GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 17 Novembre
Dimanche 18 Novembre
Lundi 19 Novembre
Mardi 20 Novembre
Aujourd'hui
Jeudi 22 Novembre
Vendredi 23 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Urgent
    Interpol: le Sud-Coréen Kim Jong-yang élu président de l'Organisation internationale de police criminelle (OIPC)
    Dernières infos
    • Japon: Carlos Ghosn maintenu en détention pendant dix jours selon l'agence de presse japonaise Kyodo
    Hebdo

    Imbolo Mbue, 33 ans et un paquet de talents

    media Imbolo Mbue est d'origine camerounaise mais vit aux Etats-Unis depuis 1998. «Voici venir les rêveurs» (Belfond) est son premier roman. Site d'Imbolo Mbue

    Présentée par son éditeur américain comme la prochaine Naipaul, l’Américaine d’origine camerounaise Imbolo Mbue publie son premier roman, plein de bruits et de fureur. La romancière a puisé dans son expérience d’immigrante de fraîche date aux Etats-Unis pour raconter les heurs et malheurs d’un couple de migrants qui ont quitté leur passé et leur famille dans l’espoir de réaliser le rêve américain. Mais si ce rêve n’était qu’illusion ?

    Voici venir les rêveurs, de la Camerounaise anglophone Imbolo Mbue, est sans doute l’un des romans étrangers les plus attendus de cette rentrée littéraire 2016. Le buzz a commencé il y a deux ans lorsqu’à la Foire du livre de Francfort les enchères pour les droits du pré-achat du manuscrit ont atteint la barre d'un million de dollars, du jamais vu pour un premier roman.

    L’éditeur américain Random House qui a acheté les droits fait, depuis, une campagne marketing intelligente, livrant au compte-gouttes des informations sur l’auteur et l’œuvre. On a rarement connu un tel suspense pour le premier roman d’une personnalité totalement inconnue au bataillon littéraire. Si le livre qui sort ces jours-ci en librairie n’est pas tout à fait le grand roman du siècle tant vanté par l’éditeur, il n’est pas dénué de qualités littéraires et se lit avec un bonheur certain.

    D’une écriture fluide, il raconte l’épopée d’un couple d’immigrants camerounais venus aux Etats-Unis dans l’espoir de faire fortune. Or, le rêve américain n’est pas à la portée de tous, même si le voyage au pays de l’Oncle Sam se révèle être extrêmement instructif pour le couple Jende et Neni, surtout grâce à leur rencontre avec un couple de riches Américains qui deviennent leurs employeurs et dont les vies sont le miroir à travers lequel l’Amérique contemporaine se révèle à eux dans toute sa force et ses fragilités.

    Le cadre blanc et le chauffeur noir

    « L’idée de ce roman est née un jour de printemps 2011, raconte Imbolo Mbue, lorsque je marchais dans les rues de New York, à la recherche d’un job. Un attroupement d’hommes africains habillés en uniforme de chauffeurs en face de la porte d’entrée d’un immeuble a attiré ma curiosité. Ils bavardaient entre eux en attendant leurs patrons, pour la plupart du temps des cadres blancs tirés à quatre épingles, qui descendaient précipitamment les marches à la sortie de l’immeuble avant de s’engouffrer dans leur berline luxueuse. Le voiturier n’avait pas le temps de fermer la porte que la voiture était repartie. Il m’a semblé qu’il y avait quelque chose à creuser dans la relation entre le cadre blanc et son chauffeur noir. »

    Le roman de Mbue s’ouvre sur l’entretien d’embauche de Jende pour un poste de chauffeur personnel, à Manhattan, dans le bureau au vingt-huitième étage de l’un des grands patrons de la banque d’affaires Lehman Brothers. Chaudement recommandé par une connaissance commune, Jende décroche le job et devient le chauffeur de Clark Edwards. Celui-ci exige de lui fidélité, fiabilité et ponctualité et ne s’attarde pas sur son statut administratif au grand soulagement de l’intéressé. Pour Jende, c’est la fin de trois années de petits boulots et la vie précaire qu’il mène à Harlem avec son épouse Neni et son fils Liomi venus récemment le rejoindre.

