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    Interdiction du burkini: paroles de musulmanes

    media La polémique ne dégonfle pas en France à propos du burkini (photo d'illustration, Marseille le 17 août 2016). REUTERS/Stringer

    La polémique autour du burkini, ce maillot qui couvre presque l’intégralité du corps des femmes, continue d’enfler. Certaines femmes musulmanes se disent fatiguées et en colère de ce qu’elles considèrent comme une énième polémique inutile et stigmatisante pour leur communauté.

    Après Cannes, plusieurs villes de France ont pris un arrêté interdisant le port du burkini sur leurs plages, jugeant que, dans le climat actuel, le vêtement manifestait de manière trop « ostentatoire » une appartenance religieuse et était « de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public » (arrêté municipal de Cannes du 28 juillet).

    Une polémique dont s’est très vite emparée la classe politique, et notamment le gouvernement. Lundi 15 août, la ministre des Familles, de l'Enfance et du Droit des femmes, Laurence Rossignol, affirmait sur Europe 1 que le burkini, qu'elle considère comme « la version plage de la burqa » sert la vision « profondément archaïque de la place de la femme dans la société », et une logique identique, « enfermer et dissimuler les femmes pour mieux les contrôler ». Mercredi 17 août, c’était au tour du Premier ministre Manuel Valls de s’inviter dans le débat : « Je n’accepte pas cette vision archaïque. Il y a l’idée que, par nature, les femmes seraient impudiques, impures, qu’elles devraient donc être totalement couvertes. »

    La colère de femmes musulmanes

    Des femmes musulmanes françaises, et étrangères, se sont saisi des réseaux sociaux pour exprimer leur colère face à cette polémique qu’elles considèrent « inutile » et « stigmatisante ».

    Asma Fares, une jeune youtubeuse beauté qui porte le voile et comptabilise plus de 170 000 abonnés, s’est servie de sa chaîne vidéo pour « pousser un gros coup de gueule ». « Touche pas à mon burkini », s’insurge-t-elle contre l’annulation par les pouvoirs publics locaux de la « journée burkini », organisée par l’association SMILE13 qui devait se tenir début septembre dans le centre aquatique Speed Water situé dans les Bouches-du-Rhône au sud de la France, privatisé pour l’occasion. La journée était, selon elle, « l’occasion pour les femmes voilées de se baigner comme elles le souhaitent ».

    La polémique, lancée par des élus de droite et d’extrême droite, a eu raison de cette journée dont l’annulation a été prononcée par le maire de la commune concernée, Pennes-Mirabeau, située près de Marseille. Le directeur du centre aquatique et le maire ont justifié cette interdiction dans un communiqué, affirmant qu’ils ne souhaitaient pas « être le théâtre de troubles à l’ordre public ». Une explication qui laisse la youtubeuse sans voix : « Quel est le rapport entre le terrorisme et une journée de femmes voilées qui s’amusent dans un parc aquatique avec leurs enfants ? On ne va pas au parc aquatique pour prier, parler du Coran ou faire des fatwas. On va juste s’amuser ». Le 3 août, une pétition en ligne a été créée pour maintenir la « journée burkini ». Jeudi 18 août, elle comptait déjà plus de 3 800 signatures.

    Une simple provocation ?

    Le 16 août, l'éditorialiste de La Croix Jean Christophe Ploquin écrivait à propos du burkini : « Il rejoint le rayon des accessoires vestimentaires que l'on arbore comme un discours militant, un langage contestataire, une affirmation de soi ». Porter le burkini serait-il un acte de provocation de la communauté musulmane ? Une simple affirmation identitaire ?

    C’est en tout cas ce que pensent certaines femmes de confessions musulmanes comme Nadia, une Nîmoise interrogée par le quotidien régional Midi Libre qui se baigne en maillot : « Le burkini, c'est religieux, cela me gêne. On ne peut pas pratiquer l'islam en France comme dans un pays dit musulman ». Pour Amira, 24 ans, au contraire, la polémique n’a pas lieu d’être. Pour cette jeune chargée de ressources humaines qui n’est pas voilée et porte le maillot de bain « classique », interdire le burkini c’est interdire aux femmes voilées de se baigner : « C'est la seule tenue appropriée pour elles. Une personne non voilée porte un bikini, une personne voilée porte un burkini, jusque-là il n'y a aucun problème si chacun met du sien et reste ouvert d'esprit ! ».

