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    Hebdo

    Brexit: Britanniques, ils ont décidé de prendre une nouvelle nationalité

    media Des participantes à la «Marche pour l'Europe», dans le centre de Londres, samedi 2 juillet 2016. REUTERS/Neil Hall

    Depuis le 23 juin et le vote en faveur du Brexit, la chasse au passeport européen est ouverte. Pour assurer leurs arrières avant la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne, et en guise de résistance parfois, certains Britanniques envisagent de demander une autre nationalité. D’autres ont déjà sauté le pas. Portraits de ces Britanniques inquiets et déçus.

    Dès le lendemain du vote, un vent de panique a soufflé sur les sujets de la reine, habitués à aller et venir librement en Europe. Qu’allaient-ils devenir une fois le Royaume-Uni hors de l'Union européenne ? Même si cette sortie ne sera sûrement effective que fin 2019, certains Britanniques n’ont pas attendu de savoir à quelle sauce ils allaient être mangés pour prendre leur destin en main.

    Certains se sont mis en quête d’un nouveau passeport. Et par la même occasion parfois, d’ancêtres européens qui leur permettraient de solliciter une autre nationalité. Alexander a des grands-parents allemands et grecs. Mais après quelques recherches sur internet, il a dû se rendre à l’évidence : c’est insuffisant pour faire une demande en Allemagne. Quant à la Grèce, le service militaire de 18 mois l’a un peu refroidi.

    Difficile de mesurer précisément l’ampleur du phénomène, deux mois après le référendum, mais si beaucoup comme lui ont abandonné leurs espoirs de double nationalité après quelques clics, d’autres sont bien décidés à aller jusqu’au bout.

    « Sécuriser notre avenir en Europe »

    Après avoir vécu en Grèce, Barney vit en France où il travaille depuis 2009. En tant que Britannique, il a été « épouvanté et choqué » par le référendum. « Mes enfants ont grandi en tant que Britanniques mais aussi en tant qu’Européens. Ils sont dans le système scolaire français actuellement, mais nous ne savons pas encore quel impact aura le fait d’être Britannique sur leurs opportunités en matière d’éducation et d’emploi », indique-t-il.

    « Une des caractéristiques que l’on nous a souvent attribuée, c’est le "flegme". Nous sommes un peuple flegmatique et terre à terre. Donc j’ai ressenti le besoin de sécuriser un avenir en Europe pour ma famille », justifie-t-il.

    Par chance, la mère de Barney est Irlandaise. Là-bas, il suffit d’avoir un parent ou un grand-parent né sur l’île pour avoir droit à la citoyenneté irlandaise. Sa demande est en cours. « J’ai souvent songé à prendre la nationalité irlandaise, j’ai beaucoup d’affinités avec ce pays, mais je ne l’ai jamais fait. Sûrement parce que je n’en avais pas vraiment besoin, concède-t-il. Ça a changé avec le vote du Brexit ».

    Les demandes de passeports irlandais ont été telles au lendemain du référendum du 23 juin que le ministre des Affaires étrangères irlandais, Charlie Flanagan, a appelé à la patience, soulignant que les bureaux consulaires étaient sous « forte pression ». Quant à sa femme et ses enfants, « on est en train de réfléchir à s’ils veulent devenir Irlandais ou s’ils préfèrent postuler à la nationalité française, rapporte Barney. On a encore un peu de temps, donc on verra. »

    « Plein de gens me demandent comment faire »

    Lesley est une des administratrices du groupe Facebook « Expats in Europ after Brexit » sur lequel on trouve beaucoup de questions et de commentaires relatifs à la double nationalité. Désormais retraitée, elle vit en Auvergne, dans le centre de la France. Elle a préféré anticiper. « Il y a neuf ans, quand je suis arrivée, je n’aurais jamais pensé que je prendrais la nationalité française, confie-t-elle. C’est quand Ukip a commencé que je me suis dit que ce serait bien d’avoir les deux, au cas où. Alors dès que M. Farage a commencé à proposer un Brexit, j’ai fait la demande. »

    C’était en 2012. Mais elle insiste : si elle a réclamé la nationalité française, c’est avant tout parce qu’elle se sent bien ici. « Maintenant j’ai plein de gens qui me demandent comment faire. Mais c’est peut-être un petit peu tard. Lors de l’entretien sur les motivations [prévu par la procédure, ndlr], maintenant, c’est un peu compliqué de dire qu’on veut devenir Français parce qu’on n’a pas le choix », glisse-t-elle.

