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    Harlem 1920 : une Antillaise au cœur de la pègre de New York

    media Le Martiniquais Raphael Confiant est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, dont des romans, des essais et des récits autobiographiques. Jacques Sassier

    Le Martiniquais Raphaël Confiant est l’un des chefs de file du mouvement de la créolité. Depuis bientôt 30 ans, à travers ses récits, ce romancier à la verve fleurie et truculente, raconte l’histoire du monde créole antillais, ses hauts faits, sa cohérence et sa démesure. Son dernier roman, paru à l'automne dernier, poursuit ce projet cher au cœur de l’auteur, donnant à lire le destin singulier de Madame St-Clair, Reine de Harlem.

    Le protagoniste du nouveau roman de Raphaël Confiant est une femme-gangster martiniquaise qui connut un destin hors du commun dans le New York des années 1920-1940. Arrivée aux Etats-Unis en 1912 à 26 ans, cette jeune femme noire et pauvre, baragouineuse d’anglais, parviendra à s’imposer sur les bandits de Harlem en tant que banquière puissante de la loterie clandestine. De son vrai nom Stéphanie St-Clair, elle était connue dans le milieu de la pègre noire et la mafia blanche du Syndicat du crime newyorkais sous son surnom de « Madame Queen » ou « Queenie ». Mêlant fiction et documentation, le romancier martiniquais raconte la saga incroyable mais véridique d’une compatriote devenue une invraisemblable « Reine de Harlem ».

    Miroir de la créolité

    Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, Raphaël Confiant est un écrivain prolifique qui a touché tous les genres, de la poésie aux mémoires, en passant par le roman, la biographie, l’essai. Avant de publier ses premiers romans à la fin des années 1980, il a produit des récits et des poèmes en créole. C'est en 1989 qu'il s’est fait connaître en signant avec ses compères Patrick Chamoiseau et Jean Bernabé un émouvant Eloge de la créolité, véritable défense et illustration de l’identité créole et antillaise.

    Ce manifeste marque une rupture dans la littérature antillaise qui abandonne désormais la négritude célébrée par Aimé Césaire pour s’inscrire dans la réalité créole du pays. Qu'est-ce que la créolité ? Produit des diversités originelles des Antilles (Asie, Afrique, Europe et Amérique), elle ne se réduit guère à aucune de ses nombreuses composantes. C’est tout le contraire de la démarche de la négritude qui  privilégie l’origine africaine de la population antillaise. Confiant ira plus loin dans le renversement de cette statue du commandeur que représente pour sa génération le poète Aimé Césaire, en publiant en 1993 Aimé Césaire : une traversée paradoxale du siècle. Critique en règle des choix politiques et idéologiques du poète qui fut aussi le maire de Fort de France et le député de la Martinique à l’Assemblée nationale à Paris, l’ouvrage coupe le cordon ombilical avec le poète du Cahier d’un retour au pays natal, pour renouer le lien avec le monde de la nuit et de la parole du « quimboiseur », considéré comme le véritable fondateur de l’identité créole antillaise.

    Les romans de Raphaël Confiant se veulent miroir de cette identité créole, toujours à l’œuvre aux Antilles selon l'auteur. Elle est incarnée par les mutations lexicales et structurelles que l’écrivain fait subir à la langue française en la ponctuant de néologismes antillais. Il y a aussi cette volonté de faire émerger à travers le français le parler créole riche de ses expressions locales, mais aussi de l’histoire de la population antillaise faite de confrontations, de métissages et de hiérarchisation de la couleur et de l’argent.

    Mais ce sont peut-être les personnages de Confiant qui incarnent le mieux cet idéal de la créolité. L’univers romanesque de l’auteur de l’Eloge de la créolité est peuplé d’hommes et de femmes marqués du sceau de leurs origines. Ils sont békés, coolies, syro-libanais, mulâtres, chabins, câpres ou nègres noirs. Ils témoignent de la prodigieuse diversité de la société caribéenne née de l’esclavage. Trois siècles de métissage forcé et volontaire ont mélangé les peuples et donné naissance à une culture créole, faite d’emmêlements de traditions et de croyances. Une culture mosaïque et complexe dont Raphaël Confiant raconte d’un roman à l’autre les hauts faits, mais aussi les aliénations et les démesures. Le personnage de Stéphanie St-Clair dont Confiant raconte le fabuleux destin dans son nouveau roman s’inscrit dans cette tentative littéraire de doter la créolité de ses épopées et ses mythologies.

    Une reine aussi incontestée que crainte

    Il y a en effet quelque chose d’épique dans le parcours de Stéphanie St-Clair. Une épopée peu vertueuse puisque son récit se déroule dans le monde de petites et de grandes frappes, de gangsters et de meurtriers qui survivent en grugeant la police et en tuant sans pitié les concurrents et les traîtres. Formée par un gang d’Irlandais qui tenaient le haut du pavé à Harlem au début du siècle dernier, la « Négresse française » comme celle-ci se faisait appeler, régna pendant presque deux décennies en « reine » aussi incontestée que crainte sur le monde newyorkais des jeux illicites, du trafic d’alcool, de la drogue et de la prostitution.

    C’était l’époque de la prohibition. Les concurrents de St-Clair s’appelaient Al Capone, Lucky Luciano et autres Meyer Lansky, mais malgré ces rivalités, la Martiniquaise sut fonder sa propre entreprise criminelle de loterie clandestine et la gérer en toute indépendance. Pour survivre dans ce monde masculin et cruel, elle utilisait les méthodes de ses adversaires, n’hésitant pas à user de son rasoir qu’elle portait en permanence sur elle. Gare à ceux qui osaient porter la main sur elle ou ceux qui trahissaient sa confiance, comme le fit son mari volage, pris main dans le sac. Un autre homme qui osa la gifler eut droit à une fourchette plantée dans l’œil !

    Ce qui intéresse Raphaël Confiant dans l’histoire singulière de son héroïne, c’est précisément sa capacité à survivre dans ce milieu impitoyable. Certes, cela n’empêchera pas Stéphanie St-Clair de faire de la prison ni d’être violée par les hommes du Ku Klux Klan. Mais, grâce à sa force de caractère, elle s’en sortira toujours, incarnant jusqu'au bout cet idéal créole de « femme-debout », si cher aux Martiniquais.

    L'auteur est aussi fasciné par la dimension historique de son personnage qui a traversé avec panache les époques: la Première Guerre mondiale, la prohibition, la Grande Dépression de 1929, la Seconde Guerre mondiale et le début du Mouvement pour les droits civiques. La gangster martiniquaise fut aussi l'amie des grands intellectuels noirs de son époque tels que W.E.B. Du Bois, County Culleen, Marcus Garvey dont elle a partagé les idées et les combats. Promenant avec virtuosité ses lecteurs d'un univers à l'autre, Confiant réussit avec Madame St-Clair l'un de ses romans les plus passionnants où l'Histoire se mêle avec la vraie vie, l'intelligence avec la cruauté, la moralité avec le cynisme. Le livre refermé, le personnage de son héroïne intrépide et talentueuse nous accompagne longtemps.  

    Madame St-Clair. Reine de Harlem, par Raphaël Confiant. Ed. Mercure de France, 323 pages, 2015, 19,50 euros.
     

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