GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 6 Décembre
Vendredi 7 Décembre
Samedi 8 Décembre
Dimanche 9 Décembre
Aujourd'hui
Mardi 11 Décembre
Mercredi 12 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Urgent

    Carlos Ghosn a été inculpé pour dissimulation de revenus sur cinq ans.

    Hebdo

    Paraguay: la renaissance des indigènes Aché après le «génocide oublié»

    media Marciano Chevugi et son père Enrique Tekuaregi posent à la gare routière d’Asunción avant de prendre le bus pour aller rencontrer les Aché du Sud du Paraguay. RFI/Tony Robin

    Chasseurs-cueilleurs nomades de la jungle tropicale, les indigènes Aché furent quasiment anéantis par le régime totalitaire du général Stroessner (1954-1989). Sédentarisés de force, les survivants des massacres restent considérés comme des citoyens de seconde zone au Paraguay. Dans le seul pays d’Amérique du Sud où l’impunité pour les crimes de la dictature reste totale, les défis sont multiples pour les nouveaux leaders de la communauté.

    La première fois qu’il a vu des « Blancs », Enrique Tekuaregi avait dix ans. Il vivait alors avec sa famille selon le mode de vie ancestral du peuple indigène Aché, chasseurs-cueilleurs nomades dans la forêt tropicale paraguayenne. « Un groupe de femmes enceintes se rafraîchissait, confie l’homme aujourd’hui âgé de 58 ans. Il y avait Chamataprarugi, Kryrogi et des autres. Les Paraguayens sont arrivés par derrière et ont tiré au fusil, des femmes ont été mutilées à la machette. Ils ont emmené les enfants, moi j’ai couru le plus vite possible. »

    Dix années d'horreurs

    La scène remonte à 1967. La dictature du général Stroessner vient de décréter la sédentarisation forcée des derniers individus encore non contactés. Hommes traqués à la chasse à courre puis concentrés dans un camp de travail, femmes réduites en esclaves sexuelles, enfants volés et utilisés comme domestiques : les indigènes Aché vont alors être victimes pendant plus de dix ans des pires violations des droits de l’homme.

    Dans des ouvrages parus à partir de 1971, l’anthropologue espagnol Bartomeu Meliá est le premier à alerter sur le risque de génocide total encouru. Ses travaux, et plus directement son expulsion du pays par la dictature en 1976, vont déclencher l’intervention de la communauté internationale au Paraguay. Les derniers Aché survivants, regroupés par le régime au camp de concentration Colonia Nacional Guayaki ne sont alors plus qu’environ 500.

    C’est en ce lieu ignoble qu’est né Marciano Chevugi en 1979. Fils d’Enrique Tekuaregi, il est le leader actuel de la communauté, bien qu’il n’existe pas dans la tradition aché un cacique élu comme dans beaucoup d’autres groupes indigènes. Son statut, il le doit à un acte précis. « Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, explique l’autodidacte Chevugi, c’était l’omerta autour des deux mots "dictature" et "Stroessner". Les jeunes Aché comme moi ne savaient pas qu’ils étaient nés des rescapés d’un génocide oublié. Moi, je l’ai appris par hasard dans un livre d’anthropologie. J’ai alors décidé d’organiser un grand banquet et d’y convier tous les anciens pour les faire parler. »

    Dans le milieu des années 1970, une mission de l’ONG Survival a pu se rendre sur place pour documenter les crimes dont étaient victimes les Aché. A. Kohmann/Survival

    Une plainte contre l’Etat pour crimes contre l’humanité et génocide

    Pour la première fois, les langues aché se délient pour raconter les mutilations, les viols, les enfants volés par la dictature. Des détails sordides qui poussent la communauté à déposer devant la justice argentine une plainte en 2013 contre l’Etat paraguayen pour crimes contre l’humanité et génocide. Un recours à l’étranger possible au nom de la juridiction internationale puisque, contrairement à ses voisins sud-américains, le Paraguay n’a jamais donné suite aux plaintes déposées sur son territoire par les victimes de la dictature.

    Et malgré le mutisme d’Asunción face aux demandes de coopération envoyées régulièrement depuis la justice argentine, Aitor Martinez, l’avocat chargé d’accompagner les Aché, n’a « aucun doute sur le fait que l’affaire avance ». Pour l’Espagnol, elle se terminera même par « l’émission de mandats d’arrêt internationaux, car les preuves accumulées contre les responsables des crimes sont irréfutables ».

    Selon Chevugi, une telle décision de justice permettrait « aux anciens de faire enfin le deuil des proches perdus et aux plus jeunes de croire en une nation qui donnerait aux indigènes les mêmes droits qu’aux autres citoyens ».

    La lutte pour protéger leur territoire

    Aujourd’hui complètement sédentarisés, les 2 000 Aché vivent dans sept petits hameaux, avec titres de propriété en règle. Mais encore régulièrement, leurs terres sont envahies par des trafiquants de drogue ou de bois. Des envahisseurs qui bénéficient souvent de l’appui à peine dissimulé d’hommes politiques d’influence. « Un Etat qui nous protège au lieu de chercher à nous nuire, c’est ça la grande priorité de notre lutte », assène Chevugi. En attendant, les Aché n’ont d’autres choix que de s’avancer arcs et flèches en main pour protéger leur territoire.

    L’arc et les flèches, Enrique Tekuaregi continue à les utiliser aussi pour chasser le gibier selon la méthode traditionnelle. Mais près de cinquante ans après sa première « rencontre » avec un soldat de l’armée paraguayenne, sa vie a radicalement changé.

    Vendu à une famille paraguayenne comme esclave quand il avait 14 ans, il a pu s’échapper à la majorité et retrouver plus tard les survivants de sa communauté. Pas sa mère, morte d’une maladie bénigne dans le camp de concentration. Son père a, lui, réussi à tromper la vigilance des geôliers, en courant vers la dense végétation tropicale. Les anciens de la communauté assurent avoir identifié ses restes osseux dans la jungle, aujourd’hui défigurée par la déforestation. Enrique Tekuaregi n’a jamais plus eu de nouvelles de ses frères et sœurs. Pourtant, il dit n’avoir « aucune haine contre les Paraguayens », ni « aucune rage » en lui, car « la rancœur est absente de l’essence des Aché ».

    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.