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    Cinéma : trop blancs, les Oscars?

    media La couverture de «Variety Weekly», datée du mercredi 26 janvier. Variety (capture d'écran)

    Amorcée dès l’annonce des nominations le 14 janvier, la polémique sur le manque de diversité dans la sélection des nommés aux Oscars ne faiblit pas à Hollywood. Plusieurs personnalités ont prévenu qu’ils boycotteraient la cérémonie le 28 février. Sous pression, l’Académie a annoncé des réformes.

    La polémique a commencé dès le 14 janvier. A peine l’Académie des arts et sciences du cinéma avait-elle divulgué, à Los Angeles, la liste des nommés pour une récompense à la cérémonie des Oscars 2016 que réapparaissait sur Twitter le mot-dièse #OscarsSoWhite (trad. : #OscarsSiBlancs), une manière de souligner que, pour la deuxième année consécutive, aucun Noir n’avait eu la faveur des votants dans les catégories principales. Comme le sujet est sensible et les Oscars très médiatiques, le débat n’a pas tardé à prendre des proportions nationales et internationales. Il n’a fait qu’amplifier depuis.

    L’an dernier déjà, plusieurs mouvements de défense des droits civiques avaient appelé au boycottage de la cérémonie (créé par la journaliste April Reign, le mot-dièse #OscarsSoWhite date d’ailleurs de 2015) arguant qu’il était incompréhensible que Selma, film sur une période de la vie de Martin Luther King, soit nommé dans la catégorie meilleur film mais qu’en revanche aucun des acteurs de la distribution ne le soit dans leur catégorie respective. Cette fois-ci, le ton est monté d’un cran. Affligés ou en colère, des personnalités de premier plan, comme Spike Lee, Michael Moore, Jada Pinkett et son mari Will Smith ont annoncé qu’ils ne se rendraient pas aux Oscars, le 28 février.

    Pour comprendre la vigueur de la polémique, il faut bien entendu tenir compte du contexte, assez paradoxal, d’un pays dont le chef de l’Etat est noir mais où les Noirs souffrent toujours d’injustices, quarante-huit ans après l’abolition de la ségrégation. L’exemple le plus parlant reste la mort du jeune Michael Brown abattu de six coups de feu par un policier blanc en août 2014 à Ferguson (Missouri) alors qu’il n’était pas armé, événement qui a donné de l’ampleur à un autre mot-dièse, #BlackLIvesMatter (trad. #LesViesNoiresComptent) né en un an plus tôt suite à la mort d’un autre jeune, Trayvon Martin, abattu par un vigile.

    Omissions et maladresses

    Denzel Washington («Training Day») et Halle Berry («À L'Ombre de la haine») avaient été récompensés chacun d'un Oscar en 2002. AFP PHOTO/LEE CELANO

    Moins grave évidemment mais réel et profond, ce sentiment d’injustice dans les nominations aux Oscars s’est trouvé renforcé cette année par le fait que des performances de qualité – du moins selon de nombreux critiques – n’ont pas trouvé grâce auprès des votants, notamment celle d’Idriss Elba dans Beasts Of No Nation, celle de Michael B Jordan dans Creed, ou encore celles de Ryan Googler et F. Gary Gray dans le biopic musical Straight Outta Compton. Comble de l’ironie, ou de la maladresse, le seul acteur de Creed à avoir été nommé est Sylvester Stallone et les deux scénaristes, blancs, de Straight Outta of Compton sont, eux aussi, sur la liste auprès des prétendants sélectionnés par l’Académie.

    Nommé aux Golden Globes 2015 mais pas aux Oscars pour son interprétation de Martin Luther King dans Selma, l’acteur britannique David Oyelowo a résumé ainsi le sentiment général : « Que l'on soit passé à côté de vingt opportunités de célébrer les acteurs et actrices de couleur l'an dernier est une chose ; que cela arrive de nouveau, c'est impardonnable ». Précisant qu’il n’irait pas aux Oscars mais qu’il n’appelait pas pour autant au boycottage, le réalisateur Spike Lee, récompensé d’un Oscar d’honneur en 2015, a été plus abrupt : « On ne peut pas toujours se servir de la vieille excuse : on ne peut pas trouver de candidats qualifiés... Ce sont des conneries ».

