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    Shakespeare, «un horizon indépassable de la littérature»

    media Le traducteur André Markowicz, l'un des plus grands traducteurs français de littérature russe et également de Shakespeare. @Françoise Morvan

    De mère russe et de père français, André Markowicz est l'un des plus grands traducteurs français de littérature russe. Il est traducteur également de Shakespeare et l’œuvre du fils de gantier de Stratford-upon-Avon n’a, elle non plus, aucun secret pour lui. Le 23 avril 1616, William Shakespeare disparaissait. A l’occasion du 400e anniversaire de la mort du poète et dramaturge anglais ce 23 avril, RFI a interrogé son traducteur français sur son travail, sa vision du monde shakespearien et les circonstances de sa découverte de l’œuvre incandescente et indémodable de Will le Magnifique.

    RFI : On vous connaît comme traducteur de littérature russe. Comment passe-t-on de Dostoïevski et Tchekhov à Shakespeare ?

    André Markowicz : Tout naturellement. Ma connaissance de la littérature russe, je la dois à ma mère. C’est mon père qui était un excellent angliciste qui m’a initié à Shakespeare. Il avait lui-même découvert Shakespeare pendant la guerre et cette découverte l’avait profondément marqué. Il m’a transmis son enthousiasme pour le Barde anglais.

    Dans quelles circonstances ?

    Cela s’est passé de la manière suivante. Au moment d’entrer en sixième, lorsque j’ai commencé à apprendre l’anglais à l’école, mes parents ont décidé de m’emmener en Angleterre pendant les vacances d’été. Nous avons fait un détour par Stratford-upon-Avon où mon père m’a offert un volume des Sonnets de Shakespeare en version originale. Je ne parlais pas encore l’anglais, mais quand mon père m’a lu ses sonnets favoris, j’étais absolument bouleversé.

    Qu’est-ce qui vous avait touché à l’époque dans cette lecture des Sonnets ?

    Je crois que c’était la musique du pentamètre iambique, la forme rythmique que Shakespeare a popularisée. C’est le vers shakespearien par excellence, vers à cinq pieds, soit dix syllabes, une syllabe accentuée alternant avec une syllabe non accentuée. Le pentamètre iambique a été central dans la littérature romantique européenne, tant en Allemagne qu’en Russie. En France, non, et puis la langue française n’a pas d’accent tonique. Pouchkine a écrit notamment Boris Godounov en pentamètre iambique, en se référant explicitement à Shakespeare. De même, en Allemagne, quand Lessing commence à écrire du théâtre, il adopte la même configuration rythmique shakespearienne. C’est au balancement des vers entre accent faible et accent fort que j’ai été sensible, en écoutant mon père me lire à haute voix les Sonnets de Shakespeare. J’entendais dans ce rythme les échos de la traduction de Hamlet en russe que ma mère m’avait fait découvrir quand j’étais encore petit garçon.

    Vous avez traduit une quinzaine de pièces de Shakespeare, en commençant par Hamlet jusqu’à Beaucoup de bruit pour rien qui est paru l’année dernière aux éditions des Solitaires intempestifs. Est-ce qu’il y a un fil conducteur qui relie les pièces shakespeariennes que vous avez traduites ?

    Aucun. Je traduis les pièces au gré des demandes des metteurs en scène. Je ne choisis pas. Toutes les pièces de Shakespeare m’intéressent, tant cette œuvre est un horizon indépassable de la littérature. Tout comme Dante, comme Pouchkine ou comme Homère.

    A quand remontent les premières traductions de Shakespeare en français ?

    Les premières traductions de Shakespeare en français datent du XVIIIe siècle. Voltaire fut l’un des premiers à s’intéresser au Barde anglais, tout en regrettant ses manquements au bon goût et aux canons du théâtre classique. On doit à l’auteur de Zaïre les premières traductions de Hamlet et de Jules César, profondément remodelées pour ne pas heurter la sensibilité française.

    Que reprochait-on à Shakespeare ?

    Les lettrés français de l’époque reprochaient à Shakespeare sa méconnaissance des unités de temps, de lieu et d’action, piliers de l’édifice du classicisme dans le théâtre. Le dramaturge anglais mélange les niveaux de réalités, c’est-à-dire la réalité noble des rois et celle des peuples. Les spectateurs français n’ont pas l’habitude de voir des violences et encore moins des meurtres sur scène. Il faudra attendre la Révolution française pour que l’opinion bascule en France, et les romantiques qui dominent désormais la scène littéraire vont se revendiquer de Shakespeare. Avec Ossian, le Barde de Stratford-upon-Avon est l'un des grands précurseurs du mouvement romantique qui se complaît dans son mélange des styles, des genres et des sensibilités. Il n’est donc pas étonnant que les premières œuvres complètes de Shakespeare en français paraissent dans les années 1820, en même temps que Paris découvre Lamartine et Schiller.

