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    Hebdo

    Les mémoires africains d’un ex-ambassadeur, entre partis pris et nostalgie

    media Jean-Marc Simon, ambassadeur de France à Abidjan, le 20 décembre 2010. RFI

    Brillant diplomate et retraité du Quai d’Orsay depuis 2012, Jean-Marc Simon a représenté la France dans plusieurs pays africains en tant qu’ambassadeur. Parus récemment, ses mémoires, qui s’inscrivent dans la tradition inaugurée par Chateaubriand et poursuivie depuis, non sans talents, par les successeurs les plus brillants de l’auteur des Mémoires d’Outre-tombe, racontent les années africaines de la longue carrière de l’ambassadeur Simon.

    Sa mère voyait en lui un futur gouverneur colonial de la stature d’un Lyautey ou d’un Faidherbe, mais Jean-Marc Simon sera ambassadeur de la France postcoloniale, représentant son pays sur les cinq continents. Les mémoires qu’il vient de publier sous le titre Secrets d’Afrique racontent plus particulièrement son périple à travers le continent noir où il fut en poste de 1996 à 2012, dirigeant l’ambassade de France tour à tour à Abuja, Bangui, Libreville et Abidjan. Avant de débarquer dans ces pays et y creuser son sillon, il fut aussi pendant plusieurs années conseiller Afrique au ministère des Affaires étrangères et directeur de cabinet de plusieurs ministres de la Coopération.

    Vocation africaine

    Cette vocation africaine, Jean-Marc Simon la doit, a-t-il raconté lors d’une interview à RFI, à son grand-père qui a dirigé un temps une exploitation fruitière dans le Sénégal colonial, et surtout au spectacle quotidien du défilé de la cavalerie coloniale auquel Simon assistait, petit garçon, du balcon de sa maison familiale à Senlis. Ancienne ville royale, au nord de Paris, Senlis est située entre la forêt et le quartier de la cavalerie. « Chaque jour, je voyais ainsi défiler, écrit Simon, sous mes fenêtres, l’escadron de spahis, de retour de manœuvres ou d’opérations. Les chevaux arabes, vigoureux et élégants, harnachés de cuir damasquiné, passaient au petit trot, montés par des hommes en pantalons bouffants et burnous écarlate à revers blanc, encadrés par des officiers à vareuse rouge et épaulettes d’or. (…) Comment, devant ce spectacle désuet mais prodigieux des derniers vestiges de l’armée d’Afrique, ne pas rêver à 13 ans de gloire et de grands espaces, à l’image du capitaine de Bournazel, l’Homme rouge ? »

    En réalité, la vie au quotidien d’un ambassadeur est beaucoup moins romantique qu’on ne l’imagine, comme Jean-Marc Simon l’apprendra à ses dépens pendant ses différentes affectations. Ancienne puissance coloniale en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, la France entretient des relations complexes d’amour-haine avec les pays africains qui étaient autrefois sous sa tutelle. Elle y possède encore des intérêts considérables que ses diplomates ont pour mission de protéger, en s’appuyant lorsqu’il le faut sur la force militaire. Ce sera le cas notamment dans le Tchad en guerre où l’auteur des Secrets d’Afrique fut Premier conseiller de l’ambassade de France entre 1986 et 1987 et surtout en Côte d’Ivoire à la fin des années 2000, alors que ce pays est plongé dans une grave crise existentielle. Les deux derniers chapitres des mémoires de Simon sont consacrés à cette période où le diplomate français a joué une partition difficile.

    A l’école de Foccart

    Lorsqu’en 1968, le jeune Jean-Marc Simon débute sa carrière dans la diplomatie, la France vit les dernières heures de son âge d’or gaullien. Artisan de la décolonisation de l’Afrique francophone, le général de Gaulle s’était arrangé pour que, malgré la fin de sa domination politique sur le continent noir, la France puisse maintenir ses liens économiques privilégiés avec ses anciennes colonies, souvent regorgeant de matières premières dont l’industrie française avait besoin pour son développement et son indépendance. Aussi, de Gaulle avait-il soustrait la gestion des relations avec l’Afrique au ministère des Affaires étrangères pour la confier à une cellule spéciale au sein même de son Palais de l’Elysée et que dirigeait Jacques Foccart, un des conseillers de l’ombre du général-président. Foccart, qui connaissait personnellement tous les chefs d’Etats africains, a longtemps fait la pluie et le beau temps dans l’Afrique francophone postcoloniale, manipulant ses dirigeants dans le sens des intérêts hexagonaux et organisant des coups d’Etat afin de se débarrasser des chefs qui manifestaient des velléités de rébellion.

    Le président ivoirien, Felix Houphouët Boigny, sous le regard de Jacques Foccart. 30 mars 1969. Archives Nationales

    La vision de l’Afrique de l’ambassadeur Simon a été forgée par l’école Foccart, et l’homme restera fidèle tout au long de sa longue carrière diplomatique à cette idée de tutelle paternaliste que la France sous Foccart a exercée sur le continent noir. D’où l’éloge du concept de « Françafrique » – Simon préfère l’écrire « France-Afrique » séparant clairement les deux entités - sur lequel se terminent les mémoires du diplomate. Ce dernier prend ses distances par rapport aux critiques dont ce concept a fait l’objet ces dernières années sous la plume de ceux qui veulent « moraliser » les relations franco-africaines. Aux yeux de ces derniers, la Françafrique n’est qu’un réseau d’opérateurs malhonnêtes soucieux de perpétuer leurs prébendes, leurs privilèges et les régimes africains corrompus. « La " France-Afrique " est quant à elle, écrit pour sa part le disciple de Foccart, une idée née, en son temps, des réflexions d’Houphouët (-Boigny, ndlr.) pour caractériser un certain art de vivre ensemble. Elle ne pouvait être aussi facilement jetée aux orties parce qu’elle traduit en réalité la spécificité et l’enracinement d’un lien qui est tout autant le fruit de la colonisation que celui de la décolonisation. »

    Or le paternalisme « foccartien » n’exclut pas la lucidité, comme en attestent les analyses que propose Jean-Marc Simon dans son livre. Témoin critique de la politique africaine de la France depuis trente ans, l’auteur raconte comment, à chaque campagne électorale, les candidats à la présidence française, qu’ils soient de droite ou de gauche, promettent de normaliser les relations avec le continent noir, avant que la campagne terminée le réalisme ne reprenne « le dessus sur les illusions et les fantasmes ». C’est la même histoire tous les cinq ans !

