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    WikiLeaks, ou «l'illusion de la transparence»

    media Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, est exilé dans l'ambassade d'Equateur à Londres depuis 2012. Cette détention condamnée par l'ONU est due aux révélations faites sur son site. FABRICE COFFRINI / AFP

    Cela fait dix ans que Julian Assange a lancé WikiLeaks. Dix ans qu’il tente de rendre données et informations confidentielles disponibles pour tous. Ce cyber-militant de la transparence s’était fait remarquer grâce à une série de révélations, notamment sur la guerre en Afghanistan, censée faire bouger les lignes. Retour sur l’impact des principales affaires de WikiLeaks.

    Le Parti démocrate d’Hillary Clinton a été secoué le 22 juillet 2016 par des milliers d’emails divulgués par le site WikiLeaks. Ils prouvent que les élites du comité à la tête du parti ont favorisé Hillary Clinton pour la faire gagner face à Bernie Sanders. Alors que sa présidente, Debbie Wasserman Schultz, a dû démissionner, les démocrates n’ont pas attendu pour attaquer le camp adverse républicain : Robby Mook, responsable de la campagne d’Hillary Clinton, a sous-entendu sur la chaîne ABC que la Russie était à l’origine du piratage, afin d’aider Donald Trump à gagner. Se pose depuis lors la question de l’engagement politique de WikiLeaks, de sa réelle transparence et de son impact à travers les différentes révélations au cours de son histoire.

    Le début de la notoriété de WikiLeaks

    « Information wants to be free », l’information doit être libre. Le slogan de WikiLeaks annonçait la couleur de son engagement en 2006 : divulguer des données confidentielles et les rendre accessibles à tous. Julian Assange, cyber-activiste australien, est à l’origine de la plate-forme. Après plusieurs révélations nationales, WikiLeaks prend une stature plus globale en avril 2010, grâce à la diffusion d’une vidéo secrète datant de 2007. On y voit un hélicoptère américain menant une attaque sur Bagdad, faisant 12 morts dont deux journalistes de l’agence de presse Reuters.

    Julian Assange se rend vite compte que publier des informations qui vont se perdre dans l’immensité du web n’est pas suffisant. « WikiLeaks a besoin de reposer sur les médias traditionnels pour apporter une analyse et aider les lecteurs à comprendre les données », estime Alasdair Roberts, professeur en affaires publiques dans le Missouri. Le fondateur de WikiLeaks décide alors de s’allier avec les grands médias mondiaux occidentaux comme The New York Times, The Guardian, El Pais, Le Monde et Der Spiegel.

    Une année 2010 fructueuse en révélations

    Grâce à ces partenariats, WikiLeaks prend de l’ampleur et fait un remue-ménage médiatique conséquent en 2010. Le 25 juillet, le site dévoile plus de 90 000 documents militaires confidentiels sur l’Afghanistan. Datant de 2004 à 2010, ils divulguent le nombre de civils touchés par l’armée américaine ou des preuves sur l’inefficacité des drones. Ces documents publiés en interne par les forces armées américaines dressent le portrait d’une guerre technologique ratée. Quelques mois plus tard, WikiLeaks vise la guerre en Irak, en dévoilant 400 000 documents confidentiels sur la torture et la mort de milliers de civils. Deux affaires à la suite l'une de l'aute qui chamboulent le Pentagone. 

    « Mais la révélation qui a le plus marqué l’histoire de WikiLeaks reste celle des câbles diplomatiques, d’abord par le volume de données divulguées mais aussi par la déontologie appliquée », estime Olivier Schmitt, professeur au Centre d'étude de la guerre à l'Université du Sud-Danemark. Le « Cablegate », c’est plus de 250 000 télégrammes de la diplomatie américaine échangés entre le département d'Etat des Etats-Unis et ses 274 ambassades de 1966 et 2010. Affaires d’espionnage, opinion des Etats-Unis sur Nicolas Sarkozy, transferts de technologie militaire, tout y passe.

    Si elles ont permis de comprendre les coulisses de la diplomatie américaine, aucune de ses révélations ne s'est révélée majeure. « Les diplomates sont tout de même un peu plus attentifs à la sécurisation de leurs données, mais cela n’a pas changé la politique étrangère des Etats-Unis », conclut Olivier Schmitt.

    Une « illusion de la transparence »

    Julian Assange est obnubilé par l’idée de la transparence de l'information en démocratie. Mais on est face à une « illusion », dit Alasdair Roberts. L’impact espéré de la divulgation de données est bien éloigné de la réalité. WikiLeaks est au final assez naïf sur la façon dont marche la politique internationale. Un Etat agira toujours comme il l’entend en la matière, quitte à aller à l’encontre d’une opinion publique défavorable.

