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    Hebdo

    Nedim Gürsel raconte Istanbul, Erdogan... et de Gaulle à Galatasaray

    media Romancier turc, Nedim Gürsel est l'auteur d'une vingtaine de romans et vit en exil à Paris. Astrid di Crollalanzla

    Romancier turc de la génération du Prix Nobel 2006 Orhan Pamuk, Nedim Gürsel raconte la Turquie contemporaine, ses déchirements entre la tradition et la modernité, avec sensibilité et ironie. Auteur d’une trentaine de romans et d’essais, l’écrivain exilé à Paris depuis plus de trente ans revient dans son nouvel opus – Le Fils du capitaine – sur les thèmes qui lui son chers : la mémoire, la vieillesse et l’exil.

    Parmi les nombreuses anecdotes qui émaillent le nouveau roman de Nedim Gürsel, il y en a une, hilarante, sur la visite du général de Gaulle au lycée de Galatasaray, à Istanbul. Comme le voyage officiel du président français en Turquie coïncidait avec le centième anniversaire de cette ancienne Ecole du Sultan où le français est enseigné depuis sa fondation, la visite s'imposait. Traversant le long couloir qui conduit à la salle de conférences, le général s’arrête devant une salle de classe vide. Sur le tableau noir, un intrépide avait écrit : « Ibne de Gaulle » (« Gaulle pédé »). Le général interroge son interprète sur le sens de ces mots. L’interprète est fort embarrassé, mais sauve la situation in extremis en disant que la formule signifiait « Vive de Gaulle ». Ouf de soulagement dans le cortège turcophone, mais le soulagement ne durera pas longtemps…

    Le général, qui aimait finir ses prises de parole à l’étranger par des phrases en langue locale ou faisait référence à une situation politique locale, ne trouva rien de mieux ce jour-là que « Ibne Galatasaray » pour clore son discours. Au grand désarroi de l’assistance qui ne savait plus s’il fallait applaudir ou s’indigner ! On était à deux doigts de l’incident diplomatique.

    Père militaire et noceur

    Le Fils du capitaine ne se réduit pas toutefois à ses anecdotes. C’est avant tout un beau roman émouvant sur la mémoire, la vieillesse, la mort et l’exil. Raconté par un journaliste vieillissant qui se souvient des moments importants de sa longue vie, le récit s’ouvre sur la mort précoce et brutale de sa mère, disparue quand le protagoniste était encore un jeune garçon. Première phrase du roman : « Mon récit commence à la mort de ma mère, le jour-même où j’ai enfin su lire, vers le milieu de ma première année d’école. » Cette disparition est aussi le début de la dérive familiale et personnelle que le livre met en scène. Elle débouchera inéluctablement sur la fin tragique qu'on ne révèlera pas évidemment.

    Le récit est raconté à la première personne par le narrateur, qui est aussi le personnage principal du roman. Il est le « fils du capitaine », capitaine dont les 400 coups font scandale dans le voisinage. C’est contre l’autorité de ce père que le protagoniste se révolte pour se libérer, avant de se faire piéger lui-même par la vie et ses aléas. Une grande partie du roman se déroule au lycée Galatasaray d’Istanbul où le héros est interne boursier pendant huit ans. La dureté de la vie dans l’internat est atténuée par le souvenir de la mère disparue dont le narrateur a découpé la photo. Il la porte autour de son cou dans un pendentif afin qu'elle l'accompagne à chaque instant de sa vie.

    Nedim Gürsel à Paris. Astrid di Crollalanza

    Il y a aussi, parallèlement, la découverte de la sexualité dont la quête effrénée est l’une des thématiques majeures de ce roman, tout comme la radicalisation de la vie politique symbolisée par ce Premier ministre – le double du président Erdogan – dont les velléités autoritaires font l’objet de moqueries et de critiques. Or, ce qui fait la force de ce roman, c’est aussi sa galerie de personnages, brossés à larges traits. Erdogan, jamais nommé, cohabite ici avec Firlama, compagnon d’internat du héros à la sexualité explosive, le père militaire et noceur qui soutiendra le coup d’Etat de 1960 mais ne deviendra jamais un « pacha ». Enfin, la grand-mère dont la vie a été bouleversée par l’effondrement de l’empire ottoman mais qui a vécu toute sa vie d’adulte dans la nostalgie de la terre des Balkans de son enfance.

    Nostalgie

    D’ailleurs, la nostalgie n’est pas un thème, mais un mode d’écriture chez Gürsel. Ainsi, les plus belles pages de ce roman sont celles consacrées à Istanbul. « Je vis à Paris avec le mal d’Istanbul qui me suit partout et que je porte en moi », disait l'auteur dans une interview à Livres hebdo. Le narrateur vieillissant du Fils du capitaine, un peu le double du romancier, raconte son histoire, en puisant son inspiration dans le soleil levant sur le Bosphore qu’il voit de sa fenêtre. « Un incendie couleur soleil » qu’il ne raterait pas pour tout l'or du monde. Mais Istanbul n’est pas seulement un décor pour le romancier, elle est aussi et avant tout un état d’esprit. Cette ville, située entre l’Asie et l’Europe, avec son pont qui joint les deux rives, définit les intellectuels turcs, souvent francophiles, qui voient dans le multiculuralisme stanbouliote l’antidote contre la tentation de l’islamisme de leur classe politique.

    Auteur d’une trentaine de romans, d’essais littéraires et de chroniques, Nedim Gürsel fait partie de cette intelligentsia turque ouverte sur le monde, sur l’autre et l’ailleurs. Né en 1951 dans les steppes de l’Anatolie, puis passé par le lycée français de Galatasaray d’Istanbul, il vit exilé à Paris depuis les coups d’Etat militaires qui ont ponctué l’histoire contemporaine de son pays depuis les années 1960. Romancier de talent, il a su puiser son miel autant dans la riche littérature de son pays que dans les lettres occidentales pour consruire une oeuvre singulière et profondément nostalgique. Depuis son premier récit, Un long été à Istanbul, paru en 1976 et censuré en Turquie sous le régime militaire, Nedim Gürsel mêle avec brio le passé et l'avenir, cherchant dans la géographie de son sa ville fétiche le destin de son monde.


    Seuil

    Le Fils du capitaine, par Nedim Gürsel. Traduit du turc par Jean Descat. Editions du Seuil, 2016, 266 pages, 21 euros. 

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