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    Contre-Pouvoirs en Algérie: les temps ont-ils vraiment changé?

    media Une imprimerie indépendante des autorités étatiques est une garantie supplémentaire pour la liberté de la presse. Contre-Pouvoirs

    L’Algérie ne fait plus recette dans les médias. Pourtant depuis la fin de la décennie noire, le pays évolue. Contre-Pouvoirs, le nouveau documentaire de Malek Bensmaïl, sorti en salle le 27 janvier à Paris, interroge la nature de ces changements. Un film drôle et vivifiant, qui montre, à l’instar de la vie quotidienne au journal El Watan dont l’histoire devient ici volontairement légende, une société civile algérienne en mouvement, refusant la censure, dans un système paradoxalement toujours verrouillé.

    Pari réussi que cette « immersion totale, sans explication » dans la rédaction du quotidien El Watan, à Alger, en pleine couverture de ce qu’il appelle avec humour le « nouveau printemps algérien », à savoir la campagne pour l’élection présidentielle d’avril 2014 où le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, qui brigue un quatrième mandat, part favori face à son challenger, Ali Benflis. Le dernier film de Malek Bensmaïl, Contre-Pouvoirs, a été longuement applaudi lors de la Première à l’Espace Saint-Michel, le 27 janvier, à Paris. Comme une bouffée d’air frais.  

    « Il n’y a pas de fenêtre sur l’Algérie en ce moment, sans doute parce que l’actualité du salafisme et de Daesh y est passée de mode », ironise le réalisateur algérien dont le regard agit très vite sur les spectateurs, gagnés par la joie de vivre et l’humour des protagonistes, qui entraîne régulièrement des rires en cascade dans la salle. Quelle meilleure récompense pour un film dont les financements ont été laborieux, et dont le but était de rendre hommage« aux 120 journalistes algériens assassinés durant la décennie noire », victimes d’une guerre civile sanglante ? Une surprise pour le réalisateur présent dans la salle, comme pour le directeur de publication d’El Watan, Omar Belhouchet, et Hacène Ouali, journaliste en charge de la politique intérieure, flattés par l’image dynamique et positive donnée par leur journal, en passe grâce à ce documentaire de devenir une légende.

    L’Algérie d’aujourd’hui

    Malek Bensmaïl, 50 ans, originaire de Constantine dans l’Est algérien, s’est initié au cinéma à Paris avant de se former à l’école russe, dans les Studios Lenfilm à Saint-Pétersbourg. Son cinéma documentaire, empreint d’humanisme, met l’accent sur l’histoire de son pays et de sa société. Il a filmé notamment l’hôpital psychiatrique de Constantine (Aliénations, 2004) ou encore une école (La Chine est encore loin, 2010), tout en travaillant sur les enjeux de la démocratie et de la liberté d’expression (Demôkratia en 2000 ; Boudiaf, un espoir assassiné en 1999).

    C’est dans cet esprit qu’il y a dix ans, Malek Bensmaïl a d’ailleurs filmé Ali Benflis en campagne. Un documentaire qu’il qualifie de « contre champ » de sa dernière cuvée, qu’il compte compléter bientôt par un film similaire sur d’autres journaux, assure-t-il. En plus de son interrogation sur « l’Algérie d’aujourd’hui, celle qui se bat pour l’indépendance de la presse », son ambition est de filmer dans leur continuité les évolutions, les réflexions, les batailles, pour tenter « d’enregistrer une démocratie qui peine à naître mais qui se construit malgré tout, jour après jour ». L'enjeu du film est aussi de mesurer au passage l’évolution du concept de « contre-pouvoir » dans la presse privée.

    Les boîtes aux lettres des journaux rassemblés au sein de la Maison de la presse à Alger. Contre-Pouvoirs

    « Enregistrer la mémoire de la pensée d’une rédaction qui travaille »...  Tout un programme ! Au-delà, c’est un questionnement sur la complexité de la société algérienne que le réalisateur nous propose. En bon documentariste, Malek Bensmaïl interroge les écarts, met en perspective les contradictions. Comment, par exemple, un journal peut-il résister aux pressions de tous ordres, à la censure comme à l’autocensure, dans un système politique aussi autoritaire et verrouillé ? Un système qui a pourtant permis, vingt-cinq ans auparavant, souligne-t-il, la naissance d’une presse écrite dite indépendante. C’est Mouloud Hamrouche, Premier ministre du président Chadli Benjedid en 1989, qui avait introduit l’ouverture et le multipartisme.

    L’ennemi à abattre

    El Watan, quotidien francophone, est né de cette éclosion, le 8 octobre 1990. Fondé par des journalistes du Moudjahid, organe du pouvoir depuis l’indépendance, sous l’égide du FLN, le parti unique, son équipe est essentiellement composée « de gens de gauches, communistes ou trotskystes, à qui on proposait de lancer un journal privé ! », raconte Omar Belhouchet. « Vingt-cinq ans de combat et de résistance », résume-t-il, rappelant que l’Algérie est un des pays au monde où il y a eu le plus de journalistes assassinés.

