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    Sophie Ekoué: «l'impertinente pertinence» de la pensée africaine

    media «L'Afrique au-delà des clichés». Illustration de Yao Metsoko, dans Sagesse d'Afrique. Yao Metsoko/Hachette Bien-Etre

    Pour combattre les clichés sur les ténèbres africaines, la journaliste Sophie Ekoué est allée chercher ses armes dans les sagesses millénaires des peuples du continent noir. Des sagesses qui se sont constituées en s'appuyant aussi bien sur la pensée mystique et religieuse que sur un imaginaire du quotidien, « lié au respect de soi-même et de son prochain, parce que tout homme, bon ou mauvais, est le dépositaire d'une parcelle de la Lumière ». Sagesses d'Afrique nous guide sur le chemin de l'être et du savoir du monde noir. Entretien.

    Comment est née l’idée de ce livre ?

    Ce livre fait partie de la collection des grandes spiritualités du monde chez Hachette Pratique. Cette collection existe depuis une dizaine d’années, mais jamais l’Afrique n’en a fait partie. Très étonnant, n'est-ce pas ? Un continent dont on est sûr qu’il est le berceau de l’humanité… Il s’agissait de rétablir un équilibre et corriger une injustice. C’est l’éditeur qui m’a contactée et, ensemble, nous avons trouvé la ligne et le ton sur lequel aborder ce sujet. Il fallait raconter à un urbain occidental ce qui constitue les piliers des cultures de l’Afrique, dans un langage simple, accessible et pédagogique. En fin de compte, j’ai compris très vite que même les Africains pouvaient y apprendre des aspects méconnus de leur culture. L’Afrique est un vaste ensemble morcelé et les Africains ignorent souvent ce qui les lie.

    « Stéréotypes sur l’Afrique », « parole rituelle », « croyances », « chamanisme », « musique », « symbiose avec la nature », « humanisme africain » : voici quelques-uns des thèmes abordés dans ces pages. Comment s’articulent-ils à l’intérieur de la thématique des Sagesses d’Afrique, le titre de votre ouvrage ?

    Nous avons créé les chapitres selon l’esprit de l’unité des choses et des êtres. Je m'explique : mon expérience familiale m'a appris très tôt que la tradition africaine nous invite à concevoir

    Hachette Bien-Etre

    la vie comme une unité, comme un ensemble à l'intérieur duquel tout est lié, interdépendant et interagissant. Cette unité se fonde sur trois notions. 1- L'équilibre entre les éléments, entre mondes animal, végétal et minéral ; 2- l'échange dans la mesure où la vie est échange et relation à soi comme aux autres, qu'ils soient semblables ou différents, relations au monde ; 3- enfin, l'interdépendance, c'est dans la complémentarité que le monde doit être conçu et habité. Donc parler du lien à la musique est tout aussi important que le rapport aux ancêtres ou aux esprits.

    Le terme « Sagesses » n’est-il pas un peu réducteur, alors qu’il s’agit dans votre ouvrage de visions, de pensées, de philosophies, de mythes, de cosmogonies, en somme de la civilisation africaine ?

    C’est tout cela qui constitue la sagesse n’est-ce pas ? Cela dépend du registre dans lequel on se situe. Il s’agit d'une juste connaissance des choses fondée sur la raison et sur l'expérience. Sur le continent, les proverbes enseignent cette sagesse populaire, qui est simple en apparence mais très sophistiquée par ses ressorts philosophiques. La sagesse permet le discernement parfait entre le bien et le mal, il s’agit pour l’homme de maintenir un équilibre entre lui et la nature. Quant à Dieu, quelle que soit l’image qu’on s'en fait de ce continent, il est connaissance infinie, sagesse infinie, intelligence infinie.

    Votre ouvrage est riche en références et renvoie à chaque pas à des textes des grands auteurs européens ou africains qui ont rendu compte de la complexité de la pensée africaine : Marcel Griaule, Hampâté Bâ, Senghor, Geneviève Calame-Griaule, Barnabé Laye, pour ne citer que ceux-là. Comment avez-vous travaillé ?

