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    Hebdo

    Les journalistes de guerre malmenés par l’Ukraine

    media Le Donbass, dans le sud-est de l'Ukraine, durant la guerre qui a éclaté en 2014. REUTERS/Gleb Garanich

    « Nous publions cette liste, car il est important de comprendre que ces journalistes collaborent avec des combattants terroristes. » Le ton est donné. Sans donner plus de justifications, le 10 mai, ce sont les noms, adresses mails et numéros de téléphone de plus de 4 500 journalistes, ukrainiens et étrangers, et de leurs assistants, qui se sont retrouvés en libre accès sur le site du très patriote groupe Mirotvorets (« Faiseur de paix », en ukrainien).

    De notre correspondant à Kiev,

    Leur tort ? Avoir été accrédité, entre 2014 et 2015, auprès des autorités séparatistes de la République populaire autoproclamée de Donetsk (RPD). Un passe-droit obligatoire pour assurer une relative liberté de mouvement dans la zone de guerre du Donbass. Mais pour Mirotvorets, entre accréditation et collaboration, il n’y aurait qu’un pas à franchir. La controverse très ukrainienne qui s’ensuit n’en finit pas de faire des remous.

    « A la guerre comme à la guerre », s’est ainsi fendu le ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, sur son compte Twitter. « Un ami qui combat sur le front m’est autrement plus cher que ces libéraux-séparatistes qui se vendent au plus offrant. » Son conseiller, le député Anton Herachenko, a, lui, pris la défense intransigeante de l’équipe Mirotvorets en contribuant à médiatiser la diffusion de la liste. Des positions préoccupantes, dans un pays qui se targue d’un respect strict des droits fondamentaux, dont la liberté de la presse, en opposition à la Russie voisine.

    Des messages de haine envoyés aux journalistes

    « Les risques d’atteinte à la sécurité des personnes sur la liste sont énormes, en particulier pour les journalistes originaires du Donbass, qui ont encore de la famille à Donetsk », se désole Yana Sedova, journaliste pour le magazine Focus. La journaliste d’origine russe Ekaterina Sergatskova, qui avait quitté la Russie en raison de son opposition au régime de Vladimir Poutine, affirme ainsi « recevoir des messages de haine depuis plusieurs jours ». Elle est loin d’être la seule.

    Au-delà de ces menaces ciblées, c’est un manque structurel de compréhension des modes de fonctionnement du journalisme moderne que l’affaire, ainsi que de précédents scandales, vient révéler. Ainsi Anton Herachenko a-t-il appelé au développement d’instruments de contrôle de l’information et d’interdiction « de la diffusion de nouvelles pouvant déstabiliser l’Ukraine ». Et de proposer le durcissement des procédures d’accréditation et des mesures de « déportation de reporters ayant violé les lois nationales ».

    « Les propos d’Anton Herachenko cherchent avant tout à conforter son électorat nationaliste », dénonce Yana Sedova. Ce qui dénote un mal très ukrainien : « Nous avons affaire à une nouvelle caste de soi-disant patriotes qui se croient autorisés à utiliser n’importe quel outil dans la lutte contre la Russie. Il semble que nul ne peut les critiquer. »

    Un attachement à la liberté de la presse ?

    Le ministre de l’Information, Iouriy Stets, a tardivement réaffirmé son attachement à la liberté de la presse, tout en mettant en garde les journalistes contre leur travail en zone de guerre, qui revient à « légitimer des organisations terroristes ». Quant à l’administration présidentielle de Petro Porochenko, protecteur supposé de la liberté d’expression et garant des réformes pro-européennes, elle est tout à fait muette sur la question.

    Forts de leur patriotisme très circonstancié, Arsen Avakov, Anton Herachenko et leurs partisans font aussi valoir une vision très parcellaire du journalisme moderne. Il serait clair pour eux que les médias n’auraient dû couvrir la guerre que du côté ukrainien de la ligne de front. Un raccourci qui occulte le travail de terrain des journalistes ukrainiens et étrangers, qui a permis, indirectement, de pallier à l’impuissance des services de renseignement ukrainiens.

    « Si l’on parle de défendre la cause ukrainienne, il me semble que le travail des journalistes a été essentiel pour démontrer l’implication de l’armée russe dans le Donbass ou enquêter sur le drame du Boeing MH17 en juillet 2014 », remarque la journaliste Sevgil Musaieva-Borovyk d’Oukrainska Pravda.  « Les journalistes qui font leur travail honnêtement, en rapportant la vérité, n’ont rien à craindre », s’est contenté de répliquer Anton Herachenko sur le plateau du Shuster Live, le talk-show politique du très populaire Savik Shuster.

    Les journalistes, simples relais de l’information officielle ?

    Le concept de « vérité », défendu ainsi sur un plateau de télévision à Kiev, n’est que l’écho de discours entendus dans le Donbass, de part et d’autre, et assénés par le Kremlin. Il est directement tiré de la phraséologie soviétique de la vérité, unique et indiscutable. Un concept intimement lié à la propagande d’Etat, qui fait des journalistes les simples relais de l’information officielle. Or, dans un monde mondialisé, à l’heure de l’internet haut débit et des réseaux sociaux, une telle politique ne peut plus être aussi efficace qu’à l’époque soviétique. D’une réalité peuvent ainsi découler plusieurs vérités, en particulier dans le contexte de la guerre d’information actuelle.

    « Le pouvoir ukrainien est aux abois, il ne peut pas supporter l’indépendance de la presse, car il ne veut pas que la situation soit montrée telle qu’elle est », lance le Suisse Dirk Lustig, spécialiste des médias. « Le pouvoir voit les journalistes comme des menaces potentielles, aussi les services tissent une toile d’araignée de preuves compromettantes. Et quand ils ont besoin de faire pression sur un média, ou juste de détourner l’attention, leurs pièges sont déjà tendus. » Un traquenard dans lequel vient d’ailleurs de tomber Savik Shuster, récemment interrogé par les services de sécurité.

    « L’Ukraine est encore très loin de s’être imprégnée des valeurs européennes », regrette Oksana Romaniouk, directrice de l’Institut de l’information de masse, indiquant que Kiev continue de se référer à Moscou en termes de système d’Etat. « L’exécutif ne comprend pas le rôle des médias dans une société moderne », ajoute-t-elle, tout en dénonçant une « division de la communauté des journalistes » sur la question. Oksana Romaniouk conclut par sa crainte de « l’élaboration de nouvelles lois restrictives de la liberté de la presse dans un futur plus ou moins proche ».

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