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    Un Français en Inde: des photographies-poèmes de Laurent Ouisse

    media Le Français Laurent Ouisse raconte l'Inde contemporaine à travers des photos de la vie dans ses deux plus grandes métropoles: Delhi et Mumbai. Laurent Ouisse

    Fruit du parcours en Inde d'un photographe occidental, Delhi-Mumbai est une diptyque des mégapoles indiennes composée d'images et d'écrits d'auteurs du cru. Les photos de Laurent Ouisse restituent avec brio la sensation de débordement et de chaos propres au pays de Gandhi et de Ganesh. Une plongée déconcertante et poétique au coeur de l'Inde contemporaine. 

    Laurent Ouisse est photographe. D’origine nantaise, il a travaillé avec des compagnies comme Royal de Luxe, Magma Performing Theatre, photographiant la scène de théâtre de rue. Il parcourt l’Inde depuis plusieurs années, avec son appareil photo en bandoulière. Delhi-Mumbai est son premier album de photos de la vie et ses drames captés sur le vif dans les rues de l’Inde urbaine. Il photographie des scènes de rue, des hommes et femmes et parfois des animaux, pris au piège de la bataille impitoyable que la modernité livre à la tradition et dont les deux principales métropoles documentées dans ce volume sont les sites privilégiés. La poésie n’est pas toutefois absente de ces images qui disent les traumatismes, ainsi que la fluidité et le chaos de la vie indienne dominée par la religion et le patriarcat. Les images de Laurent Ouisse nous parlent aussi, à travers les voix des écrivains, de la jeune génération indienne mis à contribution.

    RFI: Comment est née l’idée de ce volume de photographies sur les villes indiennes ?

    Laurent Ouisse: J’ai découvert l’Inde en 2006 au cours d’un stage de fabrication de marionnettes à Delhi et dans le Rajasthan chez les Bhopas. Tout de suite, l’Inde a exercé sur moi une incroyable attraction par sa capacité à dépasser les bornes et sa formidable vitalité. Puis en 2008, j’ai découvert Mumbai (anciennement Bombay, ndlr) et c’est en retournant à Delhi en été - j’en étais alors à mon quatrième voyage - que j’ai décidé de faire ce diptyque sur les deux mégapoles si distinctes par leurs géographies et leurs histoires. J’ai beaucoup photographié le théâtre de rue et l’envie m’a pris de traverser les deux villes géantes de fond en comble afin de documenter cette Inde urbaine et contemporaine.

    C’est le tout venant des rues, l’ordinaire, le quotidien de ces millions de gens qu’il m’a semblé intéressant de photographier en une sorte de long travelling. J’aime beaucoup le genre du road movie au cinéma, et le style qui s’en approche le plus en photographie, c’est ce qu’on appelle la street-photography. Elle permet de documenter à la fois le contexte urbain et la place de l’humain, les contrastes entre culture de masse et culture traditionnelle. Comme tout s’assemble et se désassemble sans cesse en Inde, la population devient paysage, chorégraphie vibrante, on retrouve là une sorte de comédie sans fin, sans metteur en scène, qu’il m’a paru indispensable de photographier. Je ne me suis jamais ennuyé, même si parfois cela s’est avéré éprouvant. Et puis l’idée de réunir dans un même ouvrage Delhi et Mumbai, qui se connaissent peu, me plaisait beaucoup.

    Comment avez-vous travaillé ?

    Le photographe Laurent Ouisse à Bénarès, chez le barbier. Laurent Ouisse

    J’ai multiplié les départs et les arrivées, j’ai fait 12 séjours entre 2006 et 2013, souvent je suis passé d’une ville à l’autre. J’ai tenu à garder un œil d’animal qui ne s’établira pas. J’ai refusé de comprendre ou de m’expliquer ce qui se déroulait sous mes yeux. Je me suis laissé couler dans les flux afin de prendre le pouls des deux mégapoles. J’ai photographié à partir des taxis, des rickshaws, des trains, des bus à la recherche d’alternance de mouvements. Et puis, j’ai beaucoup marché. La marche développe une sorte d’acuité. Avec la fatigue, il y a un relâchement qui s'opère... J’ai pris le parti d’aller dans des endroits où les Occidentaux ne vont jamais. Il n’y a rien d’attractif a priori dans ces lieux méconnus sauf que c’est parfois là qu’ont pris forme des photos qui font sens dans ce diptyque.