    Plume d’Or de la liberté de la presse en 1994 (AMJ), cet homme a été l’objet d’une centaine de menaces de mort. El Watan a dû faire face à un nombre incalculable de procès, de condamnations, et à cinq suspensions. Il a survécu aux années de plomb et à la terreur. Et comme l’ensemble de la presse privée algérienne regroupée pour mieux la contrôler au sein de la Maison de la Presse, au cœur d’Alger, il a été considéré comme l’ennemi à abattre.

    L’historien Mohammed Harbi, dans un numéro « Spécial 25 ans », rappelle qu’on lui a prêté toutes les casquettes : « El Watan était le journal du gouvernement, de généraux, des Services secrets, des islamistes, des milieux d’affaires… » Une violence politique qui paraît atténuée aujourd’hui, même si la question se pose toujours de savoir si les journalistes sont les adversaires ou les prisonniers des dirigeants, des militaires ou des personnalités influentes.

    Tel un chef d’orchestre, Omar Belhouchet, discret et mobile, donne le la. En réunion de rédaction, on le voit lancer calmement le débat du jour : « C’est irréaliste, cette campagne, inimaginable. » Comme lui, un journaliste défend la « feuille de route » du réformateur Ali Benflis, tout en se demandant si ce dernier parviendra à « déjouer les pronostics » qui donnent Bouteflika vainqueur. Un autre aborde la question de « milliards de dinars » qui auraient été versés directement dans la poche de certains opérateurs en échange de leur soutien au président sortant. « C’est un aspect à aborder lourdement », tranche Belhouchet qui ne cache pas ses orientations en faveur de Benflis dans cette campagne.


    « Bouteflika élu dans un fauteuil »

    Dans la salle de rédaction, le débat se poursuit. Des joutes verbales où les participants ne boudent pas leur plaisir devant la caméra. Hacène Ouali, en charge de politique intérieure, rappelle que le clientélisme existait déjà au temps du parti unique. Comme son collègue, il est déçu par « l’immobilisme » qui a gagné le pays et l’absence de conscience politique. L’autre lui oppose « les 1 500 mouvements sociaux » impulsés en 2011 par les syndicats... Et si les deux sont d'accord sur « la faillite des partis politiques », ils ne le sont pas sur la laïcité et la religion, l’un invoquant Marx et la dialectique historique et refusant de penser « le monde à partir de la religion, surtout pour la gestion des affaires publiques », l’autre invoquant son « fond religieux »... Mais le débat est ici démocratique. « Chacun est libre de ses opinions », y compris dans ses articles. Au sein d'El Watan, affirme Ouali, la censure n'existe pas !

    Malek Bensmaïl tient lui-même la caméra. Il filme de nuit un Alger futuriste, qui tranche avec le jour où les murs paraissent plus lézardés. Il filme les rotatives à l’imprimerie, qui rythment le film. Et le directeur de publication, tel un coureur de fond, qui s’entraîne sur un tapis de course, ou qui visite les nouveaux locaux du journal, en construction depuis 2001 sur les hauteurs de la ville, et qui garantiront l’indépendance du journal. Il filme aussi la rédaction en mouvement.

    Les nouveaux locaux du journal, en construction depuis 2001 sur les hauteurs de la ville, garantiront l’indépendance du journal. Contre-Pouvoirs

    De la salle de montage informatisée aux bureaux des journalistes ou des correcteurs, il met l’accent sur l’attention portée aux textes en passe d’être publiés. Et sur l’équipe qui semble soudée, complice, passionnée par ce qui les réunit : la publication d’un journal dont la ligne éditoriale leur paraît capitale. On partage avec eux l’élaboration des Unes. Comme celle où, au lendemain d'une manifestation durement réprimée à Bejaia du mouvement Barakat – qui refuse de participer à l’élection –, le journal titre sur six colonnes « Bouteflika divise les Algériens ». Et bien sûr, celle du soir du scrutin où le quotidien annonce « Bouteflika élu dans un fauteuil », allusion à un homme diminué, que le caricaturiste épingle aussi régulièrement dans ses dessins.
     
    On retiendra, au final, un journal parvenu à se moderniser, introduisant successivement la couleur, les suppléments thématiques, les chroniques et les caricatures, sans oublier les reportages et les enquêtes, si difficiles à effectuer dans un pays où les sources, privées comme publiques, sont... verrouillées. Omar Belhouchet a lancé un journal en ligne : un site Internet conçu pour couvrir la présidentielle en direct, avec des correspondants attitrés en région et à l’étranger. Mais la bataille de l‘indépendance est aussi financière, explique-t-il. Elle consiste à trouver des fonds directement liés à l’industrie de la presse, à la distribution et à la publicité, sans oublier, nerf de la guerre, la mutualisation avec d'autres journaux, de moyens d’impression indépendants.

    Des questions cruciales pour la liberté d'expression, que le patron de presse, qui revient de loin, raconte ce soir-là après la projection à l'Espace Saint-Michel. Il dit en avoir débattu avec des responsables du journal Le Monde et de Mediapart, la semaine dernière, à Paris. En attendant, confie encore Belhouchet, les autorités ont supprimé la subvention de publicité étatique depuis la réélection du président Bouteflika. Un manque à gagner qui l'a contraint à réduire les bugets... Des pressions que le film de Malek Bensmaïl a le mérite de porter à notre connaissance.
     
    Contre-Pouvoirs, par Malek Bensmaïl. A l’Espace Saint-Michel à Paris. Distribution, Zeugma Films.

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