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    Hebdo

    En RDC, sur les traces des combattants du Kivu

    media Dans le Nord-Kivu, à Buleusa, les habitants avaient fui leur village brûlé dans des attaques de groupes armés. RFI/Sonia Rolley

    « Qu'on nous laisse combattre, et la guerre finira » est un voyage dans les montagnes de l'est de la RDC, au Nord et au Sud-Kivu, là où se joue l'un des pires conflits depuis la Seconde Guerre mondiale. L'un des plus méconnus du grand public aussi. Dans ce livre, la journaliste Justine Brabant part à la découverte de ceux qui font cette guerre.

    « En arrivant pour la première fois dans les Kivus on ne la voit pas. On la cherche au détour d’un sentier, d’une ruelle, d’un marché. La guerre ne saute pas à la figure : on apprend à voir ses traces. »

    C'est d'ailleurs comme un jeu de piste que commence « Qu'on nous laisse combattre, et la guerre finira », Avec les combattants du Kivu. Ou plutôt comme une quête. Lorsque le fils d'un chef de guerre à la retraite remet une liste à la journaliste, venue dans l'est de la RDC avec l'objectif d'écrire un livre : sur la feuille griffonnée, une dizaine de noms de leaders de groupes armés.

    Uvira, Sud-Kivu, RDC, 5 janvier 2015: une route serpentant le flanc verdoyant d’une colline. Monusco/Force

    La guerre « à hauteur d'homme »

    Partir sur les traces de ceux qui se battent au Nord et au Sud-Kivu, « se placer à hauteur d'homme », et tenter de comprendre les ressorts de leur engagement dans la violence. Voilà la mission que s'est fixée Justine Brabant durant les trois ans où elle est allée arpenter les sentiers de la région.

    Et c'est souvent à pied que l'auteur part à la rencontre de ceux qui ont pris le maquis. Naturellement, le lecteur lui emboîte le pas, les pieds au sec, loin de la boue avec laquelle il faut souvent composer dans cette épaisse forêt humide.

    Dans sa préface, l'ancien président de Médecins sans frontières, Rony Brauman, revient sur les origines de cette guerre qualifiée de plus grand massacre depuis la Seconde Guerre mondiale. Ou plutôt de ces guerres, car si le plus grand pays d'Afrique subsaharienne n'a pas connu la paix depuis une vingtaine d'années, il s'agit plutôt d'épisodes conflictuels successifs. Pour ses racines, il faut aller les chercher dans l'après-génocide rwandais, en 1994, quand la RDC s'appelait encore Zaïre.

    Si cette guerre est si mal connue, c'est peut-être parce qu'elle ne se fait pas à coups d'affrontements rangés et de bombardements. Et que son front, rapporte Justine Brabant, ressemble à cela : « Au détour d'un village, un carré de terre noire de bois calciné et grise de cendre. Entre les ruines, la vie continue. » Massacres, pillages, populations déplacées... Voilà les bruits qui nous parviennent de cette guerre.

    Se méfier des mots

    Mais qui sont ceux qui combattent ? Quelles sont leurs motivations ? « La trame vue d'Europe était pourtant simple : une histoire de civils livrés à la brutalité de miliciens de toute sorte. Mais sitôt au Congo, l'histoire se complique : les chefs insurgés affables, courtois, narrent la chronique de leur long combat contre la barbarie », souligne l'auteur.

    Car, plus l'on s'enfonce dans le maquis, plus la réalité se fait complexe. Les étiquettes que les médias sont parfois tentés d'accoler pour rendre audible un conflit aux logiques paradoxales résistent mal au terrain.

    Des proches pleurent les victimes du dernier massacre à Beni, le 9 mai 2015. AFP PHOTO / KUDRA MALIR

    Les chiffres d'abord, vertigineux, mais si facilement instrumentalisés. L'auteur fait le ménage dans les sources pour arriver à une estimation autour du million de victimes.

    Le terme de « rebelles » utilisé pour qualifier le plus fréquemment les groupes armés alors que la plupart n'ont pas vocation à contester le pouvoir central, note la journaliste et chercheuse.

    Au cours de son enquête, elle s'étonne aussi que ceux que l'on a coutume de décrire comme des « bandes de mercenaires », des « criminels sanguinaires », acceptent de lui raconter leur vie. C'est que ces combattants se voient plus comme des héros, des patriotes résistants à une agression (rwandaise), que comme des miliciens sans foi ni loi.

    Au gré de ce périple, on découvre que la réalité de ce conflit est à l'image de la myriade des groupes armés qui sévissent aux confins du pays. Il y a les fameux Mayi Mayi qui se protègent en s'aspergeant d'eau, une pratique magique censée les rendre à l'épreuve des balles et de la machette. Et des dizaines et des dizaines d'autres qui forment une nuée d'acronymes : MLC, AFDL, ADF, FDC, MDP, MDLC, NDC, etc... Leur nombre fluctue sans cesse de dissolutions en reformations.

    Frontières floues, rapports ambigus

    L'auteur décrit aussi une guerre où les frontières sont poreuses. Quand les civils, lassés des attaques et du racket permanent des groupes armés, se constituent en groupes d'auto-défense et prennent à leur tour les armes. Où ceux qui sont censés combattre les groupes armés, les Forces armées démocratiques congolaises (FARDC) sont bien souvent eux-mêmes d'anciens membres de mouvements insurgés devenus officiers. Et vice versa, quand les soldats de l'armée régulière désertent pour rejoindre ou former un mouvement armé.

    DR

    Comment emprunte-t-on les chemins de la guerre ? Mais aussi comment y reste-t-on ? Ou comment la guerre se nourrit elle-même dans une spirale, pour l'heure sans issue, d'agression-défense-vengeance. Au fil de rencontres avec des combattants,des civils et des humanitaires, Justine Brabant fait sortir cette guerre des ténèbres.

    ►« Qu'on nous laisse combattre, et la guerre finira », Avec les combattants du Kivu. Justine Brabant, Editions La Découverte, mars 2016, 248 pages, 21 euros.

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