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    Hebdo

    Anish Kapoor et le Vantablack: ce noir qui n’est qu’à lui

    media L’artiste Anish Kapoor, le 5 juin 2015 devant « C-Curve », l’une de ses œuvres exposées au Château de Versailles. REUTERS/Charles Platiau

    En achetant l’usage artistique exclusif du Vantablack, un pigment noir absolu, le sculpteur indo-américain Anish Kapoor a plongé le monde de l’art dans l’incrédulité. Ainsi on pourrait acheter une couleur, faute de la créer. Mais à quoi peut bien servir ce fameux Vantablack qui justifie qu’on paye une fortune pour empêcher les autres d’y avoir accès.

    Le Vantablack est tellement noir qu’il fait presque disparaître les objets dont on le recouvre. Ce noir, le plus noir jamais obtenu, est la propriété de la société britannique Surrey NanoSytems qui l’a élaboré à partir d’une multitude de nanotubes de carbone microscopiques (diamètre 3 500 fois plus petit qu’un cheveu). Quand le Vantablack a été présenté à la presse en 2014, on a surtout parlé de ses capacités d’absorption à 99,96 % de la lumière, une prouesse technique obtenue grâce aux nanotechnologies. 

    Astronomes et militaires fondus de noir
     
    Cette caractéristique fait qu’en regardant un objet recouvert de Vantablack, on a l’impression de voir un trou, un trou noir. Une propriété unique qui n’a pas échappé aux astronomes qui ont besoin du noir le plus noir pour améliorer leurs observations en supprimant le plus de reflets possible. Cette fonctionnalité est déjà largement utilisée par les militaires pour les avions furtifs et autres équipements de combat ainsi rendus « invisibles » en deux « coups de pinceau ».
     

    Un échantillon du noir absolu, le Vantablack produit par Surrey NanoSystems, dont Anish Kapoor a acheter les droits d'usage artistique. Surrey NanoSystems

    Mais les pinceaux, justement, il n’y a pas que les militaires ou les astronomes qui s’en servent. Les artistes aussi se sont aussitôt mis sur les rangs pour avoir accès à ce fascinant noir absolu. Mais ils se sont fait couper la route par le sculpteur indo-britannique Anish Kapoor. Le très médiatique artiste a en effet obtenu à prix d’or (la somme est restée confidentielle) le monopole du Vantablack S-VIS (une version pulvérisable) au grand dam de ses confrères.
     
    Personne n’a jamais vu dans l’histoire de la peinture un tel coup. Se réserver l’exclusivité d’une couleur est en effet inédit. On peut certes penser au bleu Klein, à la différence notable que ce bleu outremer avait été créé par Yves Klein lui-même qui en avait déposé la formule en 1960, mais laissé l’accès libre.
     
    Matériau ou pigment
     
    Dans le cas du noir Vantablack il s’agirait davantage d’un matériau que d’un pigment, ce qui explique qu’un individu puisse s’en réserver les droits. Quant à s’approprier une couleur, d’un point de vue juridique, c’est impossible. Tout le monde peut effectivement se servir, avec plus ou moins de talent, de l’« outrenoir » de Pierre Soulages ou du noir de l’« ultime limite » d’Ad Reinhardt.
     
    Ces teintes sont disponibles et à un prix accessible chez n'importe quel fournisseur de matériel pour artistes. Ce qui n’est vraiment pas le cas pour le Vantablack. Lors de sa présentation en 2014, un responsable de Surrey NanoSytems estimait que son prix de revient serait tellement élevé qu’il se refusait à le révéler. Voilà un élément qui n’a de toute évidence pas fait reculer Anish Kapoor qui a les moyens de ses ambitions.
     
    Mais selon des spécialistes, il faudrait en réalité rien de moins que la puissance financière du plasticien Anish Kapoor pour utiliser le Vantablack, même en version S-VIS, qui nécessite en réalité bien autre chose que quelques coups de pinceau pour être appliqué.
     
    Une « dimension transcendantale »
     

    Une oeuvre de Anish Kapoor, le Cloud Gate installée dans le Parc du Millénaire de Chicago. RFI/Claire Arsenault

    Ce matériau ne s’étale pas en effet comme une simple peinture ; il faut en revêtir le support choisi capable de résister à une température allant jusqu'à 100°C. La surface ainsi enduite ne doit pas être touchée sous peine d'être altérée. Il faut donc la recouvrir d'un matériau protecteur, mais qui préserve les caractéristiques d'absorption de la lumière propres au Vantablack. Des contraintes qui ne sont vraiment pas à la portée de tout le monde, mais que Kapoor, avec les ateliers et les techniciens dont il dispose, pourrait se jouer plus ou moins facilement.
     
    C’est d’ailleurs ce qu’espère Surrey NanoSystems en lui concédant les droits exclusifs : qu’Anish Kapoor fasse la démonstration d’autres possibilités d’utilisation de son revêtement Vantablack. Pour la société britannique, il n’y a que des bénéfices à en espérer. Mais pour Anish Kapoor qui prend le pari de « faire un coup », c'est ici que le spéculateur prend le pas sur l'artiste. 
     
    Il n’empêche, le monde des arts broie du noir depuis cette annonce. Ainsi le Britannique Christian Furr, à qui on doit le dernier portrait officiel de la reine Elizabeth II, ne décolère-t-il pas devant l’appropriation du Vantablack par son célèbre compatriote. « Nous devrions pouvoir l’utiliser, ce n’est pas bien qu’il appartienne à un seul homme ». Très déçu, le peintre avait projeté de réaliser une série de tableaux intitulée Animals où il comptait utiliser le Vantablack. 

    Anish Kapoor quant à lui refuse de s’exprimer sur la légitimité de sa démarche. Il se contente de rejeter les noirs desseins qu’on lui prête et préfère s’extasier devant le Vantablack, cette « chose physique que vous ne pouvez pas voir, ce qui lui donne une dimension transcendantale ». Salvador Dali, un autre alchimiste du noir total, n’aurait pas mieux dit…

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