    On peut donc dire que depuis le XIXe siècle, chaque génération a traduit et retraduit Shakespeare en France.

    Oui, mais malheureusement aucune traduction de Shakespeare ne prend en compte la forme. En 1864, Victor Hugo publie un portrait littéraire de Shakespeare, qui devait initialement servir de préface à l’œuvre complète de Shakespeare, traduite par le fils cadet du poète français, François Victor Hugo. Chose étonnante, dans ce livre de Hugo, considéré encore aujourd’hui fondamental pour la connaissance de Shakespeare en France, il n’y a pas un mot sur la forme ou sur le travail de versification dans l’œuvre shakespearienne. Toutes les traductions qui ont été faites sont en prose ou parfois en alexandrin, alors que la versification de Shakespeare exigeait l’adoption de formes nouvelles. En France, traditionnellement, la forme versifiée est réservée à une poésie écrite en français. Comme je suis nourri de cultures russe et allemande, j’ai pu renouveler en respectant la versification des pièces de Shakespeare qui sont parfois entièrement en vers, parfois à la fois en vers et en prose. J’ai traduit les parties en vers en décasyllabes car il m’a semblé qu’en français, c’est la forme la plus proche du pentamètre iambique qu’utilise Shakespeare.

    Peter Brook, le grand metteur en scène de Shakespeare, appelle les traducteurs à faire le choix de la simplicité en sacrifiant, par exemple, les adjectifs qui font justement la valeur des pièces en anglais mais sonnent pompeux et artificiels en français. Que sacrifiez-vous quand vous traduisez Shakespeare ?

    J’ai un ami russe qui dit que la traduction, c’est l’art de la perte. En effet, tout traducteur sacrifie quelque chose pour privilégier ce qu’il considère être le sens fondamental de la pièce. Dans Hamlet, par exemple, ce sont les répétitions des mots « question » et « nature » qui font sens. A Hamlet, la nature pose question, la nature étant ce qu’on ne choisit pas. C’est pour moi le noyau de la cohérence de la pièce et à partir de ce noyau, je construis ma traduction. La traduction est une interprétation de l’œuvre traduite.

    Vous avez dit dans une interview que « le traducteur est quelqu’un qui aime quelque chose qu’il veut partager ». Qu’aimez-vous chez Shakespeare que vous avez envie de partager ?

    Shakespeare, point.

    Il y a sans doute des héros shakespeariens qui vous inspirent, des bouts de phrases que vous n’arrivez pas à oublier…

    J’ai dit, Shakespeare, point.


    Voltaire n’était pas le seul grand traducteur de Shakespeare en France. Le dramaturge britannique est passé par les mains d’autres grands écrivains et passeurs français dont les plus connus sont André Gide, Yves Bonnefoy, Jean-Claude Carrière, Jean-Michel Déprats et Jacques Darras pour les Sonnets… Mais les versions qui ont connu la longévité la plus longue sont celles proposées par le fils cadet de Victor Hugo à Guernesey où celui-ci accompagna son père pendant son long exil. Le poète des Contemplations a rapporté la conversation qu’il a eue avec son fils tout au début de leur emménagement à Lancashire House en 1855.

    Le père et le fils se trouvaient dans la salle basse du manoir quand le fils interpella son père :

    « - Que penses-tu de cet exil ?
    - Qu’il sera long…
    - Comment comptes-tu le remplir ?
    - Je regarderai l’océan.
    - Et toi ?
    - Moi, je traduirai Shakespeare !
     »

    L’exil du vieux poète durera jusqu’à la chute du Second Empire en 1870. Pendant ce long séjour, au premier étage du manoir, le père travaillait d’arrache-pied à ses romans quand il n’écoutait pas les vagues lui raconter leurs légendes millénaires, alors qu’au rez-de-chaussée, le fils dévoué remplissait sa solitude en réalisant ses traductions et en les publiant au rythme de deux volumes par an, entre 1859 et 1865. Les traductions des pièces de Shakespeare par François Victor-Hugo continuent à être rééditées.

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