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    Russie: des Français sur les traces de leurs ancêtres, héros de guerre

    media La petite-fille du pilote Jean Tulasne dépose une gerbe sur le monument à la mémoire de son grand-père, en présence de nombreux Russes. RFI/Romain Mielcarek

    Une quarantaine de descendants des pilotes du groupe de chasse Normandie, rebaptisé par la suite Normandie-Niemen, a effectué un voyage mémoriel en Russie cette semaine du 9 mai. Ces aviateurs venus combattre les nazis sur le front Est sont aujourd'hui encore des héros particulièrement symboliques.

    Il y a 73 ans, Jean Tulasne était abattu en Russie. Ce pilote français commandait le groupe de chasse Normandie. Lui et une trentaine de ses camarades avaient été envoyés en Union soviétique par le général de Gaulle afin de combattre les nazis. Faute de matériel, c'est Staline qui leur fournit leurs avions et des équipes de mécaniciens.

    En ce début de mai 2016, toute une délégation de Français s'est rendue sur place. Une quarantaine de personnes : enfants, petits-enfants ou neveux de onze des pilotes ayant appartenu au groupe Normandie. A proximité de la ville d'Orel, à 300 kilomètres au sud de Moscou, c'est la petite-fille de Jean Tulasne qui se recueille, impressionnée comme tous les autres par la mobilisation des dizaines de Russes venus les rejoindre sur le petit monument : « Je salue la mémoire des amis qui entretiennent la mémoire du Normandie-Niemen ».

    Profonde amitié russe

    « Nous sommes venus il y a trois semaines pour voir si tout allait bien, raconte le colonel Anatoly Fetisov. Il pleuvait et il y avait beaucoup de vent. On a déposé des fleurs et on a fait une minute de silence. Là, j'ai remarqué deux gouttes qui coulaient sur la stèle de Jean Tulasne. C'était très émouvant. J'ai pensé que son âme pleurait de contentement parce qu'on se souvenait de lui. »

    Le discours de cet officier russe à la retraite, aujourd'hui à la tête d'une organisation d'anciens combattants, pourrait surprendre. N'en fait-il pas un peu trop ? Au cours du séjour des Français, tous seront surpris par l'accueil réservé : plusieurs Russes évoquent leurs souvenirs les larmes aux yeux, les écoles visitées organisent spectacles et repas, les cadeaux se multiplient... Et la vodka coule à flot.

    Le contact facile des Russes - et quelques toasts bien sentis - resserre rapidement les liens. Sonia Pinon-Mellier, petite grand-mère dont le père fit partie de Normandie-Niemen, rit comme une enfant de sa rencontre avec un vétéran russe : « Il était beau le général quand il était jeune, il m'a montré une photo ! Quand on est sortis de l'école qu'on a visitée, il a pris mon bras sous le sien. Un héros de l'Union soviétique ! Ça fait des sacrés souvenirs ! »

    Douloureuse mémoire

    Si la mémoire tient autant les Russes à cœur, c'est surtout parce que leur peuple a été plus touché que n'importe quel autre par la Seconde Guerre mondiale. Plus de 25 millions d'hommes et de femmes sont morts pendant ce qu'ils appellent « la Grande Guerre patriotique ». D'autant plus que les Allemands éprouvaient un profond mépris pour ces Slaves, considérés comme une sous-race et traités comme tels.

    La région d'Orel a été particulièrement touchée. Sur les 34 premiers pilotes du groupe Normandie, 22 sont tués. « Les pilotes français se sont retrouvés dans un abattoir, affirme l'historien russe Egor Tchekotikhin. Chaque jour, l'armée russe perdait en moyenne 60 avions et 12 000 soldats. En deux ans de présence allemande, les deux tiers des 3,5 millions d'habitants de la région ont été tués. Il n'y a aucun autre endroit en Russie où les combats ont été aussi violents. »

    Des héros très symboliques

    Plusieurs Français s'étonnent, face à de tels chiffres, qu'on s'intéresse autant à leur poignée de pilotes tués au combat. Les souffrances des Russes sont si démesurées... Pourquoi tant d'insistance à honorer ces petits Français venus les aider il y a plus de 70 ans ? Ici, les pilotes du Normandie sont connus comme de véritables héros : des dizaines d'écoles portent ce nom, autant de rues et même un restaurant à Moscou.

    A l'époque, si le général de Gaulle avait compris l'importance d'avoir quelques Français combattant aux côtés des Soviétiques, pour pouvoir participer à leur victoire, Joseph Staline avait aussi saisi l'intérêt de l'affaire. C'est lui qui demande à rebaptiser le Normandie en Normandie-Niemen, pour marquer la dimension franco-russe et ancrer cette amitié dans l'histoire. Soixante-dix ans plus tard, l'héritage perdure et les Russes ne cessent de le rappeler : l'entretien de cette mémoire est un fil précieux entre les deux pays, surtout en période de tensions politiques.

    C'est aussi pour cette raison que cette présence française en Russie mobilise tout le monde : les médias les suivent, ils ont été conviés à participer à la marche des Immortels aux côtés de tous les Russes commémorant la mémoire des victimes de la guerre, de nombreuses autorités viennent les rencontrer... A Orel, le colonel Fetisov résume ainsi ce qu'il espère de cette rencontre pour laquelle il a remué ciel et terre : « On espère bien que vous allez parler de ce que vous avez vu à vos enfants, à vos petits-enfants, à vos collègues, à vos amis, à vos voisins... On veut qu'ils comprennent qu'on n'est pas vos ennemis, qu'on a toujours été amis, et que le Normandie-Niemen n'est qu'un tout petit maillon de cette chaîne. »

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