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    Hebdo

    A Athènes, le quartier rebelle d’Exarchia solidaire des réfugiés

    media Une banderole en soutien aux réfugiés finit de sécher rue Tsamadou, à Athènes. RFI / François-Damien Bourgery

    Plus de 35 000 migrants sont actuellement bloqués en Grèce. Dans le centre d’Athènes, le quartier contestataire d’Exarchia a pris la tête de la mobilisation pour leur venir en aide. Reportage.

    De notre envoyé spécial en Grèce,

    C’est une soirée ordinaire à Exarchia. Aux terrasses des cafés, les ombres des clients dansent sur les murs bariolés de tags et d’affiches militantes. Devant le siège du Pasok, le Parti socialiste grec, des policiers en treillis montent la garde, pistolets-mitrailleurs en bandoulière et boucliers anti-émeute à portée de main, prêts à repousser un éventuel raid anarchiste. Rue Tsamadou, des jeunes ont fini de peindre une banderole pour la manifestation de soutien aux réfugiés prévue le lendemain place Victoria, à dix minutes de là. « Refugees welcome », ont-ils inscrit en lettres capitales.

    En face, au numéro 13, de jeunes adultes s’engouffrent, sac au dos, dans un immeuble d’apparence anonyme dont on découvre la vocation en s’approchant. « Réseau de soutien aux migrants et réfugiés », peut-on lire sur une plaque dorée. Des cours de grec, mais aussi d’anglais et de français sont dispensés ici depuis près de vingt ans avec l’aide d’un collectif de professeurs bénévoles baptisé « Les bancs du fond ». Une quarantaine de réfugiés âgés pour la plupart de 25 à 35 ans s’y retrouvent quotidiennement pour deux heures de cours. « Ils sont tellement nombreux qu’on a dû ajouter des cours de 16 à 18h », indique Angelos, 27 ans, qui y enseigne le grec depuis deux ans.

    Mobilisation générale

    Au numéro 15, Giorgos Athanassakis dresse l’inventaire des produits de première nécessité récoltés grâce à un appel aux dons lancé sur Facebook. Le quinquagénaire aux cheveux poivre et sel coupés ras et à la voix usée est une figure du « steki metanaston », le « steki des réfugiés ». Le terme est difficilement traduisible. Il désigne un local, loué ou squatté, utilisé comme QG par le mouvement qui l’occupe. Le quartier en compte quatre permanents et encore plus qui ont été ouverts pour venir en aide aux migrants. Ils servent d’hébergement, de centre de soins ou comme ici, d’entrepôt.

    Devant les centaines de cartons et de sacs plastique entassés dans la pièce, Giorgos Athanassakis n’en revient pas lui-même. « C’est incroyable ce qu’on peut faire avec les réseaux sociaux ! », s’émerveille-t-il en français. Attaché juridique auprès de l’Union européenne, il a vécu quatorze ans en France. « On a organisé la collecte place Syntagma. Les gens affluaient de partout, raconte-t-il. On a reçu l’équivalent de 431 cartons de 25 kilos rien qu’en produits pharmaceutiques ! » Le contenu de la collecte entreposé ici doit maintenant être distribué aux familles de la place Victoria.

    RFI / François-Damien Bourgery


    Des centaines de réfugiés hébergés

    Quatre rue plus bas, dans la cour de l’université polytechnique, des adolescents se promènent nonchalamment au pied de l’escalier d’honneur où un tableau blanc détaille les besoins en produits de première nécessité. Le mot « Ventoline » est entouré trois fois. Aux dires de ceux qui les prennent en charge, l’endroit abrite 116 femmes et enfants. Les hommes, eux, sont hébergés ailleurs. On n’ira pas plus loin. Les médias ne sont pas les bienvenus.

    Rue Notara, où un autre squat a été ouvert pour accueillir une centaine de réfugiés, nous ne dépasserons pas non plus l’entrée. Notre demande de reportage a été ajoutée à l’ordre du jour de l’assemblée générale qui se tient au rez-de-chaussée du bâtiment. C’est là, assis sur des chaises d’école dans une ambiance enfumée, que les militants du mouvement libertaire AK débattent de leur fonctionnement et des actions à venir. Tout est décidé par consensus. Alors forcément, cela prend du temps. Ce soir, l’AG se terminera tard dans la nuit sans que la question de notre reportage n’ait pu être abordée.

    Un long héritage contestataire

    L’histoire d’Exarchia est celle d’un quartier au long héritage contestataire que Babis Baltas, attablé dans un café bobo, raconte avec force gestes. Ce quadragénaire replet est instituteur à l’école centrale du quartier et spécialiste de l’histoire locale à ses heures perdues. A moins que ce ne soit l’inverse. « Dans les années 1830, après la création de l’Etat grec, la vie politique se tenait dans des lieux précis : à Omonia, rue Ermou, place Syntagma, rue Patision », commence-t-il sur un fond de musique blues.

    L’instituteur s’est métamorphosé en conférencier. Pendant trois heures, il déroule près de deux siècles d’histoire politique locale entrecoupés de gorgées de citron pressé. Dans les années 1850, explique-t-il, c’est dans ce quartier, devant le siège de la police, que les étudiants protestent contre les violences policières. A la fin du XIXe, les habitants font entendre leur mécontentement devant la maison du Premier ministre. Les années passent. Exarchia, peuplé principalement de petits artisans, est gagné par les idées socialistes et communistes que véhiculent les instituteurs. Un mouvement étudiant émerge. Il s’articule autour de l’université polytechnique et des facultés de chimie et de droit.

    Une rébellion en sursis

    Au début des années 1970, les étudiants d’Exarchia deviennent le fer de lance de la résistance contre la dictature des colonels. En 1973, ils occupent Polytechnique en signe de protestation. La répression est brutale. Le régime lance ses chars contre l’université, faisant 40 morts et une centaine de blessés. Le lieu devient un symbole. L’année suivante, à la chute de la dictature, le gouvernement y instaure le droit d’asile, toujours appliqué. « Cet asile est conditionné par le fait que des universitaires s’y trouvent, précise Babis Baltas. Aujourd’hui, les bâtiments sont seulement utilisés par les étudiants en architecture. Le pouvoir rêve qu’ils le quittent pour que l’endroit perde son droit. »

    Les habitants ont à leur tour le sentiment de perdre le contrôle de leur quartier. Trois jours plus tôt, ils ont défilé contre les mafias qui se sont installées dans ces rues où la police n’ose pas se hasarder. La délinquance qui s’y est développée a fait chuter les prix de l’immobilier. Il se murmure que le quartier rebelle est en sursis. Les autorités envisageraient d’y installer une station de métro pour se le réapproprier, comme on plante un étendard pour établir son autorité. En attendant, Exarchia continue à résister.

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