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    Hebdo

    Les bailleurs de fonds face à la crise des migrants syriens

    media Des réfugiés syriens embarquent sur un ferry au port de Tripoli (nord du Liban) pour aller en Turquie, en octobre 2015. AFP PHOTO / ANWAR AMRO

    La crise des migrants syriens a fait l’objet d’un forum de haut niveau, le 15 février à Paris, organisé par l’Agence française de développement (AFD). Au cœur des débats d’experts, « le bien-être des réfugiés syriens », avec des points de vue encore divergents entre les pays d’accueil du Moyen-Orient, Liban et Jordanie, et les bailleurs de fonds.

    Des représentants des gouvernements libanais, jordanien, turc et grec étaient présents pour écouter les représentants de la Banque mondiale et du HCR présenter un nouveau document d’étude sur la meilleure réponse à apporter face à la crise des réfugiés syriens.

    Pour mémoire, 4,6 millions de Syriens sur une population de 22,8 millions d’habitants ont été recensés comme réfugiés à travers le monde en décembre 2015. Le Liban, qui compte 4,2 millions d’habitants, en a accueilli 1,5 million ces deux dernières années, la Turquie plus de 2 millions, la Jordanie plus de 650 000.

    L’impact de la crise des migrants sur l’économie du Liban est estimé à 7,5 milliards de dollars entre 2013 et 2015 par la Banque mondiale et à 12 milliards par les autorités du Liban. Ce pays a reçu 1,8 milliard de dollars d’aide des bailleurs de fonds, alors qu’il compte 25% de chômeurs et une croissance zéro en 2015, contre 9,8% en 2011, avant la crise. Pire encore : la plupart des réfugiés syriens en Jordanie et au Liban glissent dans la pauvreté, faute de trouver des emplois.

    Passer de l’humanitaire au développement

    Pour faire face, quelques jours après la conférence de Londres des donateurs pour la Syrie, le 4 février, qui a rassemblé 10 milliards de dollars de promesse d’aide, la Banque mondiale et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) recommandent de passer d’une approche humanitaire, centrée depuis cinq ans sur l’urgence, à une logique de développement dans les pays d’accueil, afin de mieux les soutenir dans leur effort d’intégration des réfugiés syriens.

    « Le Liban et la Jordanie paient un lourd tribut pour le maintien d’une sorte de stabilité, qui représente un bien commun mondial », a noté Ferid Belhaj, directeur du département du Moyen-Orient à la Banque mondiale. Il ne s’agit pas de fournir des dons pour récompenser leur effort, mais des lignes de crédit à des conditions avantageuses.

    « Cette crise peut se transformer en atout pour le Liban et la Jordanie et leur donner une chance de se réformer en profondeur », a indiqué Paolo Verme, spécialiste senior de la pauvreté et de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à la Banque mondiale. Ces perspectives ont donné lieu à de vives réactions. Séjean El Azzi, le ministre du Travail du Liban, chef d’un parti chrétien, a notamment critiqué l’approche « technocratique » de la communauté internationale : « On ne peut pas parler du peuple syrien comme si on créait une SARL, dans laquelle la Syrie procure le peuple, le Liban et la Jordanie la terre et la communauté internationale l’argent… Je n’ai pas peur que les Syriens restent au Liban, j’ai peur que la communauté internationale ne se mette à travailler dans ce sens ! L’exploit, pour nous Libanais, ne serait pas de garder les Syriens, un peuple frère auquel nous avons ouvert nos portes, mais de mettre en place un programme graduel pour qu’ils rentrent chez eux… »

    Travailler avec la Syrie ?

    Même son de cloche du côté de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l'Asie occidentale (ESCWA) basée à Beyrouth : « Il n’y aura pas de croissance au Liban et en Jordanie sans reconstruction de la Syrie », estime son secrétaire exécutif adjoint, l’ancien ministre syrien du Plan, Abdallah Al Dardari , qui planche avec son équipe sur un « agenda national » de reconstruction en Syrie.

    Cet expert se félicite de l’étude de la Banque mondiale et du HCR, mais recommande plus d’audace, pour travailler sans attendre en synergie avec l'intérieur de la Syrie, partout où c’est possible. « Nous pouvons apporter des intrants aux cultivateurs syriens, et non de l’aide alimentaire, pour qu’ils reprennent leur production, suggère ainsi Abdallah Al Dardari. Nous avons recensé 100 sites en Syrie où la reconstruction peut démarrer aujourd’hui, de manière à permettre le retour d'un million de réfugiés, malgré la situation actuelle. »

    Seul problème : quelle firme est prête à investir pour réparer une centrale électrique, par exemple, sans donner l’impression de collaborer avec le régime de Damas ? Réponse de l’économiste syrien : « Un tel investissement, s’il était canalisé par les bailleurs de fonds, pourrait empêcher 2 millions de Syriens de quitter le pays en quête d’électricité – car c’est l’une des trois raisons principales de leur départ, avec la sécurité et l’emploi. »

    L’obstacle politique

    Beaucoup des experts présents ont souligné l’absence de solution politique en Syrie, un pays plus polarisé que jamais. Anthropologue à l’université d’Oxford, Dawn Chatty estime qu’il va falloir « se pincer le nez et travailler avec les autorités de Damas, parce qu’il faut bien reconnaître que nous n’allons pas forcément assister à la chute de Bachar el-Assad. Ce message doit être répété : si l’on ne veut pas 3 ou 4 millions de Syriens de plus sur les routes et voir l’Europe imploser, il faut reconstruire les infrastructures, les écoles et travailler avec ce gouvernement qu’on n’approuve pas. Sinon, comment la Turquie va-t-elle faire face ? La situation n’est pas tenable. »

    Nidal Al Alkatamine, le ministre jordanien du Travail, a plaidé de son côté pour que les leçons de l’Irak soient prises en compte dans le traitement de la crise syrienne, avec la levée des sanctions économiques à l’encontre de la Syrie dès le retour à une paix même précaire. Il a, lui aussi, insisté sur la nécessité d’une solution politique. « L’aide qui nous est apportée est une blague ! Le monde n’est pas conscient de la situation et ne se soucie pas assez de ce que traversent les réfugiés. L’argent n’est pas la solution. Et comme le disait Churchill, quand les politiciens voient la lumière au bout du tunnel, ils n’ont de cesse de rallonger le tunnel ! »

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