommation banalisée

    La légalisation de la marijuana dans d'autres pays d'Amérique du Nord et son usage thérapeutique ont banalisé sa consommation. Pourtant, il existe une dépendance psychologique. Le phénomène de tolérance rend dépendant, car les effets deviennent de moins en moins forts. Ce qui pousse les fumeurs à devenir des consommateurs de plusieurs drogues.

    David nous confirme ce fait. Cet ancien consommateur a commencé par la marijuana à l'âge de 14 ans. Puis, il est passé à la cocaïne. A 32 ans, il assure avoir consommé des substances plus de la moitié de sa vie : « La marijuana a été comme rencontrer un paradis qui m'a poussé vers d'autres horizons. On cherche des sensations plus fortes. Au début, on ne sent pas le mal. Il y a la joie, le bonheur de découvrir de nouvelles sensations. Et ça ouvre l'appétit. Mais plus tard, arrive la paranoïa, la schizophrénie. On entend des voix. On sent qu'on perd la mémoire, ses facultés physiques et mentales. »

    Après la cure du centre, il est devenu volontaire. Il explique qu'il veut éviter son parcours à d'autres jeunes. « Pour mon cas, les effets ont commencé après 5 ans de consommation seulement, témoigne le jeune homme. Alors que j'ai plus de 14 ans de consommation derrière moi. [...] J'étais opérationnel. J'étais en couple. Je bossais. En apparence, tout allait bien. Alors, la famille ne s'en est pas rendue compte. C'est ça le plus dangereux. […] Il ne faut pas réduire sa vie à la consommation de drogue. Il y a beaucoup plus important. »

    Gladys Valencia, la directrice du centre, a elle-même connu le problème avec son fiancé. Depuis vingt ans, elle lutte pour la reconnaissance de ce qu'elle qualifie d' « épidémie ». Elle a vu passé des patients de 8 et 9 ans.

    « A Medellin, on trouve des enfants qui commencent à fumer dès l'âge de 10 ans, malheureusement beaucoup dès le collège. On pense que les enfants sont en sécurité à la maison. Mais on voit que les premières expériences ont lieu dans la famille à cause de la pression du groupe. Un drogué contamine au minimum environ 20 personnes de son entourage. Ici, on peut dire que 30% des résidents sont des mineurs. » A l'échelle nationale, près de 90% des consommateurs colombiens de marijuana ont moins de 34 ans.

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