    Proche de la droite chiraquienne, Simon se montre particulièrement sévère à l’égard du principe de « non-ingérence, non-indifférence » qui avait été théorisé par le leader socialiste Lionel Jospin pendant son passage à Matignon entre 1997-2002 et qui devait servir de base à sa politique africaine. « Un principe qu’il y aurait lieu d’applaudir en effet s’il était réellement appliqué. En l’occurrence, c’est souvent l’indifférence qui prévaut », écrit le diplomate, non sans une certaine perspicacité. A l’appui de son affirmation, Simon aurait pu citer - mais il ne l’a pas fait, sans doute par mansuétude pour les socialistes - l’étonnante absence de Lionel Jospin en 2001 aux obsèques de l’ancien président du Sénégal et « père » de la francophonie, Léopold Sédar Senghor.

    Coloration idéologique

    On regrettera que cette lucidité soit souvent sacrifiée dans les pages de l'ouvrage de l'ambassadeur Simon, au profit des analyses partisanes. Même si l’auteur reconnaît volontiers « qu’il n’y a pas en France une politique africaine de gauche et une politique africaine de droite », cette grille de lecture idéologique constitue le fil rouge qui traverse ses mémoires d’un bout à l’autre. C’est ainsi, avec sa sensibilité d’homme proche des partis de droite, que le diplomate évoque la politique sud-africaine « jusqu’au-boutiste » de la gauche mitterrandienne que les conservateurs arrivés au pouvoir en 1986, à la faveur de la cohabitation, feront évoluer vers plus de dialogue avec le régime afrikaner. Membre lui-même de l’équipe aux commandes de la diplomatie française autour du ministre des Affaires étrangères de l’époque, l’ambassadeur raconte avec moult détails les retombées « positives » du dialogue renoué avec Pretoria, s'agissant notamment de la libération du coopérant français Pierre-André Albertini incarcéré dans les geôles sud-africaines pour son militantisme, tout en s’abstenant de dire si en fin de compte ce sont les embargos socialistes ou la politique de bras tendus aux oppresseurs pratiquée par Reagan, Thatcher et Chirac qui permirent de mettre fin à l’apartheid. L’Histoire y a déjà répondu !

    L’idéologie colore aussi le portrait que Jean-Marc Simon brosse du Gabonais Omar Bongo, en gommant les aspérités du personnage et ne retenant que les aspects positifs de son parcours et surtout son « amitié » infaillible pour la France. Il « n'a jamais trahi l'amitié de la France », lit-on. Cela suffit-il pour en faire un bon chef d’Etat africain ?

    Secrets d’Afrique - Le témoignage d’un ambassadeur, de Jean-Marc Simon, publié aux Editions Cherche Midi. DR

    Quelques pages plus loin, le portrait à charge que le diplomate nous donne à lire de l’Ivoirien Laurent Gbagbo interroge. L’homme est soupçonné d’être « anti-français». N’a-t-il pas déclaré qu’il « se refusera toujours à agir en sous-préfet de la France » ? Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire entre 2009 et 2012, soit aux plus sombres heures de la crise ivoirienne, Jean-Marc Simon était attendu par les lecteurs pour éclairer de l’intérieur le dysfonctionnement qui a entraîné la cité ivoirienne au bord de la guerre civile. Or les deux derniers chapitres consacrés à ces événements tragiques déçoivent en faisant au seul Laurent Gbagbo porter le chapeau et en absolvant les autres acteurs de la crise (Alassane Ouattara, Guillaume Soro, Blaise Compaoré, les rebelles du Nord…) de leur responsabilité. Les coups de griffe de l’ambassadeur épargnent aussi l’interventionnisme de la diplomatie française sous Sarkozy dont le discours maladroit sur « l’homme africain qui n’est pas encore rentré dans l’Histoire » sonne encore dans les oreilles des intellectuels du continent noir comme une profonde humiliation.

    Malgré leur coloration idéologique, les mémoires de Jean-Marc Simon ne sont pas dépourvus d’un certain bonheur d’écriture, surtout quand ils délaissent la grande Histoire pour raconter la petite Histoire des relations franco-africaines. Ce sont des anecdotes souvent cocasses, parfois tragiques, comme celle des putschistes centrafricains interpellant les chefs d’Etats régionaux qui tentent de les ramener à la raison ou celle de Jacques Foccart appelant Simon sur une ligne directe en pleine crise centrafricaine pour lui demander « de trouver un minibus pour conduire Catherine Bokassa et sa famille à Berengo où l’ex-empereur, qui vient de mourir, doit être inhumé ».

    Derrière les mallettes et les turpitudes des relations franco-africaines, il y a des hommes et femmes qui agissent, pleurent et se souviennent, c'est peut-être cela le « secret d’Afrique » dont l’ambassadeur Simon porte témoignage dans ses mémoires que nous ne pouvons refermer sans une certaine émotion.

    Secrets d’Afrique. Le témoignage d’un ambassadeur, par Jean-Marc Simon. Editions Cherche Midi, 352 pages, 18,50 euros.

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