    J’ai lu encore et encore et discuté avec de nombreux chercheurs au Mali, au Togo, au Bénin, au Gabon. J’ai ruminé pour digérer tous ces textes qui sont des trésors, mais cachés dans les bibliothèques de France et de d'Afrique. Puis il m’a fallu trouver la langue pour raconter cette diversité complexe sous une forme simple pour un grand public de non-spécialistes. La radio m’a beaucoup aidée car cette manière d’écrire pour les oreilles m’a évité des phrases longues et alambiquées. Le philosophe malien Belko Ouologuem a été d’un grand secours. Le Béninois Barnabé Laye aussi. L’Afrique regorge de véritables perles, de grands savants méconnus du monde. C’est aussi cela ce livre, il donne la parole à ceux qui savent et connaissent et qui se taisent par humilité.

    Qu’est-ce qui différencie les « sagesses » d’Afrique de celles d’Asie ou d’Occident ?

    Pour répondre à cette question je vais vous répéter ce que mon ami l'écrivain Sami Tchack appelle la beauté des pensées inutiles. En voici quelques exemples : « Celui dont le cœur est droit, et qui porte aux autres les mêmes sentiments qu’il a pour lui-même, ne s’écarte pas de la loi morale du devoir prescrite aux hommes par leur nature rationnelle ; il ne fait pas aux autres ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse à lui-même. » (Confucius) « Aime ton prochain comme toi-même. » (Jésus)  « Agis de façon à traiter l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne des autres, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » (Kant)  « Tout être est mon être. » (Emir Abd el-Kader): « J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus. » (Senghor)
    On ne peut parler de différences mais de nuances. Le cœur est le même, seule l’enveloppe diffère. Il en est ainsi de toutes les sagesses du monde.

    Qu’avez-vous appris sur les pensées et cultures africaines en écrivant ce livre ?

    J’ai appris que contrairement à ce qui se dit couramment, l’Afrique n’est pas seulement un continent de l’oralité. Il y a aussi beaucoup d’écrits.  Le fait que les langues de ces textes ne soient pas occidentales a fait dire qu’il n’y avait pas

    Sophie Ekoué. RFI

    d'écritures en Afrique et que tout était oral. C’est vrai et faux. A côté de cette tradition orale très ancrée, les lettrés et érudits ont écrit notamment en arabe, en swahili et ont témoigné sur des supports autres que le bois, par exemple, les rouleaux d’écorces d’arbres. Des milliers de manuscrits de Chinguetti en Mauritanie et de Gao renferment des trésors inouïs ! J’ai appris que pour la paix dans le monde on devrait aller à l’école du caméléon avec Hampâté Bâ et marcher droit comme les Masaï. J'ai fait mienne cette philosophie que l'on doit aux Masaï : « Je suis joyeux pour découvrir que je suis né pour être heureux ».

    Sagesses d'Afrique, par Sophie Ekoué. Illustrations de Yao Metsoko. Edité par Hachette bien-être, France, 160 pages, 10,50 euros.


    Extrait:

     L’origine du monde

    « L’esprit est la force, la vie qui se trouve en toute chose. »

    Toutes les traditions africaines ont une base de croyances qui se ressemblent. Les récits racontent tous comment s’est formé le monde, mais n’évoquent jamais la fin des choses.

    Quatre grandes croyances sont partagées par la majorité des peuples africains :
    – l’Être suprême. Les Africains ne croient qu’en un seul dieu supérieur, qui est le créateur de toutes choses. Il a créé le monde, les dieux, bons ou mauvais, les humains, les animaux et la nature. Il a le contrôle sur tout et Il voit tout,
    – l’Homme et sa nature humaine, ses pouvoirs en tant qu’homme, ses devoirs et sa spiritualité. L’humain est conscient de son existence et de sa puissance physique et mentale,
    – la nature et son règne. La nature comporte les règnes végétal, animal et minéral. La nature est vénérée parce qu’elle représente l’équilibre du monde,
    – l’infinité du temps et de l’histoire. Les Africains croient en l’éternité. Pour eux, chaque
    chose a un début mais pas nécessairement de fin.

    « Tout est dans la nature et toute la nature est en moi. On est ensemble ! »
    Parole de Pygmée 

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