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    Hebdo
    RDC

    RDC: à Muhuya, timide retour des déplacés du conflit Bantous-Pygmées

    media A Muhuya, en RDC, certains déplacés ont reçu l’aide d’humanitaires pour reconstruire leurs maisons, tandis que d’autres ont dû le faire par eux-mêmes. RFI/Habibou Bangré

    Muhuya revient doucement à la vie. Dans cette localité agricole de la province du Tanganyika, dans le sud-est de la RDC, des milliers de déplacés, Bantous et Pygmées, sont rentrés chez eux, rassurés par une accalmie dans le conflit meurtrier qui oppose leurs communautés depuis fin 2013. Reportage.

    Certains ont tout perdu dans l’incendie de leur maison, mais avec l’aide du « Pooled Fund », ils ont pu se reconstruire un toit. Ce fonds humanitaire d’urgence a débloqué 2 millions de dollars pour assister quelque 60 000 personnes affectées par des affrontements entre les miliciens bantous et pygmées, armés de flèches, de machettes et autres couteaux.

    Une mesure prise à l’issue d’un des épisodes les plus sanglants du conflit qui oppose les deux communautés depuis fin 2013. En avril 2015, à Nyunzu, une milice bantoue avait attaqué un camp de déplacés habité surtout par des Pygmées. Bilan : 3 morts, d’après les autorités locales, plusieurs dizaines, selon le Bureau conjoint de l’ONU pour les Droits de l’homme et l’ONG Human Rights Watch.

    Après cette attaque, des humanitaires ont constaté que des Bantous, majoritaires, et des Pygmées, toujours discriminés malgré des avancées, ont constitué des villages « mono-ethniques ». Cela n’est pas le cas à Muhuya où on a repris simplement les vieilles habitudes : un quartier bantou collé à un quartier pygmée - pas de mélange.

    « Il faut voir comment aller de l’avant ! »

    Chemise à carreaux sur le dos et truelle à la main, Kakuji, un Bantou, est rentré de son exil en juin, comme bien d’autres villageois. Agé mais énergique, il a bénéficié d’une aide du Pooled Fund pour construire sa maison, et donne désormais un coup de pouce à son fils qui, considéré comme moins vulnérable, n’a pas été assisté.

    Kakuji travaille le ciment d’un geste sûr et place les briques de façon appliquée et méthodique. Le temps d’une pause, le front en sueur, il raconte que la cohabitation est bonne avec les Pygmées. « Je considère qu’il n’y a plus de guerre, plus de problèmes. Maintenant, il faut voir comment aller de l’avant ! » Aller de l’avant certes, mais doucement… Quand on lui demande son avis sur le mariage mixte, il se braque.

    « Se marier ? C’est impossible ! Les Pygmées ne veulent pas travailler. Ils ne font pas les champs, ils ne peuvent pas subvenir aux besoins de nos femmes », assure-t-il, même si des Pygmées cultivent les terres de Bantous contre un piètre salaire. Et si son fils voulait épouser une Pygmée ? « Je vais refuser ! Le chasser même ! Il faut que les Pygmées atteignent un certain niveau de développement pour qu’une de leurs femmes puisse épouser mon enfant », affirme-t-il, provoquant les rires des quelques curieux qui se sont massés autour de lui.

    Pendant des générations, des Bantous ont exploité des Pygmées, un peuple de chasseurs-cueilleurs dont le mode de vie est menacé par l’exploitation forestière, l’extension des terres agricoles ou encore la sédentarisation. De plus en plus, les « sages de la forêt » refusent de se laisser faire mais briser le cycle crée des conflits.

    Jardin intercommunautaire

    A Muhuya, « des Comités villageois de développement ont été installés pour que les leaders des deux communautés apprennent à calmer les tensions », confie Augustin Nge, chargé des programmes à Ieda-Relief, une ONG qui distribue des cartes mémoire avec des chansons en langues locales appelant à la « cohabitation pacifique ». Ieda-Relief a par ailleurs délimité un jardin intercommunautaire. Sous une chaleur étouffante, hommes et femmes, bantous et pygmées, bêchent avant de planter des amarantes, du gombo et de l’oseille, dont la récolte pluriannuelle permet aux déplacés de mieux manger, et aussi de vendre éventuellement.

    Avec ce jardin, les deux peuples pourront « se développer ensemble », se réjouit Justin Muhuya, un Bantou opposé au mariage mixte. « Au début, on avait peur de vivre ensemble, que la milice « Eléments » vienne et se venge sur nous. Maintenant, ça va », explique un Pygmée. Un autre se dit prêt à « abandonner les pratiques mal perçues » par les Bantous, au nom de la paix.

    Selon le HCR, le conflit a fait plus de 650 morts en 2014 et 2015. « La réconciliation est un processus : timidement, les gens se réconcilient », estime Jacques Kibaka, responsable de protection pour le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR). « La sensibilisation doit prendre beaucoup de temps car il y a des résistances parmi certains », renchérit Augustin Nge.

    Même s’ils sont fragiles, on constate des progrès. Ainsi, tandis que des ex-déplacés jurent qu’ils feront front si les assaillants de l’une ou l’autre communauté attaquent à nouveau, des chefs miliciens pygmées disent vouloir ou ont déposé les armes. Les jeunes, eux, sont sensibilisés à l’importance du vivre ensemble.

    « Non au conflit ! », répond une nuée d’enfants à la question d’un humanitaire. Parmi eux, Jean, un Bantou de 12 ans, plaide pour la paix. « On ne doit pas se battre, on doit s’aimer ! » Il sait qu’il est trop jeune pour se marier mais il assure que, le moment venu, il pourra épouser une femme de « n’importe quelle tribu ».

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