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    Les médias, mauvais élèves de la langue française

    media Ce 16 mars, les médias français vont se mettre à l'heure de la langue française. Source : http://www.csa.fr

    Du 12 au 20 mars, la francophonie est à la fête. Créée en 1995, la Semaine de la langue française et de la francophonie met à l'honneur la langue de Molière dans l'Hexagone et à l'étranger. C'est dans ce cadre que depuis deux ans est célébrée le 16 mars la Journée de la langue française dans les médias, afin de promouvoir l’utilisation du français dans l’audiovisuel. Une mission pour le moins difficile face à l’expansion planétaire de l’anglais et à la mauvaise utilisation de la langue de Rabelais et de Baudelaire dans les médias.

    C’est un scoop : une application high tech, créée par une petite start-up bretonne et sponsorisée par un think tank de la Silicon Valley, va booster la langue française. Il suffira de dire un mot à son smartphone pour qu’il dévoile son orthographe et sa définition. Cette appli se veut être le best of de la langue française. Les mots non répertoriés dans le dictionnaire seront blacklistés pour ne jamais être borderline. Longtemps restée en stand by pour des raisons financières, la start-up a pu relever le challenge grâce au buzz qu’a provoqué son crowdfunding sur la Toile. Last but not least, elle sera présentée en live et en prime time durant cette semaine de la francophonie à Paris à ceux qui auront eu la chance d’être inscrits sur la short list des invités. Une success story pour cette petite entreprise.

    Défendre la langue de Molière…

    « Je défendrai jusqu’à la mort la pureté de la langue française », clamait au XVIIe siècle le poète François de Malherbe. Une pureté qui, au XXIe siècle, à bel et bien disparu à en croire l’information ci-dessus - fausse - qui pourrait bien rendre malades les amoureux de langue de Molière. Néologismes, anglicismes, mots valises, les médias de l’audiovisuel en usent de plus en plus, au grand dam des lecteurs qui, parfois, n’y comprennent plus rien. Pour remédier à cet emploi effréné de mots qui ne sont tout simplement pas français et parfois même incorrects, le 16 mars a donc été décrété Journée de la langue française dans les médias. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), à l’origine du projet dont on célèbre la deuxième édition, affirme qu’il tient à « veiller à la défense et à l’illustration de la langue française » dans la communication audiovisuelle.

    Une mission laborieuse à l’heure de la mondialisation. En effet, que ce soit dans la presse, sur internet, sur les radios ou à la télévision, les mots « étrangers » se font la part belle. A côté de la multitude de déviations de langage vers l’anglais des présentateurs et journalistes, les titres de rubriques comme Hit, Top ten, Best of et consorts en tous genres sont devenus légion.

    … avec mesure

    Ancien chef correcteur du Monde, enseignant formateur en école de journalisme et auteur de plus de cinquante ouvrages sur la langue française et la culture générale, Jean-Pierre Colignon ne fait pas partie de ces « puristes poussiéreux » qui refusent l’introduction ou l’emprunt de termes étrangers dans les médias, « tant qu’il n’y a pas d’excès et qu’on ne se met pas à employer un mot étranger à la place d’un mot français qui est compris de tout le monde ». Jean-Pierre Colignon n’est ainsi pas contre le fait d’en accepter quelques-uns. « On ne peut guère lutter contre un mot bien construit issu d’une langue étrangère et qui va être rapidement compris de tout le monde. »

    Autre erreur parmi d’autres qui se répand, l’utilisation croissante des abréviations issues de l’anglo-américain que sont les « super », « hyper », « méga », « top », « must », et cela alors que la langue française possède des tournures bien plus précises et raffinées grâce aux superlatifs comme « très beau, très bien, le meilleur, le plus grand »... ou encore aux adjectifs tels « incomparable, inégalable »... mais aussi aux mots d' « excellence », d' « exception », etc.

    Participant à trois commissions ministérielles de terminologie, l’ancien correcteur et ses collègues ont cependant proposé aux médias des équivalents à certains mots tels success story, crash, sponsor, dealer, en live, en stand by, has been, out, corporate, team, short list, off record, vintage, news, replay, process, updater, flyer, look, bashing, dispatcher, customizer, deadline, briefer, borderline, buzz, dress code, etc.

    Les journalistes mauvais élèves

    Jean-Pierre Colignon sait qu’il va se faire « détester et haïr », mais son constat est sans appel : à côté de ces anglicismes, les médias de l’Hexagone parlent et/ou écrivent tout simplement mal français, et la situation empire année après année. Au point que depuis peu, les cours de français (grammaire, orthographe) ont fait leur apparition dans les grandes écoles de journalisme afin que les étudiants se remettent à niveau. En effet, les faux amis le sont toujours, la dictée a disparu, et l’écriture en « format sms » contribue grandement à la baisse du niveau de langue. D’autre part, la mauvaise utilisation du français est telle que les Assises du journalisme ont consacré toute une demi-journée à ce thème le 11 mars.

    Aussi bien dans les médias publics que privés, la course à l’information, et donc la précipitation et la concurrence effrénée entre les médias, conduit à mal employer le français. Sur la liste des erreurs, les fautes de prononciation, dont le fameux « cent euros » avec la faute de liaison qui claque à nos oreilles en « cent "z"euros ». Mais, plus dramatique encore, les multiples contresens et impropriétés, c’est-à-dire l’emploi de mots pour d’autres qui déforment l’information. Et Jean-Pierre Colignon de citer un exemple parmi tant d’autres : « Le 27 février dernier, sur une chaîne d’information en continu, la journaliste a annoncé en titre : "Des paysans ont démonté le ministère de l’Agriculture", autrement dit, Paris était à feu et à sang, livré aux émeutiers. En réalité, seul le stand du ministère avait été démonté au Salon de l’agriculture. » Ces erreurs sont « plus graves qu’un accord de participe passé, même si un mauvais accord de participe suffit à transformer le sens d’une phrase ».

    Une vaine lutte ?

    Mais le combat mené par le CSA pour rendre à la langue française sa splendeur et lui conserver ses richesses dans les médias a ses limites. En effet, « veiller à la défense et à l’illustration du français » dans l'audiovisuel est une recommandation et de ce fait elle n’est pas contraignante, puisque jamais un média n’a réellement été sanctionné, ni verbalement ni financièrement. « Au Monde et au Journal de Genève, on avait tenté de mettre en place un système, se souvient avec humour Jean-Pierre Colignon : celui qui commettait une erreur déposait un franc (0,15 euro) et la cagnotte servait à faire un apéro ! ». « Mais, de bon vin, on ne peut faire mauvais latin », écrivait François Rabelais au XVIe siècle…

    Si la langue française est l’une des langues les plus difficiles à maîtriser au monde, elle n’en demeure pas moins l’une des plus riches que nombre de non francophones rêvent de pratiquer. Pour l’écrivain Anatole France, « la langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu’on l’aime de toute son âme, et qu’on n’est jamais tenté de lui être infidèle ».

    → Consulter sur le site du CSA le programme de cette deuxième édition de la Journée de la langue française dans les médias, parrainée par Guillaume Gallienne, acteur et réalisateur, sociétaire de la Comédie-Française, Dany Laferrière, de l’Académie française, et le jeune auteur-compositeur-interprète Vianney.

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