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    L'Académie française racontée par Amin Maalouf

    media Amin Maalouf est l'auteur de plusieurs romans et essais, dont «Le Rocher deTanios», qui a reçu le prix Goncourt 1993. Il a été élu à l'Académie française le 23 juin 2011. JF Paga/Grasset

    Dans son nouvel opus qui vient de paraître, le romancier libanais Amin Maalouf, prix Goncourt 1993 et académicien, ressuscite quatre siècles d’histoire de France, mêlant la littérature, la politique et la vie sociale. A travers le parcours et les aventures de ses prédécesseurs au fauteuil 29 que l’écrivain occupe au quai Conti, Un fauteuil sur la Seine est une plongée au cœur de l’Académie française.

    Amin Maalouf est le premier écrivain d’origine libanaise à siéger sous la Coupole. Discret, sombre, presque timide, c’est ainsi qu’apparaît l’homme lorsqu’on le rencontre pour la première fois. Tout le contraire du personnage volubile qu’on imagine en lisant ses récits où le choc de l’Histoire et le poids des mots tiennent le lecteur en haleine. Pour expliquer ce hiatus, le romancier aime raconter l’histoire de sa belle voisine avec qui il sortait, alors jeune adolescent de 17 ans, sans jamais avoir osé l’embrasser. « Dans la vie, je n’ai pas pu faire autrement, alors je me suis rattrapé dans le roman », explique l’académicien.

    Le « rattrapage » dont parle Maalouf touche son plus haut niveau de perfection dans son nouveau livre Un fauteuil sur la Seine, une invitation au voyage au cœur de la France politique, historique, culturelle, depuis la création de l’Académie française par Richelieu en 1634 jusqu'à nos jours. Les siècles s’entrechoquent au fil des pages de ce livre qui occupera certainement une place singulière dans le corpus bibliographique d’Amin Maalouf, inspiré pour l’essentiel de l’histoire du Proche et du Moyen-Orient dont l’écrivain est issu. Ainsi, l'auteur fait revivre le passé français à travers la vie et les aventures des dix-huit personnalités qui l’ont précédé au 29e fauteuil au quai Conti.

    Surprise

    « J’ai eu l’idée de ce livre en parcourant la liste de mes prédécesseurs après mon élection à l’Académie française en 2011, se souvient le romancier. Quelle ne fut ma surprise d’y trouver le nom de Joseph Michaud, un historien qui avait présidé à mon entrée dans le monde de l’écriture. Celui-ci a été pour moi une sorte de modèle ou de muse puisque c’est la découverte de son Histoire des croisades en sept volumes publié au début du XIXe siècle qui m’a permis d’écrire mon tout premier livre sur Les Croisades vues par les Arabes. Il fallait que je lui rende hommage, mais je ne pouvais pas le faire dans le cadre de mon discours de réception consacré, comme le veut la tradition, à mon prédécesseur immédiat Claude Lévi-Strauss. J’ai donc écrit Un fauteuil sur la Seine. »

    Conçu comme la biographie d’un homme, il est devenu, chemin faisant, la biographie d’un fauteuil. « Je me suis rendu compte très vite que Michaud comme les autres étaient des personnages historiques, qui ont marqué leur temps, poursuit Maalouf. Même s’ils n’ont pas tous réussi à laisser leur empreinte sur l’histoire littéraire ou l’histoire tout court de leur pays, toutes les dix-huit vies méritaient d’être racontées car elles disent toutes quelque chose sur le fonctionnement de leur époque et de leur société. De ce point de vue, la vie d’un Montherlant (17e titulaire du fauteuil) auréolé de la gloire de son théâtre et naviguant entre les conflits irrésolus de l’antiquité et les bêtes qu’on assomme dans les stades modernes, valait celles d’un obscur Jean-François Cailhava (9e) ou celle d’un François-Henri Salomon de Virelade (3e).» Cela donne des récits hauts en couleurs, à la fois graves et légers, transmettant avec bonheur et brio l’esprit des époques qui se succèdent et ne se ressemblent pas.

