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    Hebdo

    Maroc: dans le camp des migrants africains de Fès

    media Des officiers de la «Guardia civil» espagnole tentent d’arrêter les migrants africains qui veulent rejoindre l’Espagne par l’enclave de Melilla en territoire marocain (photo d'archive). REUTERS/Jesus Blasco de Avellaneda

    Près de 6 000 migrants clandestins africains vivent sous des tentes et des bâches derrière la gare de Fès. Certains se trouvent bloqués au Maroc depuis des années et ont obtenu leurs papiers de résidents. La plupart patientent dans des conditions précaires, avant de tenter le passage périlleux à Melilla, pour atteindre leur rêve d’Eldorado européen via l’Espagne. Reportage.

    Des hommes et des femmes d’Afrique subsaharienne se forcent à sourire et mendient aux feux rouges de Fès, ne comptant que sur la zakat (l’aumône, l’un des cinq piliers de l’islam) pour s’en sortir. La plupart des Fassis, les habitants de Fès, savent que ces migrants vivent dans un terrain vague, derrière la gare, mais ne se risquent pas à leur rendre visite ou à les fréquenter. Pourtant, les Africains qui se trouvent là n’ont pas trop mauvaise réputation, et ne sont pas considérés comme dangereux.

    Alex, grand Camerounais trentenaire, bien habillé, emmène volontiers voir ses compatriotes, même s’il n’est plus dans la même galère, prévient-il. « J’ai mes papiers de résident, une chambre en ville et un petit emploi de gardien de nuit. Je viens ici parce que c’est mon univers. »

    Dans ce terrain vague en dénivelé, hérissé de groupes de huttes mêlant le bois et le plastique bleu des sacs-poubelle, des Maliens jouent au foot, proches des lieux habités par des Nigériens, tandis que les Nigérians anglophones restent invisibles depuis l’entrée, installés à l’écart.

    Le chef du clan camerounais, Jérémie, 31 ans, coincé au Maroc depuis plusieurs années, se trouve sous une hutte basse, assis sur un parpaing. Look américain, casquette et chaînes au cou, il reçoit entre deux bouteilles de gaz et une marmite. Il n’est pas chef à cause de la carrure qui lui vaut son surnom de « Biggy », sourit-il, mais « pour l’expérience et le respect ».

    « Nous sommes venus de partout, par tous les moyens. Les routes qui partent du Cameroun passent par le nord du Nigeria, le Niger, le Mali, le Burkina, le sud de l’Algérie. Nous avons fait le trajet, à nos risques et périls, ce qui nous a coûté de l’argent. Arrivés ici, on fait la manche dans la rue parce qu’il n’y a pas de travail. Les Marocains ont du chômage et la préférence nationale. C’est dur, alors certains retournent au pays. Un homme ne peut pas tomber aussi bas et s’abaisser à mendier. »

    A la poursuite du bonheur

    D’autres jeunes le rejoignent pour participer à la conversation. Il fait venir une « jeune sœur de 16 ans » qui vient d’avoir un bébé, un nourrisson d’un mois né à l’hôpital et déjà sans papiers, non déclaré à l’état civil. « Biggy », dans sa position de chef, lui organise des boîtes de lait. Le nourrisson n’a pas revu de pédiatre depuis sa naissance. Le seul soutien matériel dont il dispose vient de l’église catholique de Fès, explique « Biggy ».

    « Nous, on veut le bonheur. Qu’est-ce que le bonheur ? C’est vrai que vous, en Europe, vous avez tout mais vous n’êtes pas heureux… Le bonheur, pour moi, c’est vaquer à mes occupations, avoir un travail, un toit, ma femme et mes enfants, pouvoir m’occuper d’eux. »

    L’un des hommes présents pose lui aussi des questions. Que faut-il faire ? Quels sont les conseils à suivre ? Lorsqu’on lui suggère de rester chez lui au lieu de poursuivre une chimère européenne qui risque de tourner au calvaire, il rétorque : « Vous ne connaissez pas notre Afrique, celle des villages où il n’y a rien, celle de l’agression et de la violence. Là où nous vivons, vous ne pourriez pas sortir avec vos bracelets en argent sans vous faire agresser. Chez nous, il y a eu des centaines de morts en février 2008 pendant les émeutes de la faim. Si vous protestez, la police vous coffre et vous disparaissez carrément. Plus personne ne vous revoit jamais. »

    Ces migrants qui ont tous fait des études jusqu’au Bac et ont parfois des maîtrises en poche ont renoncé à toute idée de combat politique chez eux pour faire changer les choses. « Nous sommes déjà des sacrifiés ! s’exclame Alex. Sur les 100 euros que je gagne par mois, je fais vivre ma mère, ma sœur, mon frère et mes trois enfants. »

    Les jeunes hommes font tourner des joints et se partagent en quelques minutes une bouteille de whisky, pour « fêter ça » - la visite d’une journaliste, une de plus, dont ils se méfient tout de même, par peur de voir « tous nos petits secrets étalés dans la presse ».

    « Voler le passage »

    « Biggy » a vu et apprécié le film de Boris Lojkine, Hope, qui traite du sort des migrants africains au Maroc. A-t-il peur de représailles ? Il passe vite sur l’accueil qui leur est fait. « Les Marocains sont comme ils sont, imprévisibles. Les uns vous aident, les autres vous rejettent. Un jour, quelqu’un a balancé une torche par-dessus le mur, depuis la rue, pour brûler nos huttes. Ce qui me fait mal, c’est que l’on ouvre ici la porte d’entrée normale aux migrants syriens. Mais nous, nous devons voler notre passage, escalader à mains nues la grille de Melilla.»

    Les sourires reflètent l’espoir, cet espoir impossible à abandonner : « L’idée du lendemain meilleur nous pousse, résume Alex. On n’a pas le choix. Si c’était à recommencer, je referais exactement la même chose ! C’est facile pour vous qui êtes assis en Europe de nous dire de rester chez nous et de construire sur place, alors que vous cautionnez les voleurs qui sont nos dirigeants. L’argent de l’aide européenne, ils se le mettent dans la poche ou dans des comptes en Suisse. Tout le monde sait que notre président vit en Suisse et qu’il ne vient au Cameroun qu’en vacances. Il ne construit pas notre avenir, il ne pense à rien d’autre que son pouvoir, mais vous cautionnez ! »

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