    Réparti en courts chapitres, le roman progresse en entremêlant étroitement les vies des richissimes Edwards et celles de Jende et de Neni. « Malgré les différences de classe qui séparent les deux familles, explique l’auteur, elles ont beaucoup en commun. Clark et Jende rêvent tous les deux de réussir pour eux-mêmes et pour les générations futures. Quant à leurs épouses, elles s’inquiètent de l’avenir de leurs enfants. Ils partagent aussi cette confiance infinie dans la terre d’opportunités que sont les Etats-Unis pour les riches comme pour les pauvres. »

    «Voici venir les rêveurs» par la Camerounaise anglophone Imbolo Mbue est sans doute l’un des romans étrangers les plus attendus de cette rentrée littéraire 2016. Belfond

    Au fur et à mesure que l’intrigue va de l’avant, les rêves et les convictions des uns et des autres sont mis à rude épreuve par les turbulences de la vie. Quelques-unes des plus belles pages du livre sont consacrées à la dérive psychique et émotionnelle de Cindy Edwards qui, dans la solitude de sa maison de campagne, se confie à Neni, convoquant les fantômes de son enfance miséreuse. Elle souffre aussi des infidélités de son mari et des cruautés de la haute société dont elle fait partie, de son goût immodéré pour l’apparat et le clinquant.

    Alors que les Edwards plongent dans des tragédies existentielles, les Jonga se voient confrontés à des problèmes administratifs de plus en complexes liés à leur statut d’immigrés clandestins, avec l’épée de Damoclès de l’expulsion vers le Cameroun au-dessus de leur tête, menaçant à tout moment de réduire à néant leur rêve américain.

    Le rêve américain

    « C’est un rêve auquel je crois encore, mais après vingt ans de vie américaine, j’ai appris à faire la part des choses entre le rêve et les illusions », nuance Imbolo Mbue qui est arrivée aux Etats-Unis en 1998. Diplômée de l’université de Columbia, elle a connu elle aussi son lot de frustrations et de déceptions, surtout lorsqu’elle s’est retrouvée sans travail à cause de la récession qui a frappé le pays au début des années 2000.

    L’écriture sera sa porte de salut. Rien de tel pour son protagoniste qui est ballotté par les tourbillons de l’histoire et de la vie. Jende est d’autant plus amer qu’il a surpris des conversations de son patron sur le scandale des subprimes qui va conduire à la faillite de Lehman Brothers, entraînant par ricochet chômage et misère pour les Jonga. Pour le migrant, réduit à son illégalité, l’Amérique n’est plus « le meilleur pays du monde », au contraire, « c’est un pays plein de mensonges et de gens qui aiment entendre des mensonges ». Défait professionnellement et sur le plan administratif, Jende ne peut plus rêver d’un avenir américain pour lui-même ni pour les siens.

    Pour autant, le roman d’Imbolo Mbue ne se termine pas sur des larmes et le désespoir. La fin originale et surprenante permet à l’auteur de renouer avec le thème de l’exil et de la « migritude » (néologisme combinant migration et négritude) au cœur des questionnements de la diaspora africaine des Etats-Unis, qui a donné sous la plume des Teju Cole, des Dinaw Mengestu et des Chimamanda Adichie, pour ne citer que ceux-là, quelques-uns des plus beaux textes de la littérature américaine de ces dernières années.

    C’est peut-être parce que Voici venir les rêveurs aborde la question de la migration sous son aspect uniquement social et politique, oubliant le brouillage identitaire et la nostalgie qui sont les lots des migrants, que ses personnages nous paraissent monolithiques malgré leur vitalité. Ils manquent de profondeur et d’intériorité, empêchant les lecteurs d’adhérer pleinement à leurs élans. Dommage.

    Dix questions brèves à Imbolo Mbue 18/08/2016 - par Tirthankar Chanda Écouter

    Voici venir les rêveurs, par Imbolo Mbue. Traduit de l’anglais par Sarah Tardy. Editions Belfond, 2016, 440 pages, 22 euros.

    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.