    Olivier Chopin, enseignant au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron et spécialiste de la guerre, prend l’exemple des essais nucléaires français de 1995 ou de l'entrée en guerre du Royaume-Uni contre l'Irak en 2003 : « Les Etats-Unis ont continué leur stratégie internationale de lutte contre le terrorisme, l’unique impact a été un effet d’explication devant le Congrès, les médias et les citoyens américains. »

    Toutefois, ces documents dérangent le Pentagone. Julian Assange, réfugié dans l'ambassade de l'Equateur à Londres depuis 2012, risque d'être extradé vers les Etats-Unis pour espionnage s'il met un pied en dehors du bâtiment. Accusé de viol en Suède, le fondateur de WikiLeaks est sous mandat d'arrêt européen, et s'est vu refuser l'asile politique en France. WikiLeaks parle d’une « détention arbitraire », l’ONU l’a jugée illégale. Le soldat américain Bradley Manning, source des documents révélés sur l'Afghanistan et l'Irak, a été condamné à trente-cinq ans de prison en 2013 pour espionnage. La preuve que les gouvernements ne sont pas si insensibles à ces révélations.

    2012-2015 : vers un essoufflement de l’impact des révélations

    La deuxième vague de révélations de câbles diplomatiques en septembre 2011 marque un tournant. Cette fois-ci, WikiLeaks ne prend pas la peine d'éditer les documents. Les personnes mentionnées dans les câbles se retrouvent sous le feu des projecteurs. « Ces révélations ont entraîné la répression d’activistes en Biélorussie, de journalistes militants et le départ de personnels de la CIA américaine », énumère Olivier Schmitt. Une volonté de transparence poussée à outrance qui a des conséquences éthiques négatives et qui conduit les médias à se détacher de WikiLeaks. 

    C’est aussi à ce moment que les suspicions de liens entre le fondateur de WikiLeaks et la Russie se sont renforcées. Présentateur d’un show sur Russia Today à partir de 2012, Julian Assange publie de nouveaux documents sur WikiLeaks. Plus de deux millions de courriers électroniques démontrent la collaboration entre des entreprises européennes et Damas en Syrie. Le site publie aussi des données sur Guantanamo, que Julian Assange qualifie de « symbole des abus systématiques des droits de l’Homme » dans un communiqué de presse.

    En 2013, Edward Snowden, ancien employé de la NSA, dévoile des milliers de documents qui mettent en lumière un programme américain et britannique de surveillance de masse sur les ennemis et leurs alliés. A la suite, WikiLeaks sort des documents sur l’ère Henry Kissinger, ancien ministre américain des Affaires étrangères entre 1969 et 1977. Deux ans plus tard, la sortie de documents sur la surveillance des politiques français par la NSA fait scandale.

    Petit à petit, les révélations de WikiLeaks font moins parler d’elles, effacées par l’affaire Snowden. Les liens entre cet ancien employé de la NSA réfugié en Russie et Julian Assange sont avérés. « Les lecteurs ont l’impression que Wikileaks est de moins en moins neutre, à courir après la transparence dans les démocraties occidentales sans aucune révélation majeure sur la Chine ou la Russie », affirme Olivier Schmitt. Olivier Chopin renchérit : « Il existe aussi un phénomène de neutralisation de l’effet des révélations répétitives, dont la portée diminue. »

    WikiLeaks perd toujours plus en crédibilité pour les spécialistes. « Vu l'importance des données et le peu d'informations sur les sources, il est impossible de les exploiter à des fins universitaires », souligne Olivier Chopin. Il est très difficile de certifier si ces données sont exhaustives et si elles sont authentiques.

    Des hackers russes entrés dans le système

    Avec l’affaire des emails du parti démocrate, Olivier Schmitt estime que WikiLeaks a gravi une marche. Le parti démocrate a identifié des hackers russes qui sont entrés dans leur système pour récupérer des emails, ensuite diffusés sur WikiLeaks. Le Kremlin dément toute ingérence dans la campagne électorale des Etats-Unis. Mais, quelle que soit la réelle implication des Russes, « les autorités américaines ne voient plus Wikileaks comme un simple organe de publication de données, mais bien comme une cible du contre-renseignement », selon Olivier Schmitt.

    Le problème réside dans le fossé entre la nature réelle de WikiLeaks et la façon dont le site se présente, selon Gaël Villeneuve, professeur en sociologie des médias : « Ce n’est pas une simple base de données ou un opérateur mondial de la transparence, mais bien un média principalement anglophone qui s’adresse aux Occidentaux. » Pour Olivier Schmitt, Julian Assange est clairement orienté. « Ce cyber-activiste met sur un piédestal la transparence et considère que les démocraties occidentales sont des dictatures cachées dont les secrets sont nuisibles. »

    Pourtant, ce spécialiste de la guerre insiste sur le fait que le secret d’Etat est irréductible dans un système international où les pays ont des adversaires, des ennemis et des alliés. « Le secret n’est pas nuisible quand l’exécutif est contrôlé par le Parlement ou les médias, à partir du moment où l'éthique est respectée », ajoute Olivier Chopin. En cela, WikiLeaks reste un des acteurs de la démocratie. Le site de Julian Assange a inspiré de nombreuses entreprises qui ont agi par mimétisme, comme LuxLeaks ou les Panama Papers. WikiLeaks a aussi ouvert la voie aux lanceurs d'alerte tel Edward Snowden, provoquant le débat autour de leur protection. Mais l'équipe de Julian Assange n'est pas allée jusqu'au bout de cet idéal de boulversement la gouvernance globale en compromettant leur indépendance. Une transparence de l'information, oui, mais pas à n'importe quel prix. 

    Les affaires WikiLeaks qui ont marqué son histoire

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