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    Pays-Bas: Heineken en Afrique, l’enquête qui fait polémique

    media Au Rwanda, Heineken vend sa bière en grandes bouteilles. Olivier van Beemen

    Une enquête sur les activités du groupe Heineken en Afrique fait couler de l'encre aux Pays-Bas. Son auteur, Olivier van Beemen, ancien correspondant à Paris du quotidien économique néerlandais Het Financieele Dagblad, a documenté les points les plus controversés de la présence du brasseur dans les onze pays d'Afrique où il est implanté.

    Olivier van Beemen a jeté un pavé dans la mare, avec son enquête exclusive sur l'activité africaine de Heineken, l'un des fleurons de l'industrie néerlandaise. Heineken in Afrika, publié en novembre 2015 et pas encore traduit en français, s'est déjà vendu à 3 000 exemplaires, un bon score pour une enquête de ce type aux Pays-Bas.

    Tout est parti d'un reportage en Tunisie, lors de la révolution de 2011. « Je suis tombé par hasard sur une relation entre la filiale locale de Heineken, qui opérait en joint-venture avec un homme d'affaires lié au clan du président Ben Ali », explique le journaliste. Intrigué, il pousse ses recherches plus loin. Et décide de se rendre sur le terrain, dans les onze pays d'Afrique où Heineken détient des filiales et produit de la bière.

    Contrairement aux rares enquêtes consacrées aux activités africaines de grands groupes - comme Areva en Afrique, l'un des « dossiers noirs » publiés par l'ONG Survie en France -, le journaliste a décidé de ne pas faire un livre à charge. Il reconnaît donc les aspects positifs de la présence du brasseur sur le continent : « Dans des pays qui fonctionnent à peine, le groupe réussit à créer des entreprises très rentables. Il faut le faire ! En RDC, la bière Primus est disponible jusqu'au fin fond du pays, alors que les infrastructures sont très mauvaises ». Il souligne l'effet d'entraînement du groupe sur ses cadres africains, qui peuvent lancer des entreprises grâce à leur expérience, ou faire de brillantes carrières à l’international. « Le directeur général de Heineken à l'export pour les Amériques est un Rwandais, Eugène Ubalijoro, tandis que le directeur général du brasseur en Hongrie a été un Nigérian, Oladele Ajayi », relève ainsi Olivier van Beemen.

    Olivier van Beemen en Sierra Leone. DR

    Quelle contribution au développement ?

    Pour le reste, son travail écorne l’image de Heineken en Afrique, qui lui vaut pourtant les éloges de tout l’establishment néerlandais, de la reine Maxima au Premier ministre libéral Mark Rutte. Ce dernier a évoqué devant l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre dernier, les 18 000 agriculteurs du Burundi qui travailleraient grâce à Heineken. « Un chiffre publié par le groupe et que le Premier ministre a cité sans vérifier », note Olivier van Beemen.

    « Chaque bière vendue en Afrique rapporte 50% de plus que la moyenne mondiale pour Heineken », poursuit le journaliste. Malgré ces marges, Heineken parvient à faire subventionner ses projets agricoles par des deniers publics. Ainsi, les projets de culture de sorgho, d’orge, de maïs, de riz et de manioc, lancés à partir de 2005 et présentés comme des investissements pour réduire les coûts des matières premières importées pour fabriquer la bière, sont subventionnés par les gouvernements néerlandais et américain (USAID), ainsi par le Fonds commun pour les produits de base (Common Fund for Commodities - CFC) des Nations unies.

    Or, aucun de ces projets ne fonctionne de manière durable et indépendante. Au Burundi, notamment, un directeur général de Heineken « qui n’y croyait pas les a complètement ignorés », explique le journaliste. Du coup, la quantité de sorgho achetée par la brasserie entre 2009 et 2013 ne dépassait pas 5% de l'objectif initial. 

    Travail des enfants, concurrence, alcoolisme

    L’intérêt particulier de la firme domine, même dans les projets relevant de la responsabilité sociale de l’entreprise, insiste le journaliste. Ainsi, les écoles « refaites » par Heineken, qui lui permettent de publier de belles photos dans son rapport annuel, n’ont-elles été bien souvent ravalées qu’en façade, avec un coup de peinture et des promesses non tenues, au Nigeria et en RDC, de fourniture d’électricité et d’équipements.

    Heineken, qui se targue de créer 1,3 million d’emplois « indirects » en Afrique, en les comptant très largement, emploie entre 12 000 et 13 000 personnes sur le continent. Le groupe, qui concurrence fortement les petits producteurs de bière traditionnelle et contribuerait aussi à détruire de l’emploi, fournit du travail indirect dans la distribution. Une activité parfois confiée à des enfants, comme au Burundi, selon Olivier van Beemen.

    Heineken a par ailleurs réussi à convaincre les Africains qu’acheter une Primus en Afrique centrale ou une Star en Afrique de l’Ouest représente un signe extérieur de richesse et un moyen d’accéder aux classes moyennes. « Dans un pays en faillite comme la RDC, beaucoup de gens font tout pour avoir leur Primus quotidienne, ce qui contribue à une espèce de léthargie qui bloque les ambitions », note le journaliste.

    En dehors de l’Afrique du Sud, aucune mesure n’existe au sud du Sahara sur l’impact négatif de l’alcool sur une société ou une économie. « En Afrique, une unité d'alcool commence à 60 centilitres, contre 25 centilitres en Europe, et les fabricants mettent plus de sucre dans la bière pour en atténuer le goût amer et pousser à la consommation », souligne le journaliste.

    Les réactions de Heineken

    Les responsables de Heineken n’ont pas voulu coopérer avec cette enquête. Ils n’ont pas non plus réagi quand l’auteur leur a envoyé le manuscrit de son livre avant publication, sollicitant des réactions. Gêné, le groupe évite désormais les débats télévisés ou publics suscités par le livre aux Pays-Bas.

    Heineken a cependant publié sur son site internet une réaction en anglais. « En substance, ce livre reflète l’opinion d’Oliver van Beemen, selon laquelle les sociétés ne devraient pas opérer sur des marchés en développement, porteurs de défis politiques, peut-on lire. Avec tout le respect dû à Olivier van Beemen, nous avons un point de vue différent, partagé par des organisations telles que la Banque mondiale et les Nations unies ». Réponse du journaliste : « Je suis convaincu que les entreprises peuvent contribuer au développement, mais je me pose des questions sur la manière dont Heineken le fait ».

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