    Anecdotes

    Le livre fourmille d’anecdotes, puisées dans les annales de l’Ancien comme le Nouveau régimes. Leurs protagonistes sont parfois les grands hommes qui ont présidé à la destinée de la France et dont les interactions avec le monde des lettres n’étaient pas étrangères avec la naissance et le devenir de l’Académie française. Amin Maalouf rappelle comment, au mitan du XVIIe siècle, à l’initiative du cardinal de Richelieu, un groupe d’amis, amoureux de la chose littéraire, ont été plus ou moins contraints de transformer leurs réunions informelles en un salon littéraire formel, donnant ainsi naissance à ce qui deviendra l’une des institutions les plus prestigieuses sous les Bourbons, puis sous la République.

    Un fauteuil sur la Seine est le nouvel opus d'Amin Maalouf. A mi-cheminentre roman et biographie, ce livre raconte la vie et les aventures des dix-huit personnalités qui se sont succédé au 29e fauteuil de l'Académie française. Grasset

    Le cardinal, mais aussi Louis XIV, Napoléon III, Gambetta, Charles de Gaulle, traversent ces pages car, comme le rappelle l’auteur, « le pouvoir politique a son mot à dire sur qui va siéger dans cette auguste assemblée, même si les académiciens ont toujours bénéficié d’une certaine marge de manœuvre ». La meilleure illustration en est peut-être l’élection de La Fontaine à l’Académie française, malgré les relations tempêtueuses du fabuliste avec le Roi-Soleil qui n’avait pas beaucoup apprécié ses manifestations publiques d'amitié à Fouquet, mis au ban par la cour.

    « Or, poursuit Amin Maalouf, le roi attendra l’élection quelques mois plus tard de son favori Boileau pour valider celle de La Fontaine. » C’est ce même « lien organique » entre l’élite littéraire et le pouvoir qui poussera, quelques siècles plus tard, selon Maalouf, le général De Gaulle à suggérer des « noms » au secrétaire perpétuel de l’Académie française de l'époque qui avait accouru à sa rencontre à la Libération. « Il faut faire une belle Académie », aurait dit le général, selon les notes de Georges Duhamel qui avait pris les rênes de l’institution en pleine guerre, succédant à un secrétaire perpétuel acquis aux thèses du maréchal.

    Filiation

    Passionné d’histoire, Amin Maalouf aime à raconter que dans son enfance, il avait l’habitude d’appendre par cœur les noms des rois de France, des présidents américains et voire même des empereurs de Serbie. C’est en historien, doublé du journaliste qu’il fut dans une autre vie, que le Libanais du quai Conti a raconté le roman de l’Académie française. Son œil maniaque pour le détail ne l’a pas empêché d’insérer la petite histoire de ses protagonistes (celle des 18 titulaires du fauteuil 29) dans la grande Histoire, celle de la France et du monde.

    Né à Beyrouth en 1949, installé en France depuis 1976, Amin Maalouf s’est longtemps senti illégitime pour écrire sur l’histoire de France. Son nouveau livre, le deuxième qu’il publie depuis son élection à l’Académie française, est une tentative (réussie) de conquérir ce droit, avec pour armes sa curiosité d’historien, sa vaste érudition et, last but not least, cette notion de « généalogie fictive » que l'écrivain a empruntée à l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, son prédécesseur immédiat au fauteuil 29.

    Un sentiment de filiation est à l'origine de ce livre : il fait du Libanais Maalouf l’héritier non seulement d’une lignée d’académiciens, mais aussi et surtout d’une tradition de l’universalité du savoir qui dépasse les distinctions de race et de couleur dont notre monde, en proie à de nouvelles menaces, demeure malheureusement encore prisonnier.


    Un fauteuil sur la Seine. Quatre siècles d’histoire de France, par Amin Maalouf. Ed. Grasset, 2016, 333 pages, 20 euros.

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