    L'attestation qui confirme la nouvelle nationalité de Simon. DR

    Une échappatoire en Allemagne

    L’histoire de Simon Gardner est plus complexe. Il vit au Royaume-Uni, mais il vient d’obtenir la nationalité allemande. Son père, réfugié enfant en Grande-Bretagne, a fait partie des millions de juifs qui ont perdu leur nationalité pendant la période nazie. Il a donc pu bénéficier d’une procédure de « réintégration » au titre de l’article 116 de la loi allemande qui stipule que les nationaux allemands déchus de leur nationalité entre 1933 et 1945, et leurs descendants, peuvent être réintégrés à leur demande dans la nationalité allemande.

    « Ça ne m’avait jamais traversé l’esprit et d’ailleurs je ne savais même pas que c’était possible. » Ce n’est qu’avec le Brexit qu’il a entendu parler de cette possibilité.

    Et il n’est pas le seul à avoir eu cette idée. Selon le New York Times, l’ambassade d’Allemagne à Londres a reçu plus de 400 demandes de renseignements depuis le Brexit et au moins une centaine de demandes formelles, alors qu’elle traite habituellement une vingtaine de requêtes de ce type par an.

    Simon regrette amèrement le choix des Britanniques. « J’ai commencé à éprouver la sensation que ce qui s’était passé dans les années 1930 en Allemagne pouvait se reproduire quand l’affiche de campagne de Farage [représentant une colonne de migrants, ndlr] a été diffusée. » Il a fait une demande le 16 juin et depuis quelques jours il a la double nationalité germano-britannique. « Une échappatoire » pour lui qui craint une montée du fascisme en Angleterre ». Mais son geste est également politique : « Je suis d’abord Européen », affirme-t-il.

    Selon Der Spiegel, qui a récolté les chiffres des grandes villes, les demandes d’acquisition de la nationalité allemande par des citoyens britanniques connaissent une forte hausse. A Cologne, par exemple, il y a eu trois fois plus de demandes en deux mois, que dans toute l’année 2015.

    « On a peur que la vie hors du Royaume-Uni devienne difficile »

    Morgane a passé toute sa vie en Belgique, mais ses parents sont Anglais et lui ont transmis leur nationalité. Aujourd’hui, elle et sa famille envisagent de postuler à la double nationalité. Comme beaucoup, elle craint de se retrouver face à une montagne de difficultés administratives pour pouvoir continuer à vivre, étudier et travailler dans le pays. « J’ai toujours voulu rester Britannique et j’ai toujours été fière de ma nationalité, explique l’étudiante. Mais avec le Brexit, on a peur que la vie hors du Royaume-Uni devienne difficile », témoigne-t-elle.

    « Un exemple : pour m’inscrire dans mon université, je suis confrontée à tout un tas d’obstacles parce que j’ai un statut d’"étrangère". Mais pour l’instant je reste sous le sceau de l’UE, donc même si c’est compliqué, je sais que j’arriverai à m’inscrire. » Mais qu’en sera-t-il quand les Britanniques auront effectivement quitté l’Union européenne ? C’est ce que la jeune fille redoute, même si elle garde toujours espoir qu’un nouveau vote soit organisé.

    Environ 24 000 Britanniques vivent en Belgique. Il faut y avoir travaillé et habité plus de cinq ans, et maîtriser une des trois langues officielles du pays (néerlandais, français et allemand) pour prétendre à la nationalité.

    « Je ne veux pas à appartenir à un pays raciste »

    Pour trouver une nouvelle nationalité, une autre option existe : le mariage. Helen vit en Italie depuis 1989. Et cela fait bien longtemps qu’elle est mariée à un Italien et qu’elle aurait pu faire une demande de naturalisation. Il y a quelques années, elle a bien commencé à monter un dossier. Mais à l’époque, elle s’était laissé décourager par « la montagne de documents à fournir ». « A part que j’aurais eu le droit de voter, ça n’aurait pas changé grand-chose pour moi », se justifie-t-elle.

    Helen s’inquiète notamment pour sa couverture maladie. Pour l’heure, en tant que citoyenne européenne elle a droit à des soins. « J’ai donc ressorti tous les documents pour constituer le dossier : certificat de naissance, certificat de mariage, casier judiciaire vierge, etc. » Leur validité avait expiré bien sûr, mais cette fois elle était motivée. Elle les a faits traduire officiellement un par un. « Ça m’a pris six mois et ça m’a coûté près de 600 euros, mais le 15 juin, j’ai déposé mon dossier en ligne », annonce-t-elle. Depuis elle prend son mal en patience.

    Pour Mary, installée depuis 37 ans en Espagne, premier pays d’expatriation des Britanniques en Europe, abandonner la nationalité britannique est une question de principe. Elle n’est pas encore passée à l’acte, mais elle s’est renseignée. Elle attend que l’on invoque l’article 50, la clause de retrait prévue dans le Traité de Lisbonne et que les choses soient effectives.

    « Je ne veux pas appartenir à un pays raciste, où on ne veut pas accueillir d’étrangers alors que le Royaume-Uni a toujours été un pays généreux, s’indigne-t-elle. J’ai honte. »

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