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    Pari Barkershli, une romancière iranienne, entre nostalgie et colère

    media Pari Barkeshli est une pianiste iranienne et romancière DK / RFI

    Pianiste virtuose diplômée du Conservatoire national supérieur de Paris, l’Iranienne Pari Barkeshli est exilée en France depuis la prise de pouvoir par les religieux dans son pays, il y a bientôt 40 ans. Où est passé mon Damavand ? est son premier livre. A mi-chemin entre fiction et témoignage, ce récit raconte la dérive théocratique de l’Iran au tournant des années 80 et son impact dramatique sur la vie publique et privée de sa population, et en particulier sur les femmes.

    Depuis le XIXe siècle, lorsque la pensée humaniste française s’est répandue en Iran à la faveur des échanges diplomatiques entre les deux pays, la France a été une destination favorite pour les Iraniens voyageant en Europe. Plus récemment, pendant la révolution iranienne, beaucoup d’intellectuels et artistes ont trouvé refuge dans le pays de la liberté et des droits de l’Homme.

    Moins nombreuses qu’en Allemagne ou les Etats-Unis, la diaspora iranienne en France est quand-même forte de quelque 25 000 personnes (chiffres de 2015). En général, c’est une population de haut niveau éducatif et culturel. Ils sont médecins, avocats, musiciens, artistes qui ont réussi de manière souvent spectaculaire dans leur domaine de spécialité. C’est le cas notamment de Pari Barkeshi, une personnalité respectée du monde de la musique classique occidentale

    Une femme libre

    Pari Barkeshli a fui l’Iran des mollahs et s’est exilée en France au début des années 1980. Pianiste de formation, elle a fait l’Ecole de musique de Téhéran avant d’être envoyée en France par sa famille  pour suivre le cursus complet du Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Elle a passé une grande partie de son adolescence dans la capitale française. Elle a vécu dans des foyers d’étudiants, loin des siens, avant de repartir les rejoindre en Iran à la fin des années 1960, le diplôme du Conservatoire en poche.

    Considérée comme une des interprètes de la musique occidentale les plus talentueuses de sa génération, Pari Barshekli a enseigné sa discipline à l’université de Téhéran, avant de devoir quitter le pays, trois ans après l’installation du gouvernement théocratique. « C’est quand je me suis rendu compte, explique la musicienne, que je ne pourrais pas vivre en harmonie avec mes convictions de femme libre ni que je pourrais exercer mon métier de musicien sans être pointée du doigt par le régime de vouloir entraîner la jeunesse iranienne sur la pente glissante de débauche et d’anti-islamisme, j’ai pris la décision de partir pour de bon. »

    C’est cette histoire dramatique de rejet et d'exil sur fond de dérive idéologique d’un pays moderne, que Pari Barkeshli raconte dans son livre. Elle a attendu d’être à la retraite de son poste de directrice du conservatoire de musique de Lucé dans l’agglomération de Chartres, pour se lancer dans l’écriture. « J’ai toujours su, confie la sexagénaire, qu’il faudra bien que je raconte un jour ce que j’a vécu en tant que femme dans mon pays, mais si j’ai tant tardé à concrétiser le projet, c’est parce que prise par mes obligations de pianiste professionnelle je ne trouvais pas le temps pour écrire. Et surtout, je voulais avoir une distance critique suffisante par rapport à mon vécu afin de pouvoir raconter de manière pertinente et pédagogique ma vie et l’histoire contemporaine de mon pays. »

    Distanciation

    Ce souci de distanciation explique aussi que le livre soit écrit à la troisième personne. « Oui, l’héroïne du livre Roshanak, c’est moi, confirme l’écrivain, mais j’ai beaucoup hésité avant de choisir ce subterfuge. Littérairement parlant, il aurait été plus efficace de dire « je », mais l’honnêteté exigeait une prise de distance afin de pouvoir raconter avec objectivité l’histoire iranienne. » L’emmêlement étroit de l’historique et du personnel est en effet l’une des principales caractéristiques du roman-témoignage de Pari Barkeshli.

    La grande Histoire est présente dès les premières pages où l’auteur évoque les responsabilités des puissances occidentales impérialistes dans la dégradation de la situation politique dans ce pays. Elles se sont partagées ses ressources pétrolières et ont soutenu un pouvoir autocratique favorable à leurs intérêts. Elle n’épargne pas le Shah, sa dépendance vis-à-vis des Américains, son goût pour les grands raouts alors que la misère règnait dans les faubourgs des grandes villes comme dans la campagne. Elle pointe du doigt l’incompréhension des souverains Pahlavi quant au besoin de religiosité de leur peuple issu d’une des plus vieilles civilisations du globe.

    « Malgré les velléités totalitaires de la monarchie, force est de reconnaître aujour’hui, admet l’auteur, que ce régime qui avait un projet pour l’avenir de l’Iran était sans doute moins obscurantiste que la République islamique qui s’est installée à Téhéran en 1979 et qui veut régir tous les aspects de notre vie, jusqu’à notre intimité et nos idées. » « Le pays s'est débarrassé d'un serpent pour tomber dans la gueule d'un dragon », s'écrie un des personnages du roman traduisant l'opinion générale.

    C’est sur fond de ce balayage panoramique des bouleversements politiques et géopolitiques qu’a connus l’Iran depuis 50 ans, que se déroule l’action principale de ce livre. Le récit commence par le divorce de Chahrbanou, la mère de l’héroïne, dont la violence installe d’emblée avec force la grande thématique de ce livre : le patriarcat. Le régime des mollahs va s’appuyer sur ce patriarcat séculière pour renvoyer les femmes à la domesticité et pour les enfermer dans une vision obscurantiste de la femme. C’est cette condition féminine médiévale que le personnage principal du récit Roshanak va fuir pour s’installer en Occident, tout comme l’auteur.

    Dans un français élégant, Pari Barkeshli a raconté les combats de mère et fille. Celle-ci finiront par gagner leur bataille contre l’administration de leur pays pour pouvoir vivre leur vie librement, normalement. La perte du pays natal est le prix qu’elles doivent payer.

    « Une perte qu’elles vont devoir vivre et mourir avec. J’en sais quelque chose », souffle l'auteur qui se dit « une exilée heureuse », même s'il lui arrive encore, après 34 longues années d'éloignement, de se pencher par la fenêtre de son appartement parisien dans le 14e arrondissement, pour tenter de voir « son Dhamavand ».

    Où est passé mon Damavand ? Une pianiste iranienne face à l’exil, par Pari Barkeshli. Editions l’Harmattan, 283 pages, 23 euros.
     

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