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    Hebdo

    Pourquoi faut-il relire «L'Etoile d'Alger» d'Aziz Chouaki?

    media Né en Algérie en 1951, Aziz Chouaki est romancier, dramaturge et musicien. site d'Aziz Chouaki

    Il y a dix-neuf ans paraissait L’Etoile d’Alger, récit de la descente de tout un pays dans les enfers du fondamentalisme islamiste. Ce livre qui saisit avec brio l’atmosphère délétère qui régnait en Algérie au tournant des années 1990 avec la montée inexorable de l’islam politique, continue d’enthousiasmer ses lecteurs à cause de la justesse de ses analyses psychologiques et sociales. Et surtout peut-être à cause de son inventivité linguistique. Edité plusieurs fois depuis sa première publication en 1997 et traduit en plusieurs langues, le roman vient d'être porté à l’écran cette année.

    Réédité régulièrement en Algérie et en France depuis sa première parution, L’Etoile d’Alger fait partie des classiques incontournables des lettres maghrébines de langue française. Son auteur, Aziz Chouaki, installé en France depuis 1991, est connu à Paris avant tout comme un homme de théâtre. Il collabore avec des metteurs en scène de premier plan. Pour la petite histoire, Jean-Pierre Vincent qui fut le premier à monter les textes de Chouaki au théâtre en France, aurait déclaré en découvrant ses romans que l’Algérien avait quelque chose de Monsieur Jourdain car il faisait du théâtre sans le savoir ! Toujours est-il que c’est par la grande porte de la poésie et de la fiction qu’Aziz Chouaki est entré en littérature. A l’âge de seize ans, celui-ci a écrit son premier poème, inspiré de La Légende des siècles que son grand-père lui lisait dans le jardin de sa maison, à l’ombre d’un figuier.

    L’Etoile d’Alger est son deuxième roman. A travers le destin de son personnage principal, ce roman raconte la lente descente de l’Algérie dans les enfers du fondamentalisme islamiste au tournant des années 1990. Soumis à de nombreuses métamorphoses et pressions, le protagoniste Moussa Massy n’est pas sans rappeler Nedjma, héroïne du roman éponyme du romancier algérien Kateb Yacine et emblématique de la tragédie de la génération postcoloniale qui a refusé de faire le deuil de son identité plurielle.

    Une voix en or

    Moussa est un jeune Algérois des quartiers populaires. Il partage avec sa nombreuse fratrie un appartement trois pièces dans une cité livrée au chômage et à la drogue. Au pied des immeubles traînent des jeunes désoeuvrés, en proie au prosélytisme islamiste. Fêtard dans l’âme, le protagoniste trentenaire de Chouaki se tient loin des barbus. Artiste, musicien, chanteur, Moussa parcourt la ville dans l’espoir de réaliser son rêve de devenir un jour le Michael Jackson d’Algérie. Il faut dire que le jeune homme est un chanteur talentueux.

    Doué d’une voix en or et accompagné de son équipe de musiciens fidèles, Moussa gagne sa vie en animant des soirées de fête et de mariage Son groupe est également apprécié à cause de son vaste répertoire qui compte à la fois des chansons kabyles traditionnelles et des classiques de la musique rock, répondant aux attentes les plus variées du grand public. Il est rapidement repéré par les agents des boîtes de nuit en quête de nouveaux talents et finit par se faire embaucher dans des boîtes huppées comme La Chésa et Le Triangle, fréquentés par la jeunesse dorée algéroise. Il a même droit à des articles élogieux dans les journaux les plus prestigieux de la capitale. C’est la consécration, mais malheureusement la gloire ne dure pas, ni d’ailleurs l’amour de la belle Fatiha à laquelle Moussa a fait une cour assidue des années durant.

