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    Les fixeurs, guides de l’ombre des grands reporters

    media Un journaliste prend des photos sur son téléphone portable dans une zone de guerre. Eddie Gerald / Getty Images

    A l’occasion de la remise du prix Albert Londres qui récompense ce 27 mai les meilleurs reportages écrit et audiovisuel de l’année, lumière sur les fixeurs, ces collaborateurs très discrets des reporters.

    Ce sont les hommes de l’ombre. Leurs noms n'apparaissent que rarement à la fin des reportages et pourtant, bon nombre de sujets ne pourrait être réalisé sans eux. De l’anglais « to fix », qui signifie arranger, préparer, les fixeurs sont à la fois les guides, les conseillers et les interprètes des journalistes. Ils sont ceux qui défrichent le terrain, trouvent les bons interlocuteurs. Leur connaissance des enjeux locaux leur permet même de suggérer des angles originaux, ceux qui feront la différence avec les médias concurrents.

    « Le fixeur, c’est ton bras droit, résume Emilie Beaujard, grand reporter à RTL après avoir été plusieurs années freelance en Cisjordanie et à Gaza. A Gaza, je ne pouvais rien faire sans Rami. Il était au courant de tout, tout le temps. Il était autant reporter que moi. » Didier François, journaliste à Europe 1 et passé par la plupart des terrains de conflit de ces trente dernières années, parle quant à lui de « passerelle » : « Il doit avoir les contacts dont j’ai besoin. Quelqu’un qui parle très bien anglais mais qui n’a aucun contact ne m’intéresse pas ».

    Un carnet d’adresses indispensable

    Dans la « vie civile », ils sont étudiants, journalistes, traducteurs… Ils sont devenus fixeurs par opportunité ou nécessité. Certains le sont à plein temps, d’autres plus épisodiquement, selon l’actualité et l’intérêt que les médias étrangers portent à leur pays. Charly Kasereka, journaliste à Goma, a ainsi commencé à faire des extras en tant que fixeur en 2012 lorsque les combats avec la rébellion du M23 ont enflammé le Nord-Kivu. « Goma a été soudain prise d’assaut par les journalistes étrangers. Il leur fallait quelqu’un pour les guider, les conseiller, assurer la traduction en swahili, en lingala », raconte Charly.

    Son rôle consiste d’abord à préparer le terrain, trouver les moyens de déplacement, évaluer les coûts, dénicher les contacts. Mais aussi accomplir toutes les formalités administratives : obtenir les autorisations de tournage et les visas. « Les journalistes ne sont pas tous les bienvenus, il faut négocier en jouant avec les mentalités », explique-t-il. Son carnet d’adresses se révèle alors indispensable. Charly Kasereka peut s’appuyer sur ses contacts dans les ministères et parmi les notables de Goma pour accélérer les procédures ou décrocher l’invitation obligatoire pour travailler en RDC.

    Mais cette activité, rémunérée autour de 150 à 200 dollars la journée, n’est pas de tout repos. Lorsque l'actualité est brûlante, les fixeurs subissent le même stress que les journalistes. « Comme les envoyés spéciaux sont limités par le temps, ils sont soumis à une pression qu’ils répercutent sur les fixeurs », témoigne Mahmoud*, fixeur au Caire entre 2010 et 2013. Débrouillards, ils doivent aussi être réactifs. « Le plus compliqué, c’est l’info en continu. C’est impossible de planifier quoi que ce soit », confie Emil*, traducteur à Athènes.

    Des facilitateurs transformés en anges gardiens

    Goma, Le Caire, Athènes… A une époque où les envoyés spéciaux sont catapultés au gré des crises dans des pays dont ils ne maîtrisent pas toujours les codes ni la langue, le « fixing » s’est généralisé. Des sites spécialisés, tels que worldfixer.com ou fixerandco.com, ont été lancés pour répondre à la demande. Mais les reporters préfèrent souvent s’en remettre au bouche-à-oreille. Car les bons fixeurs sont précieux. Et la confiance primordiale. « Ils ont notre vie et notre travail entre leurs mains », fait valoir Emilie Beaujard. Sur les terrains à risque, ces facilitateurs peuvent en effet se transformer en anges gardiens. Beaucoup ont ainsi en mémoire une situation où ils ont tiré leur protégé d’un mauvais pas.

    C’est le cas de Mahmoud. A l’été 2013, alors que la rue égyptienne réclame la destitution de Mohamed Morsi, il accompagne deux reporters dans le village natal du président pour recueillir l’opinion de ses habitants. Ce qui ne devait être qu’un banal reportage tourne rapidement au vinaigre. « On a été accueillis par une bande de gamins qui nous suivaient en criant, se souvient-il. Une des journalistes, qui faisait de la radio et qui était gênée par leurs cris, les a poursuivis en les invectivant. C’est très mal vu en Egypte. » La situation s’envenime lorsque les deux reporters mettent la main sur le seul habitant du village critique envers Morsi. Du pain béni qu’elles comptent bien exploiter à fond. « Or, dans ce genre de petits villages, tout le monde sait ce que tout le monde pense. Alors que l’entretien s’éternisait et que je leur demandais d’abréger, les choses ont commencé à dégénérer », poursuit Mahmoud. Un attroupement se forme, le petit groupe est bloqué dans un magasin. Soudain, un homme leur arrache le sac contenant les enregistreurs. Après de longues négociations, les choses se calment. Mais il leur faut effacer l’entretien litigieux. Mahmoud n’a pas eu peur, il avoue simplement avoir été gêné, « vis-à-vis des habitants parce que la journaliste avait crié sur des enfants, et vis-à-vis des journalistes parce qu’elles avaient été agressées. »

    Sans protection

    Charly Kasereka, lui, se souvient d’une grosse frayeur. C’était en 2013. Alors qu’il s’apprête à passer dans une zone contrôlée par une milice maï-maï avec un photographe français, un membre des forces de sécurité congolaises les intercepte pour un interrogatoire en règle. « Il ma accusé de complicité, raconte Charly. Il m’a prévenu que si on passait en zone rebelle, je serais incarcéré. On a réussi à calmer les choses et on a fait demi-tour vers Goma, la peur au ventre, craignant à tout moment une embuscade. »

    Dans le tandem qu’ils forment avec les reporters, les fixeurs sont les plus exposés. Une fois les journalistes partis, il ne reste plus qu’eux pour assumer les conséquences de leur travail. Là où la liberté de la presse est malmenée et les tensions exacerbées, fréquenter les médias et certaines sources n'est pas sans danger. Or, l'absence de statut bien défini prive les fixeurs de protection. Il arrive ainsi qu’un article relate l’emprisonnement ou la mort d’un de ces collaborateurs de l’ombre. Son nom et l’importance de son rôle sont alors révélés au grand jour. Avant qu’il ne retombe dans l’anonymat.

    *Les prénoms ont été modifiés.
     

    Pour en savoir plus  sur le prix Albert Londres

    La présidente du jury du prix Albert Londres 2014, Annick Cojean, lors de la remise des prix à Bordeaux. NICOLAS TUCAT / AFP

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