    Selon The Economist, partant du fait que 70% des membres de la Guilde des Acteurs (syndicat qui compte 116 000 adhérents à travers le monde) sont blancs, il y avait statistiquement 1 chance sur 100 000 qu’aucun acteur noir ne soit nommé aux Oscars deux années consécutives. L’hebdomadaire rappelait cependant que de 1975 à 1980 (six ans de suite), puis en 1995 et 1997, aucun Noir non plus n’avait été nommé dans les catégories principales. Mais c’était il y a longtemps, a rappelé le populaire George Clooney, évoquant « une régression »

    En matière de chiffres, ce sont cependant ceux de la composition du collège des 6 261 votants qui jettent le trouble. Et pour cause : 94% des votants sont des Blancs, 75% sont des hommes et la moyenne d’âge des électeurs est de 63 ans, comme l’a à nouveau souligné April Reign, celle qui a lancé OscarsSoWhite, si vous suivez.

    Devant la vague de protestation, l’Académie – il faut lui reconnaître ce mérite – a quand même été assez prompte à réagir. Le 23 janvier, sa présidente Cheryl Boone Isaacs – première Noire à occuper ce poste – a annoncé une série de mesures destinées à faire passer le pourcentage de femmes de 25% à 48% et celui des minorités ethniques à plus de 14%, soit un doublement d’ici 2020. Pas pour demain donc, mais presque.

    Préjugés et stéréotypes

    La présidente de l'Académie, Cheryl Boone Isaacs veut un panel de votants plus diversifié. REUTERS/Mario Anzuoni/Files

    Pour qu’il y ait polémique, il faut évidemment qu’il y ait des avis contraires et certains se sont fait entendre, plus ou moins adroitement. On mentionnera pour la forme ceux de Charlotte Rampling qui a parlé de « racisme anti-blanc » avant de regretter ses propos et ceux de Julie Delpy qui avait estimé qu’il était « plus dur d’être une femme que Noir à Hollywood » avant de s’excuser à son tour.

    Le très respecté Michael Caine a tenu des propos un peu plus argumentés dans une interview à la BBC : « On ne peut pas voter pour un acteur juste parce qu'il est noir. On ne peut pas se dire : "Je vais voter pour lui, il n'est pas si bon que ça, mais il est Noir, je vais voter pour lui" », a-t-il poursuivi, avant d’ajouter : « Soyez patients, ça viendra ; ça m'a pris des années pour arriver jusqu'aux Oscars » (vingt ans pour être nommé, quarante ans pour être couronné, dans la catégorie meilleur second rôle, ndlr).

    D’autres membres de l’Académie ont catégoriquement réfuté l’idée de favoritisme pro-blanc comme par exemple Penelope Ann Miller, qui a déclaré : « J’ai voté pour plusieurs artistes noirs, et je suis désolée qu'ils ne soient pas nommés. Mais insinuer que nous sommes tous racistes est très offensant ». Même approche de la part du scénariste Jeremy Larner, récompensé d’un Oscar en 1973 : « J'ai voté pour plusieurs personnes de couleur. Je pense juste que Straight Outta Compton n'est pas un grand film pour des raisons de structure et de substance. Pour moi, un grand film doit montrer bien plus que ce que celui-là a montré ».

    Plus originale mais partagée par certains, l’opinion du rappeur et acteur Ice Cube, doublement concerné par Straight Outta Compton puisque le film raconte l’irruption de son groupe NWA sur la scène musicale et que c’est son propre fils qui joue son rôle, jeune, dans le biopic : « On ne fait pas des films pour l’industrie (du cinéma, ndlr). On fait des films pour les fans. Pour le gens. Que l’industrie vous donne un trophée ou non, vous donne une tape dans le dos ou non, c’est sympa mais ça n’est pas une chose sur laquelle je vais m’éterniser ».