    Toute la deuxième partie du roman est consacrée à l’inexorable déclin de la carrière du chanteur, sur fond de la montée de l’intégrisme. Le récit se déroule au lendemain des élections communales multipartistes remportées par le FIS. Les prêches enflammés des leaders à la barbe hirsute et au regard sévère, appelant la population à une pratique rigoriste de l’islam, empoisonnent le climat. Avec les boîtes de nuit fermant les unes après les autres, Moussa se retrouve bientôt au chômage. Abandonné par ses amis dont beaucoup partent à l’étranger, le chanteur à la mode se réfugie dans l’alcool et la drogue, jusqu’au moment où à la faveur d’une ultime métamorphose qu’on ne révèlera pas ici, il finit, lui aussi, par céder à l’appel du muezzin…

    Quand l’horizon disparaît

    Scène du film L'Etoile d'Alger réalisé à partir du roman d'Aziz Chouaki. YouTube

    Ce qui frappe d’emblée dans ce récit, c’est sa magistrale économie de moyens. Il n’y a pas de jugement de valeur, ni commentaire, ni pathos, et pourtant l’auteur réussit à transmettre son profond désarroi face à la tournure tragique prise par les événements en Algérie au début des années 1990. S’inspirant de Joyce à qui il a consacré sa thèse, Aziz Chouaki rend compte du quotidien en pleine transformation de son héros problématique à travers des collages de monologues intérieurs à la forme brisée, inchoative, presque sans grammaire.

    Le début du roman est exemplaire de l’écriture de l’Algérien, qui procède par associations d’idées et de sensations. On pourrait qualifier cette procédure de « fleuve de conscience » (« stream of consciousness ») qui pour spontanée qu’elle soit, n’en est pas moins construite, attestant du grand art de Chouaki. « Noir et ample, un voile couvre, écrit-il, la face du ciel, masque sévère sur les yeux du soleil, les atours d’Alger ont disparu. Nuages gonflés fiel, crachin ocre, temps de tremblement de terre. L’horizon aussi a disparu… » C’est une narration résolument moderniste où à travers l’exploration de la pensée intime du personnage, l’auteur révèle les limites et les contradictions de la société algérienne dans son ensemble confronté à la montée islamiste.

    Selon les critiques, l'originalité de ce roman réside aussi dans sa verve d’une virtuosité parodique rare. Lors de la toute première sortie du livre en Algérie en 1997, dans sa recension tout en superlatifs El Watan qualifiait le style de l’auteur de « nerveux et bagarreur où les mots se crachent dessus, se ruent les uns sur les autres, s’échangent de violents coups. C’est de la boxe, c’est du rock, du local rock, c’est du jazz… ». Chouaki restitue à l’écriture la vitalité de la langue orale, mélange différents registres, mais aussi les parlers autochtones et les parlers étrangers. En effet, si l’Algérien a choisi d’écrire en français, histoire oblige, d’autres langues s’échangent et se mêlent dans son écriture, du kabyle au français créolisé, en passant par l’arabe des rues, l’anglais appris à l’université et, last but not least, le langage de la musique contemporaine dont l’auteur est si friand. Chaque page devient une invitation au voyage, avec les mots, les phrases explosant dans le ciel de notre imagination comme autant de feux d’artifice.

    La francophonie algérienne, quasi centenaire, est féconde en feux d’artifice. Ses déflagrations littéraires célèbrent rarement la victoire. Elles sont plutôt annonciatrices des déroutes et des désastres à venir. L’Etoile d’Alger qui ne déroge guère à la règle, s'ouvre sur le morne présent d'une Algérie pillée par ses dirigeants, sombrant dans une longue nuit de la terreur et du désespoir. C'est parce que son roman a su faire avec brio le portrait de la nuit qui vient, qu'il faut le relire.


    L’Etoile d’Alger, par Aziz Chouaki. Chihab Editions, Alger, 2015, 233 pages, sans indication de prix .

    Aziz Chouaki est l'auteur d'une vingtaine de livres, dont des recueils de poésies, des anthologies de nouvelles, des romans et des pièces de théâtre. Outre L'Etoile d'Alger, Baya (roman, 1989) et Les Oranges (théâtre, 1998) sont ses ouvrages les plus connus. Son livre Esperanza Lampedusa (2015) a fait l'objet d'une lecture sous l'égide de RFI au Festival d'Avignon 2015.

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