    Vous avez l’habitude de travailler avec des artistes, mais c’est la première fois que vous avez réalisé un album de photos en collaboration avec des écrivains. Est-ce que le regard des poètes et des romanciers indiens vous a permis de mieux voir l’Inde ?

    Dès le départ, j’ai eu envie de collaborer avec des auteurs indiens. Qui d’autres que les Indiens eux-mêmes pouvaient prendre la parole dans cet ouvrage consacré à leur pays ? Je ne me sentais pas légitime de parler en leur nom. Par ailleurs, j’aime beaucoup la littérature, en particulier la poésie, qui est seule, à mon avis, capable de donner de la profondeur aux choses vues. J’ai donc noué des contacts avec des gens qui pouvaient me faire rencontrer les auteurs et à qui je pouvais exposer mon projet. Tous les auteurs que j’ai sollicités pour cet ouvrage, je les ai rencontrés, à l’exception de la romancière Radhika Jha, qui vit au Japon. Ils ont tous accepté de participer avec cette renversante gentillesse indienne, avec du talent et de l’intérêt. Il aurait été en effet hasardeux de proposer les photos sans les commenter. Plusieurs styles se côtoient dans les commentaires : journalisme, essais, romans, poésie. Seuls deux textes ont été créés spécialement pour l’ouvrage : L’esprit des deux villes de Devdutt Pattanaik, mythologiste et Sur L’amour d’Arpita Sinha, cinéaste. Les autres textes sont des extraits des ouvrages déjà existants.

    Quelles sont les plus belles rencontres que vous avez faites pendant votre parcours de photographe à travers l’Inde ?

    Au cours de ces périples, j’ai fait de nombreuses rencontres, toutes plus intéressantes les unes que les autres, mais l'une d'elle est assez particulière. Je me trouvais sur le pont de la Sion Link road, reliant les quartiers de Dharavi et Bandra à Bombay. L’on aperçoit le gigantesque pipeline qui ravitaille en eau une grande partie de la ville. C’est un paysage stupéfiant où vivent des familles qui font du « recycling » (le recyclage des déchets de toutes sortes). Le panorama est impressionnant et j’hésitais à descendre en dessous de ce pont qui m’aurait donné accès au pipeline s’étendant jusqu’à Bandra. Je connaissais cet endroit, mais jamais je n’avais osé y aller. La chose est délicate pour un photographe européen. Il y a de l’indécence dans l’acte de photographier des gens vivant dans une misère noire. Il se trouve que ce n’est pas la misère que je cherchais à prendre en photo, mais la perspective complètement ahurissante des panneaux publicitaires géants au pied desquels vivent des familles. Impossible d’y aller seul. C’est alors que j’ai vu arriver trois jeunes hommes en pleine force de l’âge, qui sont venus à ma rencontre. Nous avons parlé longuement avant d’y aller. On négociait tout simplement le pourquoi et le combien de la démarche. Finalement, nous nous sommes très bien entendus et sommes partis tous ensemble comme de bons vieux copains faire ces quelques kilomètres. Ils avaient parfaitement compris quelle sorte d’homme j’étais et me respectaient comme j’étais. C’était pour moi une leçon de tolérance et d’ouverture à l’autre. D’autant que j’avais dans les poches probablement plusieurs semaines de salaires de n’importe lequel d’entre eux. Ils le savaient et pourtant tout s’est bien passé entre nous. Nous étions devenus des complices !


    Delhi-Mumbai, par Laurent Ouisse. Ouvrage trilingue français-anglais-hindi, livré avec un CD d’images sonores et d’ambiances. Publié par Laelo Photographie, 2015, 224 pages, 36 euros. Diffusion par R-diffusion: www.r-diffusion.org

    NB : du 16 juin au 9 juillet, Laurent Ouisse déploie son ouvrage photographique en une exposition thématique sur les mégapoles indiennes, à la Galerie Le Rez de chaussée, à Nantes. Contact presse : Agence Elo A. elodie@ncelin.com Tél : 09 80 54 26 10.

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