    « Les anciennes générations ont pu prendre connaissance du pourquoi nous faisons ce type de musique, a repris Ice Cube, et les jeunes générations ont eu une leçon d’histoire. Nous avons reçu tellement de compliments que de s’en prendre à une académie ou à une guilde, c’est, selon moi, comme pleurer parce qu’il n’y a pas assez de glace sur votre gâteau. C’est ridicule ». On terminera ce chapitre par la sortie sarcastique du journaliste, noir, Roy Wood Jr sur le plateau du Daily Show : « Si vous voulez être nommé aux Oscars, il faut faire un film où les Noirs sont opprimés comme Django Unchained, Selma, Twelve Year’s a Slave [...]. Pour faire un film noir à succès, il vous faut un fouet, une lance à incendie ou du negro spiritual ».

    Le mea culpa de Variety

    Chris Rock fera-t-il retomber la pression ? Michael Tran/FilmMagic via Getty Images

    Ironie mis à part, bien plus que le collège électoral des Oscars, c’est bien entendu l’industrie hollywoodienne dans son ensemble qui est en cause, les Hispaniques,  les Asiatiques et les Moyen-Orientaux étant d’ailleurs encore plus mal lotis que les Afro-Américains. Citons à nouveau Spike Lee, même s’il grossit le trait : « Il est plus facile pour une personne noire de devenir président des Etats-Unis que patron d’un studio ou d’une chaîne de télé, mis à part Oprah (Winfrey). Mais Oprah ne compte pas ». Message reçu fort et clair en tous cas par Variety, la bible de la profession (120 000 lecteurs hebdomadaires, 17 millions de visiteurs mensuels sur le site payant), qui, mercredi tirait à la Une de son édition hebdomadaire : « Honte à nous », avec comme illustration la statuette d’un Oscar tout blanc sur fond blanc.

    « En 2015, la vieille lutte pour les droits civiques en Amérique s'est centrée sur les violences policières, les coups de feu qui ont tué trop souvent des citoyens noirs sans armes », annonçait le magazine dans son éditorial. « Cette année, la bataille de la nation pour l'identité et l'inclusion a trouvé un nouveau point de focalisation : Hollywood. » « L'indignation suscitée par ces #OscarsSoWhite, ajoutait l'éditorialiste dans un plaidoyer qui, sans doute, fera date, a plongé l'Académie dans la crise. Le manque de diversité a dominé les conversations des bureaux des dirigeants de Disney jusqu'aux couloirs de CAA (Creative Artists Agency, la principale agence de talents d'Hollywood, ndlr) ».

    Plusieurs dirigeants de studios, ceux de Disney et de Warner en tête, ont affirmé dans ces mêmes colonnes de Variety qu’ils allaient maintenant redoubler d’efforts pour que les diversités soient mieux représentées dans ce secteur désormais mondialisé de l’industrie du divertissement.  Si Hollywood s’est enfin regardé dans le miroir et n’a pas aimé son reflet, on attend désormais avec impatience la prestation de Chris Rock, le comédien noir à l’humour dévastateur qui aura la tâche difficile d’animer la cérémonie, le 28 février et qui ne s'est pas dérobé alors que certains lui demandaient de boycotter à son tour.

    Si un humoriste au monde est capable de détendre l’atmosphère sur un sujet aussi brûlant, c’est bien Chris Rock. Formé à l’école du stand-up et de Saturday Night Live, ce New-Yorkais de 50 ans a souvent traité du racisme dans ses sketchs avec férocité et à propos, en n’épargnant rien ni personne. A posteriori, son choix pour animer la cérémonie, qui date de bien avant la polémique, était peut-être ce qui pouvait arriver de mieux à cette cuvée 2016 des Oscars, ne serait qu’en termes d’audimat. Vue l’ampleur de la polémique, cette 88e édition pourrait bien s’avérer historique, à tous les niveaux.

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