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    [Reportage] Colombie: l’engagement des Afro-Colombiens chez les FARC

    media Andres (à gauche) a 29 ans. Séduit par la lutte marxiste, ce natif de Bogota a intégré les rangs des FARC à l'âge de 16 ans. RFI/Najet Benrabaa

    L'ultime conférence des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), en tant qu'organisation armée, s'est achevée vendredi 23 septembre. Durant sept jours, deux cents délégués étaient réunis pour étudier et valider l'accord de paix conclu avec le gouvernement colombien. L'occasion d'ouvrir pour la première fois les camps des combattants aux journalistes, qui ont pu partager les tentes et les lieux de vie des FARC. Parmi eux, il y a des Afro-Colombiens, combattants de la guérilla rarement exposés aux médias. Pourtant, engagés par conviction, ils attendent beaucoup de la lutte marxiste.

    Ils sont peu représentés mais leurs traits afro-colombiens les démarquent. Discrets comme leurs autres camarades d'armes, ils n'hésitent pas à échanger quelques mots avec les dizaines de journalistes nationaux et internationaux qui cohabitent dans leur camp. Chaque instant de vie est une occasion pour se rapprocher. Café, déjeuner ou simplement moment de la douche... tout est prétexte à discuter.

    Un grand brun à la peau ébène s'approche timidement attendant le moment opportun pour se présenter. Andres a 29 ans. Séduit par la lutte marxiste, ce natif de Bogota a intégré les rangs des FARC à l'âge de 16 ans. Malgré sa carrure musclée et son allure assurée, ce guérillero reste timide. « Au sein des FARC, nous sommes tous égaux. Ici, il y a des Blancs, des Noirs et des indigènes. Le problème de collectif et de démocratie sont les fondamentaux que tous les guérilleros ont et doivent nourrir. Il n'y a pas de peur à dire " Tu es Noir, métisse ou Blanc ", on peut dire ce qu'on est et ce qu'on pense. Nous sommes unis pour une lutte collective avant tout. »

    Espoir de reconnaissance de la communauté afro-colombienne

    Défendre sa communauté n'était pas son premier objectif en intégrant les rangs des FARC, mais il ne l'oublie pas pour autant. Le racisme et les discriminations sociales qu'il subit en Colombie le touche.

    « Ma famille n'avait pas de ressources financières. Elle vivait pour survivre. Ce n'est pas normal. […] De manière générale, parmi les êtres humains, certains veulent être les chefs des autres. Cet état de fait prive les Colombiens modestes du nécessaire. Pour moi, c'est le basique. Une classe dominante exploite le paysan. Je me suis engagé pour faire bouger les choses et je vais continuer à me battre pour ça après la signature de la paix », confie-t-il.

    Les attentes du « parti politique FARC »

    Comme chez les militaires, la vie du camp est minutieusement orchestrée, chacun a sa tâche quotidienne. Personne ne se plaint. Mosquera est plutôt chanceux. Fier et le sourire en coin, il a été nommé responsable du camp où se trouvent les journalistes. Grand et fin, ce guérillero de 36 ans est difficile à approcher, il passe ses journées à faire des allers-retours entre le site de la Conférence nationale, qui se tient à huis clos, et son campement.

    Il fait partie de la patrouille de sécurité. Il côtoie ainsi les chefs d’état-major de la guérilla et les 200 délégués venus des quatre coins du pays pour représenter les 82 fronts des FARC. Au fait de tout ce qu’il s’y passe, il ne dira pas un mot aux journalistes ! Il explique en revanche ses attentes pour la communauté afro-colombienne : « Ce que j’espère, c’est que les FARC, en tant que parti politique, continueront à lutter pour l’égalité et la liberté de tous, et pour la paix. Nous devons tous prendre soin les uns et des autres et combattre le racisme. » Les discours restent endoctrinés mais l’espoir des guérilleros afro-colombiens à plus d’égalité pour leur communauté est bien réel.

    Originaire de la région de Guaviare, dans le sud du pays, Mosquera s’est engagé à 15 ans chez les FARC alors qu’il les voyait passer tous les jours dans son village. Attiré par leurs idées marxistes, il a rejoint leurs rangs avec quelques-uns de ses amis. Aujourd’hui, après plus de vingt ans dans la clandestinité, il appréhende la réintégration à la vie civile des guérilleros afro-colombiens. « Ça ne va pas être facile dehors. Ici, la couleur de peau n’existe pas entre nous, nous sommes tous frères mais dehors nous serons confrontés à des racistes. Notre rôle est aussi de leur faire entendre raison. »

    Andres est un guérillero du front 27. Il lave des lentilles pour sa journée de corvée de cuisine, en Colombie, le 20 septembre 2016. RFI/Najet Benrabaa

    Présence des ethnies lors des négociations

    Cette voix a justement été entendue et intégrée dans les négociations pour les accords de paix. En juin dernier, des leaders des communautés afro-colombiennes, indigènes et roms ont été accueillis à La Havane. Objectif : « Assurer le respect et la protection de la diversité ethnique et culturelle ». Le communiqué de presse explicitait : « La paix territoriale sera possible seulement […] si l’on inclut les groupes ethniques qui y habitent, la richesse de son expérience dans la construction de la paix, et la valeur de leurs droits en tant que mécanismes de prévention des nouveaux conflits dans la mise en œuvre des accords. »

    Lundi 26 septembre, la Colombie doit vivre un moment historique avec la signature de l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC à Carthagène des Indes, sur la côte nord du pays. Un but atteint après quatre ans de négociations à La Havane. Le peuple colombien a rendez-vous avec les urnes le 2 octobre pour le référendum.

    → A (RE)LIRE : L'éternelle lutte des Afro-Colombiens contre le racisme

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