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    Hebdo

    Contestation sociale sans précédent au Paraguay

    media Sur la Place des Armes, les manifestants se regroupent chaque soir pour débattre. Dans le fond, les bâches sous lesquelles ont dormi pendant près d’un mois les paysans en lutte. RFI/Tony Robin

    Une fronde sociale sans précédent secoue le Paraguay depuis plus d’un mois. Aux dizaines de milliers de paysans qui ont occupé jour et nuit pendant plus de trois semaines la place du Sénat, se joignent quotidiennement pour manifester des milliers de travailleurs de la classe moyenne, des étudiants issus généralement de familles aisées et des groupes indigènes. C’est le plus long mouvement de contestation depuis le retour à la démocratie. Et la première fois que des secteurs de la population si variés s’unissent face aux politiques gouvernementales. Un véritable tour de force dans une des sociétés les plus inégalitaires du monde où les droits de l’homme sont bafoués en permanence.

    Samedi 23 avril, après sept heures de négociations tendues avec le gouvernement, Luis Aguayo regagne les siens sur la Place des Armes, face au Sénat. Pour ces milliers de petits producteurs qui dorment depuis presque un mois à même le sol, c’est l’heure de l’unique repas quotidien, concocté grâce aux dons des habitants de la capitale.

    Pour le dirigeant paysan, « Cette solidarité, cette unité de tous les secteurs du peuple paraguayen dans la résistance face à la classe dominante, c’est du jamais-vu… Mais il n’y a rien de plus logique, reprend-il. Car au Paraguay, il n’y a que deux classes d’individus : les grands patrons et nous tous, les misérables ».

    La protestation a gagné tout le pays

    Le mouvement de protestation a débuté le 30 mars à Asunción par une marche commune des organisations paysannes et des fédérations de coopératives. Après une première semaine plutôt calme, les événements ont pris une envergure différente avec l’adhésion d’autres secteurs aux manifestations : fédérations étudiantes, associations LGBT, peuples indigènes, victimes de la dictature, fonctionnaires et chauffeurs de bus, entre autres. La protestation a alors gagné tout le pays et rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes au quotidien. Un chiffre à mettre en relief avec la population totale paraguayenne, soit moins de sept millions d’habitants.

    Chaque secteur est entré dans le mouvement avec ses revendications propres mais tous veulent « lutter contre la corruption et l’injustice sociale qui font du Paraguay l’une des sociétés les plus inégalitaires du monde », synthétise Vicente Aquino. Étudiant à l’université nationale d’Asunción, il fait partie des seuls 3% de Paraguayens ayant accès aux études supérieures. Ainsi, les lycéens et les étudiants visent une réforme intégrale de l’éducation pour plus d’égalité.

    Entre la vie et la mort

    En grève, les chauffeurs de bus demandent la réintégration de collègues licenciés l’année dernière pour avoir formé un syndicat. Onze des leurs se sont crucifiés face au ministère du Travail, espérant ainsi obtenir gain de cause plus rapidement. Une protestation extrême à laquelle le ministre concerné, Guillermo Sosa, n’a toujours pas répondu. Plusieurs des crucifiés sont aujourd’hui entre la vie et la mort.

    De leur côté, les fédérations de coopératives protestent surtout contre un nouvel impôt créé sur les opérations entre associés. Une réforme « inadmissible » pour Pedro Loblein, président de la Centrale nationale des coopératives (CENCOPAN), car elle vise « une classe de la population qui n’a d’autre choix que de s’associer pour combler les défaillances de l’Etat » en termes de santé et d’éducation, alors que « les grands exportateurs sont toujours exonérés d’impôts ».

    Loblein évoque ici la taxe sur l’exportation du soja, dont la mise en place est la grande revendication du secteur paysan. Le Paraguay est en effet le quatrième exportateur mondial de l’oléagineux mais ne taxe pas à l’exportation, quand les voisins brésiliens et argentins le font à hauteur de respectivement 35% et 30%. « Avec un impôt de 10% seulement, analyse Luis Aguayo, l’Etat pourrait mettre en placeune vraie politique agricole familialeet des programmes sociaux de qualité ».

    Une communication parfois violente

    Ses indices macroéconomiques placent effectivement le Paraguay en haut des classements mondiaux en termes de croissance mais faute d’une politique de redistribution des richesses, la situation sociale s’aggrave. La pauvreté extrême est en augmentation, alors qu’elle baisse dans tous les autres pays d’Amérique du Sud. Selon le classement de référence de l’ONGTransparency International, le Paraguay est également l’un des pays du monde au niveau de corruption le plus élevé.

    Après trois semaines de communication parfois violente, le président de la République, Horacio Cartes, a annoncé lundi 25 avril avoir trouvé un accord avec le secteur paysan et celui des fédérations de coopératives. Mais si « nous avons gagné une première bataille, a tempéré dans la foulée Pedro Loblein, le combat est loin d’être terminé », l’accord portant sur des revendications mineures.

    Après l’annonce, la majorité des paysans contestataires a décidé de stopper l’occupation de la Place du Sénat pour retourner travailler ses terres laissées à l’abandon depuis le début des événements. Mais ils poursuivent depuis les manifestations au niveau local, en appui aux secteurs pas encore invités à la table des négociations. « Si ce processus historique d’unité populaire persiste, s’enthousiasme l’éducateur populaire Ernesto Benitez, notre gouvernement déshumanisé et meurtrier ne pourra plus rien faire pour contrer notre soif de justice ». Visée par un scandale de surfacturations, la ministre de l’Education, Marta Lafuente a démissionné jeudi 5 mai en milieu de journée. Une première grande victoire collective pour les secteurs en lutte.

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