    Loubna, une Tunisienne de 24 ans née en France, est du même avis. Cette étudiante en langues orientales qui vit aujourd’hui en région parisienne porte le voile depuis treize ans, mais se dit contre la burqa et le niqab. Quand elle est « au bled » la jeune fille porte le burkini, mais ici c’est « plus compliqué », affirme-t-elle. Récemment, elle avait tout de même demandé à l’une de ses proches de lui en envoyer un de Tunisie.

    Malgré la polémique, Loubna maintient son choix, estimant que la provocation ne vient pas d’elle, mais des pouvoirs français qui la privent de ses libertés : « Je ne vois pas pourquoi je ne porterais pas de burkini en France. Ça ne fait de mal à personne et ça me permet d’aller à la plage. En nous interdisant de le porter, ils nous empêchent de vivre comme tout le monde ».

    Au contraire, Esma, une Française de 32 ans qui portait le maillot musulman lorsqu’elle vivait en Tunisie, préfère éviter de le faire en France : « Je me prive de baignades avec mes enfants pour les préserver. Je n’ai pas envie que mes filles assistent à des scènes racistes ». Plusieurs fois, la jeune maman, ancienne chargée de projets et titulaire d’une licence de droit, a été victime de remarques islamophobes en présence de ses trois jeunes enfants : « J’ai eu droit à "ce qu’il s’est passé le 13 novembre c’est à cause de vous", ou encore "on n’est pas en bougnoulie ici". Mes enfants n’ont pas à entendre ce genre de choses ». Un racisme exacerbé par la récente vague d’attentats, selon Faryal une étudiante en psychologie de 28 ans qui porte le voile depuis huit ans : « Il y a plus de méfiance vis-à-vis de la communauté musulmane. On doit se justifier encore plus que d’habitude. »

    Un vêtement éloigné des critères islamiques

    « Le burkini c’est aussi un accessoire de mode », précise Faryal. Le vêtement, dont le nom est issu de la contraction des mots « burqa » et « bikini », a été pensé en 2004 par la styliste australienne d’origine libanaise Aheda Zanetti qui voulait créer un vêtement de sport pour les femmes musulmanes, adapté à la pudeur religieuse. Un concept davantage marketing que religieux et un terme trompeur puisqu’au contraire de la burqa, vêtement symbolique des islamistes radicaux qui couvre l’intégralité du corps et du visage de la femme, le burkini laisse ce dernier ainsi que les mains et les pieds apparents.

    Un vêtement qui peut donc difficilement être taxé de symbole salafiste : « Les hommes les plus religieux ne veulent pas que les femmes portent le burkini. C'est trop moulant et surtout ça facilite la vie des femmes musulmanes puisqu’avec ça elles peuvent nager et s’amuser », s’agace Loubna. Un vêtement qui semble donc peu conforme aux exigences des jihadistes du XXe siècles.

    Faryal, elle, comme la plupart de ses amies ne porte pas le burkini : « C’est trop moulant pour moi. Et puis ça n’a pas l’air très pratique pour nager ! ». Quand elle va en bord de mer, elle préfère rester sur la plage ou se baigner habillée. Pour autant, la jeune étudiante s’indigne de la polémique et soutient, au nom de la laïcité française, ses amies qui ont fait le choix inverse : « Ce qu’ils appellent le burkini est juste une déclinaison du voile qu’on porte tous les jours, mais à la plage ! Je ne comprends pas où est le problème ». Pour Loubna, la solution est simple : « Il faut qu’on se respecte les uns les autres. Sur les plages, il y a des gens qui se baladent tous nus, moi je préfère être couverte. Je ne gêne personne, personne ne me gêne. C’est ça la liberté non ? »

    Toutes les trois se désolent de voir, encore une fois, les femmes musulmanes au cœur d'une polémique que Faryal juge « inutile » : « Les politiques parlent de ça pour occulter d'autres problèmes bien plus importants qui vont arriver avec la rentrée ». Esma, elle aussi, considère que la classe politique se trompe de combat. « Aujourd'hui, en France, malgré tous les problèmes économiques et sociaux, ils s’appliquent davantage à malmener une minorité citoyenne qu’à satisfaire l'ensemble des citoyens. »

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