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    Hebdo

    L’exploitation du Simandou en Guinée, un projet avorté?

    media Sur l’axe Beyla-N’zérékoré, en Guinée forestière, camions de chantiers, bulldozers et tractopelles défilent. RFI/Coralie Pierret

    Les ambitions sont pharaoniques. D’un coût estimé à 18 milliards de dollars, le projet du Simandou en région forestière devait amorcer le développement du pays. La convention, ratifiée en 2014, combine exploitation du gisement de fer et construction d’infrastructures, notamment un port en eau profonde au sud de la capitale Conakry et une ligne de chemin de fer transguinéenne de 650 kilomètres. La première tonne de fer devait être exportée en 2018. Sauf qu’à ce jour, les travaux pour la production n’ont pas encore démarré.

    Sur l’axe Beyla-N’zérékoré, en Guinée forestière, camions de chantiers, bulldozers et tractopelles défilent ; la route entre ces deux préfectures est presque achevée. Exécutés par l’entreprise de bâtiments et de travaux publics Satom et financés par Rio Tinto, les travaux sont lancés en 2012 « pour faciliter la future exploitation de la mine du Simandou », explique le géant anglo-australien. Ce gisement de fer est l’un des plus importants au monde : il permettrait de produire 100 millions de tonnes pendant plus de quarante ans. « Sauf qu’à ce jour, l’unique mouvement de la compagnie dans la région, ce sont ces travaux routiers. Au niveau de la mine, il n’y a aucune activité », indique Lamine Traoré, membre du collectif Publiez ce que vous payez.

    Or, selon le calendrier conclu entre les actionnaires de la coentreprise Simfer SA, à savoir l’Etat guinéen, Rio Tinto, Chinalco et la Société financière internationale, la mise en exploitation doit avoir lieu fin 2018.

    Départs ?

    Tout est encore possible, selon le Premier ministre. En mai dernier, Mamady Youla garantit en conférence de presse que « l’Etat guinéen va continuer les efforts pour développer ce projet » et tente de rassurer sur l’entente qui prévaut entre les autorités et la firme.

    Mais quelques semaines auparavant, Alan Davies, le directeur général Mines et diamants de Rio Tinto n’avait pas été reçu par le président de la République Alpha Condé mais par le ministre des Mines, « ce qui est déjà largement suffisant », poursuivait le chef du gouvernement. Au cours de cette visite express à Conakry, le haut cadre de Rio Tinto justifiait le retard en expliquant ne pas vouloir « bâcler le travail. Nous passons beaucoup de temps à travailler avec nos partenaires, notamment avec le gouvernement pour qu’il comprenne l’avancée des travaux et comment nous pouvons continuer à progresser. »

    Toutefois, selon plusieurs sources, le projet semble être dans une impasse. La tendance serait plutôt au licenciement et les effectifs du géant minier devraient être réduits d’ici la fin de l’année 2016. Même si la société en Guinée ne confirme pas officiellement, les dépenses connaissent une réduction drastique et sont ramenées au minimum.

    Le marché mondial défavorable

    A la mi-mai, Rio Tinto livre son étude de faisabilité bancable au gouvernement guinéen et aux partenaires. Même si l’entreprise ne doute pas « de la rentabilité du projet », le consortium d’investisseurs pour la construction des infrastructures n’est pas encore formé. En effet, le projet, estimé à 18 milliards de dollars, peut se diviser en deux parties.

    La première, les six milliards pour les travaux d’exploitation de la mine, est apportée par Rio Tinto. La seconde, qui correspond aux deux tiers des coûts de développement du Simandou, reste à trouver : 12 milliards pour construire, entre autres, une ligne de chemin de fer multi-usages de 650 kilomètres reliant Forecariah à Beyla et un port en eau profonde en Basse-Côte. « Les partenaires financiers étudient le projet », présente la compagnie anglo-australienne.

    Mais les perspectives du marché mondial ne vont-elles pas effrayer ces partenaires ? En 2011, la tonne de fer était vendue autour de 150 dollars contre 50 en mai 2016. De plus, les principaux acheteurs asiatiques seront plus frileux pour investir car la croissance chinoise est stagnante, estiment les experts. Comment relancer ce projet qui devait créer 45 000 emplois et amorcer le développement de la Guinée ? Peu après la ratification de la convention en 2014, le chef de l’Etat Alpha Condé affirmait que l’exploitation du Simandou doublerait le produit intérieur brut (PIB) guinéen. 

    → Ré(écoutez): Guinée forestière: la route de Beyla à N’Zérékoré bientôt ouverte

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