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    Hebdo

    Ashraf Fayad, figure de l’art saoudien, échappera-t-il au fouet?

    media L’artiste Ashraf Fayad, réfugié palestinien, est accusé de «répandre des pensées destructives dans la société» saoudienne. Photo Instagram. Capture d'écran.

    Le 2 février 2016, un tribunal saoudien a commué la condamnation à mort d’Ashraf Fayad en 8 ans de prison et 800 coups de fouet. Ses avocats demandent la libération de cette figure de l’art saoudien. Mais les tribunaux qui l’ont poursuivi depuis plus de deux ans l’accusent d’avoir écrit un ouvrage blasphématoire : Instructions internes. Dans ce recueil de poèmes, l’artiste palestinien affirme avoir simplement voulu évoquer des « questions culturelles et philosophiques ».

    « Offrir une vision claire de la transformation radicale de l’art saoudien. » C’était l’objectif d’Ashraf Fayad lorsqu’il a représenté l’Arabie saoudite en 2013 lors de la Biennale de Venise. Selon lui, cet art « est maintenant plus affilié à ses racines, à la vraie culture représentée par la prise de conscience des différents cadres de vie qui existent en Arabie saoudite ».

    Ce réfugié palestinien, né en 1980 et vivant à Abha, dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite, est une figure importante de l’art saoudien. Poète, il est également passionné d’arts plastiques ; ainsi, début 2013, il a organisé une exposition à Jeddah, lors de la Jeddah Art Week, l’événement le plus important sur l’art contemporain en Arabie saoudite. En 2015, il a été nommé « membre honoraire » du club PEN d’Allemagne, une association d’écrivains qui défend la liberté d’expression.

    Ashraf Fayad est aussi l'un des membres clés de l’organisation artistique britannico-saoudienne Edge of Arabia. Celle-ci se présente comme une « plateforme internationalement reconnue pour le dialogue et l’échange entre le Moyen-Orient et le monde occidental ». Un co-fondateur de cette organisation, Ahmed Mater, explique qu’Ashraf Fayad « est bien connu à Abha et dans toute l’Arabie saoudite ».

    Poursuivi par la justice saoudienne pour « blasphème »

    Stephen Stapleton, également co-fondateur d’Edge of Arabia, explique : « Il a grandement contribué à introduire l’art contemporain saoudien en Grande-Bretagne et à relier la Tate Modern [musée londonien, ndlr] à la scène émergente. (...) Je le connais depuis 2003. (…) C’est un intellectuel et une personne créative, mais ce n’est pas un athée. » Or, le poète, qui se présente lui-même comme un « musulman fidèle », ne cesse d’avoir des problèmes avec la justice saoudienne, qui l’accuse de blasphème.

    Il est arrêté une première fois en août 2013, accusé de propos blasphématoires dans son recueil de poèmes, Instructions internes (éditions Dar al-Farabi, Beyrouth, 2008, non traduit), et pour des propos tenus au sein d’un groupe de discussion culturel dans un café d’Abha. Relâché sous caution le lendemain, il est accusé, lors de son procès, d’avoir des « idées athées », d’avoir insulté Dieu et le prophète Mahomet et d’avoir insulté le roi et le royaume d’Arabie saoudite.

    Ashraf Fayad nie le caractère « blasphématoire » de son ouvrage, tout en s’excusant. Cité par le Guardian, il s’explique : « Ils m’accusent d’athéisme et de répandre des pensées destructives dans la société. [Mon livre] parle simplement de moi, [de ma vie] de réfugié palestinien, (…) de questions culturelles et philosophiques. Mais les extrémistes religieux y voient des idées destructrices contre Dieu. »

    Son livre est désormais banni en Arabie saoudite, mais des extraits de ses poèmes, qu'il écrit en arabe, sont disponibles ici, ici et ici (traduits en anglais).

    Ashraf Fayad nie également les faits à propos du groupe de discussion culturel. Il déclare qu’une personne l’a accusé auprès de la police religieuse d’avoir eu des propos athées après une dispute sur l’art contemporain.

    Un style provocateur pour l’Arabie saoudite

    Son histoire est devenue emblématique des affaires de non-respect des droits de l’homme en Arabie saoudite, au même titre que le blogueur Raif Badawi, prix Sakharov 2015 et condamné à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet, ou qu’Ali al-Nimr, condamné à mort pour avoir manifesté contre les autorités, alors qu’il était mineur au moment de son arrestation.

    Ashraf Fayad a un style qui fâche dans ce royaume ultraconservateur : il a les cheveux longs et son téléphone portable contient des photographies de femmes. Selon la police religieuse, ces photos prouvent qu’il a eu des « relations illicites » avec ces femmes. Des connaissances d’Ashraf Fayad expliquent qu’il s’agit simplement de photos d’amies à lui, des artistes qui ont participé à son exposition à Jeddah. Sur son compte Instagram, le réseau social de partage de photos, on peut aussi trouver une photo de lui touchant les tétons d’une mannequin en bois :

    Condamnation à mort et mobilisation internationale

    Ashraf Fayad est alors de nouveau arrêté le 1er janvier 2014. Il est accusé d’« apostasie » et d’avoir encouragé l’athéisme auprès des jeunes. En mai de la même année, il est condamné à 4 ans de prison et 800 coups de fouet. Après avoir fait appel de cette peine, il est jugé à nouveau en novembre 2015 et condamné à mort.

    Selon le Guardian, des amis de Fayad pensent qu’il est ainsi sanctionné pour avoir publié une vidéo qui montre la police religieuse d’Abha passer un homme à tabac. Plus d’un millier de poètes venant de partout dans le monde signent alors une pétition demandant sa « libération immédiate ».

    Son avocat, Abdel-Rahman al-Lahim, actif défenseur des droits de l’homme en Arabie saoudite, fait appel de cette condamnation à mort. Le 2 février 2016, le tribunal d’Abha commue finalement la peine capitale en 8 ans de prison et 800 coups de fouet, au rythme de 50 coups par séance, comme l’a annoncé son avocat sur Twitter :

    Ashraf Fayad doit aussi se repentir dans un média officiel.

    Aujourd’hui, la défense d’Ashraf Fayad conteste ce nouveau jugement et demande la libération de son client.

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