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    Hebdo

    Terrorisme: faut-il une CIA européenne?

    media De gauche à droite, les ministres de l'Intérieur espagnol, allemand, néerlandais, belge et le commissaire européen aux Affaires intérieures, lors d'une réunion extraordinaire à Bruxelles, deux jours après les attentats qui ont frappé la capitale belge. REUTERS/Francois Lenoir

    Le scénario redouté d’attentats terroristes meurtriers en plein Bruxelles s’est réalisé mardi 22 mars 2016. Cinq mois après d’intenses opérations de police et la mise en place d’une situation d’alerte sans précédent en Belgique, l’Europe a été de nouveau frappée en son cœur, comme l’Afrique l’a été encore récemment avec l’attentat de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire. Après chaque drame, l’Europe s’interroge. Comment peut-elle améliorer sa protection ? L’Europe doit-elle se doter d’un centre européen du renseignement pour lutter contre le terrorisme ? A chaque période de crise, le débat ressurgit.

    En Europe, cinq mois après les attentats meurtriers de Paris le 13 novembre 2015, qui ont fait 130 morts et 413 blessés, Bruxelles est attaquée. Le mardi 22 mars à 8h du matin dans le hall du terminal de l'aéroport Bruxelles-Zaventem, deux bombes manipulées par des kamikazes explosent au milieu des voyageurs. Une demi-heure plus tard, un autre kamikaze fait exploser une bombe à la station de métro Maelbeek, en plein quartier européen dans le centre de la capitale belge. Cette journée noire à Bruxelles a fait au moins 31 morts et plus de 200 blessés.

    L’onde de choc

    Dans les heures qui suivent, les autorités belges relèvent au maximum leur niveau d'alerte (niveau 4) sur tout le territoire. Avions, trains, métros, bus et tramways sont arrêtés. On évacue même les personnels « non indispensables » des centrales nucléaires et les frontières se ferment.

    L’onde de choc se propage. Les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et la Finlande renforcent les mesures de sécurité dans les aéroports et certains lieux publics. La police fédérale allemande annonce le renforcement de ses contrôles aux frontières, le Portugal fait de même. La ministre bulgare de l'Intérieur, Rumyana Bachvarova, déclare : « Nous avons instauré 100% de contrôles aux frontières immédiatement après avoir reçu les informations sur les attaques de Bruxelles ».

    En Norvège, les patrouilles de police à Oslo sont réarmées. En Espagne, la police anti-émeute et les unités canines sont déployées à l'aéroport de Barcelone. La France envoie des véhicules blindés dans les aéroports parisiens d'Orly et de Roissy, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve annonce le déploiement de 1 600 renforts de police et de gendarmerie sur les lieux sensibles.

    Le Royaume-Uni, qui est divisé sur son avenir au sein de l’Union européenne, s’interroge à la lumière des événements sur les conséquences de ce choix en termes de sécurité. En cas de « Brexit » (terme désignant la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE), le Royaume-Uni ne profitera plus des mêmes services européens puisqu’elle n’en sera plus membre. Et comme le soutient le Premier ministre britannique David Cameron, cela pourrait même entraîner « des risques » pour son pays qui, d’après lui, est « plus en sécurité » au sein de l’Europe.

    C’est aussi ce que Rob Wainwright, le directeur d'Europol (l'organisation de la police européenne) a fait remarquer aux Britanniques en février dernier lors d’une conférence à La Haye où siège Europol en leur disant que le Royaume-Uni sera plus vulnérable aux attentats et au crime organisé si le pays décidait de quitter l'Union européenne. « Je remarque que le Royaume-Uni dépend très clairement de l'UE en ce qui concerne le sécurité de ses intérêts », a-t-il déclaré. « Si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, il ne sera plus un membre d'Europol, c'est très clair… Il n'aura plus les avantages dont il dispose actuellement, comme un accès direct à notre base de données, la possibilité de participer à nos projets en matière de renseignement ainsi que d'autres sujets », a-t-il prévenu.

    L’Union fait la force

    Ce qui inquiète les Britanniques, c’est le risque de s’isoler, car, face à la guerre contre le terrorisme, la stratégie préconisée par tout le monde actuellement est la coopération multilatérale. C’est ce que Barack Obama propose de manière très large dans son intervention depuis La Havane le jour des attentats à Bruxelles, lorsqu’il appelle le monde à « s'unir » face à ceux qui menacent la sécurité : « Nous ferons tout ce que nous pourrons pour soutenir nos amis et alliés… Nous devons rester unis, au-delà des nationalités, des races ou des religions, pour combattre le fléau du terrorisme ».

    C’est ce qu’explique l’ancien juge français de la lutte antiterroriste, Jean-Louis Bruguière dans son analyse des attentats en Belgique. « Au-delà du réseau familial de Salah Abdeslam, il doit y avoir un réseau beaucoup plus important, beaucoup plus large. Ce que l’on voit, c’est qu’il y avait des opérationnels, des artificiers et toute une structure de soutien qui suppose énormément de personnes qui demeurait, perdurait en Belgique, estime-t-il. Ça, c’est une leçon et je pense qu’il n’y a pas que la Belgique. Je pense qu’il y a d’autres pays dont on ne parle pas, qui peuvent abriter des structures ou des réseaux de soutien ou même actifs. On est dans la nécessité d’avoir une vision beaucoup plus large. Et ce qui se passe met en exergue la nécessité plus que jamais d’une coopération multilatérale extrêmement opérationnelle et rapide, et l’exigence de mettre en commun l’ensemble des renseignements ».

    Pour ou contre une agence européenne du renseignement ?

