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    Elie Wiesel ou l'obligation d'écrire «après Auschwitz»

    media Elie Wiesel, dans son appartement du Mahattan. Elie Wiesel Foundation for Humanity

    Mort le 2 juillet dernier, l'Américain Elie Wiesel était l'auteur d’une œuvre littéraire prolifique et saisissante avec pour thèmes l’Holocauste, la mort, Dieu. Rescapé des camps de concentration nazie lui-même, l’homme a raconté à travers ses écrits le triomphe du mal que fut le génocide juif. 

    Avecla disparition de l’Américain Elie Wiesel, s'interrompt l’une des voix les plus puissantes mais aussi les plus fécondes de la mémoire de l’Holocauste. Décédé à l’âge de 87 ans, cet homme qui a mené une vie éminemment active, se partageait entre journalisme, écriture, enseignement et conférences sur la Shoah. Il laisse derrière lui une œuvre majeure où se mêlent essais philosophiques, romans, récits, pièces de théâtre et écrits autobiographiques.

    Composée d’une cinquantaine de titres et innervée par l’énigme de la mémoire, l’œuvre d’Elie Wiesel est hantée par les morts et les agonisants qu’il a côtoyés dans les camps de l’extermination nazie où il a été enfermé jusqu’à sa libération par les Américains en 1945. Son entreprise infatigable de préservation de la mémoire de l’Holocauste a valu au défunt en 1986 le prix Nobel de la paix. Dans son discours de réception de ce prix, Elie Wiesel a raconté combien son sujet lui a toujours fait peur car il n’estimait pas avoir le droit de « prendre la parole au nom des multitudes qui ont péri », ni celui d’être « l’interprète de leurs rêves et visions mutilés ». Cette humilité a toujours caractérisé la démarche de l’écrivain Wiesel.

    Quand écrire la poésie était « barbare »

    Le président Obama s'entretient avec Elie Wiesel à l'occasion d'une visite du camp de concentration de Buchenwald, en Allemagne, le 5 juin 2009. REUTERS/Kai Pfaffenbach/File Photo

    Né en 1928, en Transylvanie (Roumanie) dans une famille juive orthodoxe, Elie Wiesel a été déporté à l’âge de 15 ans à Auschwitz-Birkeneau, où sa mère et sa plus jeune sœur ont péri dans les chambres à gaz. Son père est mort sous ses yeux en janvier 1945 à Buchenwald, trois mois avant l'évacuation du camp par les soldats américains. Après la fin de la guerre, il s'est réfugié en France où il a fait ses études. Il se met alors à écrire avec pour mentor François Mauriac qui avait pris ce rescapé orphelin sous son aile protectrice. C’est Mauriac qui le poussa à raconter les onze mois qu’il avait passés dans l’univers concentrationnaire. C’est ce que le futur prix Nobel a fait dans son premier opus de plus de 800 pages, écrit en yiddish, et dont les éditions de Minuit publient en 1958 une version abrégée, sous le titre La Nuit.

    Préfacé par Mauriac, ce livre qui a fait connaître Wiesel, s’inscrit dans le canon de la littérature de témoignage issue de la Shoah. Souvent comparé à Si c’est un homme de Primo Levi, La Nuit est un livre fondamental, qui à travers le récit puissant des horreurs de l’univers concentrationnaire, nous redit l’énigme du mal absolu.

    Largement autobiographique, l’ouvrage retrace avec une sobriété implacable l’itinéraire d’un jeune homme à Auschwitz, la vision « cauchemardesque » des nourrissons jetés vivants dans des brasiers, l’agonie d’un adolescent pendu à la potence, la mort du père, les humiliations, la révolte contre Dieu et, pour finir, la douleur d’avoir survécu. C’est cette culpabilité qui incite l’écrivain rescapé à donner un sens à sa survie et à se mettre à écrire. Ecrire pour témoigner et pour ne pas oublier, rejetant la fameuse injonction dAdorno : « Après Auschwitz, écrire de la poésie est barbare ».

    Pour Wiesel, plus grande barbarie serait d’oublier les morts. « Ce serait les tuer une deuxième fois », disait-il. La cinquantaine de livres qu’a produits l’auteur de La Nuit, au fil d’une carrière longue de plus d’un demi-siècle, s’inscrit dans cette démarche de témoignage et de préservation de la mémoire afin que le monde sache ce qui s’est passé dans les camps. L'écrivain disait : « Seuls ceux qui ont connu Auschwitz savent ce que c’était, les autres ne sauront jamais ».

    Finalité de l'événement

    Ecrite en grande partie en français, langue dont l’Américain appréciait le « rationalisme cartésien », l’œuvre d’Elie Wiesel compte une quinzaine de romans, plusieurs pièces de théâtre, des essais et des mémoires. Si ses essais s’appuient sur sa grande

    Elie Wiesel était un écrivain prolifique. Récit autobiographie, La Nuit était son premier livre, mais il a aussi écrit des roman, des essais et ses mémoires en deux tomes. RFI

    érudition sur la tradition juive et son évolution, les romans de Wiesel se nourrissent de l’histoire juive et révèlent un véritable talent de conteur que le jury du prix Médicis a reconnu en lui accordant le prix en 1968 pour son roman Le Mendiant de Jérusalem (Seuil). Il a également publié ses Mémoires en 2 volumes : Tous les fleuves vont à la mer (Seuil,1994) et Et la mer n’est pas remplie (Seuil, 1996).

    Aux Etats-Unis où il s’est installé dans les années 1960 avant d’accéder à la citoyenneté américaine, Wiesel était reconnu comme un maître à penser dont l’influence dépasse le campus universitaire de Boston.Il y a longtemps occupé une chaire en sciences humaines. L’enseignement de la jeunesse a été pour ce survivant de la Shoah un autre moyen de témoigner pour que le passé « ne devienne pas leur avenir ».

    Le Professeur Wiesel n’enseignera désormais plus, mais sa disparition sera peut-être l’occasion pour tous ceux qui ne l’ont pas lu de plonger dans son chef d’œuvre La Nuit. Plus de 60 ans après sa publication et vendu en 6 millions d’exemplaires, ce livre demeure un texte séminal de notre modernité, racontant avec une sobriété implacable le triomphe du Mal que fut le génocide juif. « Dans La Nuit, disait Elie Wiesel, je souhaitais montrer la fin, la finalité de l’événement. Tout tendait vers une fin – l’homme, l’histoire, la littérature, la religion, Dieu. Il ne restait rien. Pourtant, nous recommençons avec la nuit. »

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