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    La robotique française veut jouer sur ses points forts

    media Adopté au Japon, Pepper arrive cette année en Europe. Christophe Carmarans / RFI

    Pour sa sixième édition, le salon de la robotique Innorobo avait cette année élu domicile à Paris pour trois jours. Plus de 200 exposants venus de 20 pays ont confirmé le dynamisme d’un secteur en bonne santé. Privilégiant la robotique de service, les entreprises françaises parviennent à tirer leur épingle du jeu. 

    C’est la rançon du succès. Créé à Lyon en 2011, Innorobo, le salon annuel dédié à la robotique, a dû se délocaliser à Paris où il s’est tenu pour la première fois du 24 au 26 mai à La Plaine Saint-Denis, en lisière nord de la capitale. Plus de 200 exposants et 20 nationalités représentées, la robotique s’installe inexorablement dans l’économie et par conséquent dans nos vies. Porté par la Chine qui représente à elle seule 25% des ventes, le marché est toujours en pleine croissance, y compris en France où malgré une certaine frilosité des financiers  – car le retour sur investissement est très souvent plus long qu’ailleurs - le secteur affiche un dynamisme en net décalage avec la morosité ambiante.

    Symbole vivant de cette énergie hexagonale, Catherine Simon, la directrice du salon Innorobo, dresse avec le sourire un état des lieux assez encourageant pour la robotique en France, en particulier dans le domaine précis de la recherche. « On est au 4e rang mondial de la recherche », se félicite-t-elle. « On a 60 laboratoires et plus de 1 300 doctorants, roboticiens ou professeurs en robotique qui rayonnent mondialement. La vraie spécificité de la France, insiste-elle, c’est la qualité de sa recherche ». Compte-tenu de son environnement économique, la France s’est plutôt tournée vers la robotique de service, contrairement à l’Allemagne qui s’est spécialisée dans la robotique industrielle. Un choix pragmatique encouragé par les pouvoirs publics.

    Points forts

    Catherine Simon vante avec conviction les mérites du "made in France". Christophe Carmarans / RFI

    Même si elle concède que la France accuse encore un retard de 4-5 ans sur un pays comme la Corée dans ce domaine de la robotique de service, Catherine Simon met en avant la vitalité entrepreneuriale des start-ups et des PME du cru : Buddy et son robot compagnon Blue Frog, BA Systèmes spécialisé dans la logistique, RB3B qui fabrique des exosquelettes comme Hercule, ou encore Aldebaran, créateur des robots Nao et Pepper. Leader mondial de la robotique humanoïde, Aldebaran vient certes d’être racheté à 95% par les Japonais de SoftBank mais elle va continuer son activité en France où elle emploie 400 personnes.

    « On est également très forts en drones, en navigation autonome, en intelligence artificielle, en software, précise la directrice du salon. En fait, on s’appuie sur les secteurs qui sont forts dans notre PIB comme l’aéronautique, la défense ou le médical ». Véritable vedette d’Innorobo, le robot Pepper dispose d’une exposition maximale, du fait de son partenariat avec plus d’une vingtaine d’entreprises, « un écosystème de partenaires certifiés », précise l’attaché de presse. Descendant du robot Nao connu des Français pour être souvent apparu dans l’émission Salut les Terriens animée par Thierry Ardisson, Pepper a une bonne bouille du haut de ses 1,20 m et il inspire confiance, exactement l’effet recherché. « Si l’on crée des robots de forme humanoïde, ce n’est pas pour faire des copies d’humains mais pour favoriser l’interaction », explique l’attaché de presse. « Quand une personne croise un Pepper, il a tout de suite envie de lui parler », conclut-il.

    Pepper est en effet un humanoïde que l’on qualifie de « robot émotionnel », car doté de la parole, d’expressions faciales et d’un langage corporel. Alors à quoi sert-il, Pepper ? Un peu comme un iPhone qui peut abriter des applications par dizaines, Pepper est comme un couteau suisse et s’adapte en fonction de la tâche demandée en entreprise ou à la maison. A charge pour les sociétés partenaires d’inventer des applications. Déjà adopté au Japon en tant que robot d’accueil par une société comme Nestlé pour ses boutiques Nespresso, Pepper commence à faire son apparition en France comme dans les magasins Carrefour ou certaines gares SNCF.

    « Pepper nous permet d’étendre les points de contact que peut avoir une enseigne avec sa clientèle en magasin, tout ce qui va permettre d’engager le client : information, offres, commandes », indique sur son stand  Nicolas Flandrin de la société Cylande, un éditeur de solution logicielles pour la distribution. « C’est un robot qui permet d’avoir un accès ludique et agréable à ce type d’information, ce qui en même temps décharge de cette tâche le vendeur en magasin ». Cylande va ainsi programmer un Pepper qui sera à l’accueil d’un magasin King Jouet en juillet. Coût d’un Pepper ? Autour de 10 000 euros, somme un peu théorique car il s’acquiert souvent sous forme d’abonnement avec service d’entretien inclus.

    Aide à la personne

    Le robot Leenby, prioritairement destiné à l'aide à la personne. Christophe Carmarans / RFI

    Plus modestes, à l’autre bout du salon les Limougeauds de Cybedroïd se lancent aussi dans la robotique de service mais plus spécifiquement dans l’aide à la personne, un créneau d’avenir compte-tenu du vieillissement de la population.

    Sorti du laboratoire seulement deux jours avant le début du salon, leur robot se nomme Leenby et il est destiné à deux types de clientèles en particulier: les EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées) et les personnes aisées qui ont les moyens de s’offrir un assistant humanoïde à la maison.  Autant dire que ce sont les EHPAD qui sont plus spécifiquement visés pour l’instant compte-tenu du prix annoncé : 25 000 euros, contrat d’entretien compris.

    « Leenby palie l’absence d’une personne physique pour surveiller une personne grabataire ou en déficit moteur, précise Lionel Barrère, ingénieur en robotique chez Cybedroïd qui emploie pour le moment 14 personnes à Limoges. « Les robots, poursuit-il, sont également utilisés comme plate-forme de développement pour des laboratoires de recherche ou comme robots de compagnie pour accueillir des gens lors de réceptions par exemple. Mais ils peuvent aussi  servir de système de surveillance : présence inopportune, détection de gaz ou de fumée ». Fonctionnant grâce à une batterie, Leenby peut disposer jusqu’à huit heures d’autonomie. Un peu plus grand que Pepper, il mesure 1,40 m mais c’est un maximum.« Notre modèle précédent mesurait 1,62 m mais on s’est rendu compte qu’un robot trop grand était jugé trop agressif par les utilisateurs », admet l’ingénieur Limougeaud. La méfiance de l’homme face à la machine reste effectivement l’un des principaux freins à l’utilisation domestique des robots.

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