    Cette question sur la nécessité de créer une agence européenne de renseignement est récurrente et se pose après chaque attentat majeur. C’est une idée soutenue par des poids lourds de l’Europe comme le commissaire européen chargé des Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, ou par Viviane Reding, l’ancienne vice-présidente de la Commission. Mais cette position ne fait pas l’unanimité.

    La mise en place d'une agence européenne du renseignement nécessiterait de modifier les traités de l'Union et plusieurs pays membres n’y sont pas favorables. Par exemple, le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière s’y oppose. « Nous ne devrions pas gaspiller notre énergie sur une agence européenne de renseignement. Je ne peux pas imaginer qu'on puisse renoncer à notre souveraineté nationale. »

    Le ministre allemand considère qu'il faut plutôt se « concentrer sur l'amélioration de l'échange d'informations entre des institutions déjà existantes ». Un projet que la France non plus ne soutient pas. Paris estime qu’il y a des actions plus importantes à mener, le Premier ministre Manuel Valls préférant en termes d’efficacité plaider pour que le Parlement européen adopte rapidement le registre européen des passagers aériens, le PNR. Un fichier qui doit permettre la traçabilité des voyageurs pour les vols depuis ou vers l'UE, dans le cadre de la lutte antiterroriste.

    Europol, CIA ou FBI européen ?

    Est-il nécessaire de créer quelque chose de nouveau alors que, depuis 1990, Europol existe, une organisation de police européenne basée à La Haye, spécialisée dans le renseignement criminel mais aussi dans le renseignement sur le terrorisme depuis 2001 ? D’autant que pour Joseph Henrotin, chercheur à l’Ifri, l'Institut français des relations internationales, et rédacteur en chef du magazine Défense et sécurité internationale, Europol a déjà cette fonction car elle est dotée en plus, depuis le 1er janvier 2016, d’un Centre de contre-terrorisme européen « dont la principale faiblesse est le manque de moyens, notamment humain », explique le chercheur. « Les moyens doivent être fournis par les Etats membres [ce qu'ils ne font pas suffisamment, ndlr]... Ce qui a amené, je crois, la Commission européenne à décider de financer 25 postes ». Ce qui paraît dérisoire, vu l’importance de l’enjeu et la taille du problème.

    Pour Louis Caprioli, ancien sous-directeur en charge de la lutte contre le terrorisme à la DST (Direction de la surveillance du territoire), dans une de ses interventions sur RFI, expliquait que l’Europe n’a pas besoin d’une nouvelle organisation de renseignement : « Je suis opposé à la création d’un nouveau service mais concernant Europol, c’est un échec. De 2001 à 2015, il n’y a eu aucun apport d’Europol dans la lutte contre le terrorisme… Pourquoi ? Parce que ce sont des policiers, ce ne sont pas des agents de renseignements. Europol a eu des informations mais ces informations venaient des services, il n’y a pas eu un apport [d'Europol] », déclarait-il dans l’émission « Débat du jour » sur RFI.

    D’autre part, pour Louis Caprioli, entre tous les services occidentaux, il y a toujours eu des échanges historiques en fonction des thèmes et des menaces. « Ce qu’il faut, c’est passer à une vitesse supérieure et créer une structure informelle où on n’a pas besoin d’une autorisation du Parlement européen, de la Commission européenne. Il y a des structures qui ont existé, il y a eu un système de 2002 à 2006 qui s’appelait " Alliance base ", qui a été créé secrètement en 2002, initié par la CIA, la DST et la DGSE. Des gens de tous ces services se sont installés à Paris pour échanger des informations car la base était à Paris ». « Alliance base » a été fermée en 2010.

    Bilatéralisme ou multilatéralisme ?

    « La question du renseignement, c’est la question de la confiance », soutient le chercheur Antoine Mégie, spécialiste des politiques européennes antiterroriste à l’université de Rouen. Il insiste aussi sur les limites d'Europol : « Europol, c’est une structure verticale et la coopération en termes de renseignement s’opère de manière horizontale, bilatérale avec des histoires particulières entre les services de renseignements et recréer un autre service poserait de nouveau ces problèmes. Est-ce que la solution est de créer quelque chose d’informel ? Quand on a créé " l’Alliance base ", cela a bien fonctionné mais cela a posé des problèmes de contrôle par rapport aux Etats et à l’Etat de droit ».

    Selon Antoine Mégie, si Europol a échoué à permettre une vraie coopération entre les services, c’est parce que les services de renseignements européens n’ont pas besoin d’Europol pour coopérer. « Si on crée une nouvelle structure, aura-t-on besoin de cette nouvelle structure ? », interroge le chercheur. « Et là se pose la question de la confiance. Est-ce qu’on peut partager ses renseignements avec l’ensemble des Etats, sachant que chaque Etat membre va avoir ses propres stratégies ? ».
    « Qui demande un FBI, une CIA ? Ce sont les petits pays qui n’ont pas les capacités et qui se tournent vers les grands », explique Louis Caprioli. « Des grands pays qui sont réservés sur le partage de l’information. Autant le bilatéral est très productif, parce qu’on connaît son interlocuteur, autant le multilatéral est inquiétant ».

    Le débat est loin d’être tranché et continue de diviser les experts. Le Premier ministre belge Charles Michel, qui plaide, lui, pour une sortie du bilatéralisme, disait déjà le 30 novembre 2015 sur RTL : « Aujourd'hui, nous avons une difficulté, les échanges d'informations sur le plan européen sont bilatéraux [...]. Aujourd'hui, il n'y a pas de renseignement harmonisé sur le plan européen. Si les services de renseignement fonctionnaient sans faille dans l'échange d'informations, il n'y aurait plus jamais aucun attentat dans le monde [...]. Nous devons mettre en place le plus vite possible une agence européenne du renseignement, une CIA européenne ».

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