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    France: quels musulmans, quel islam ?

    media La Grande Mosquée de Paris, inaugurée en 1926. Wiki Commons/Mbzt

    Le débat sur l’islam en France ne cesse de refaire surface et de s’enflammer dès qu’un incident lié de près ou de loin à la pratique de cette religion survient. Selon Alireza Manafzadeh, historien, journaliste et chroniqueur, si le débat sur l’islam en France déraille, la raison est à rechercher, entre autres, dans l’imprécision des notions dont les protagonistes se servent pour développer leurs discours. D’après lui, une fois ces notions imprécises déconstruites, la réalité de l’islam et de la présence des populations de confession musulmane en France pourrait se présenter sous un autre jour.

    Vous connaissez l’histoire de l’islam en général, et du chiisme en particulier. Pensez-vous que l’ampleur du débat sur l’islam en France est justifiée ?

    Alireza Manafzadeh. Archives personnelles

    La réponse est non. Une des raisons est que la plupart des protagonistes, qu’ils soient politiques, sociologues ou islamologues, s’éloignent de la réalité en se servant de notions imprécises. Sans qu’ils en aient toujours conscience, leurs discours pivotent autour de deux malentendus conceptuels dont le premier est le terme attrape-tout de « musulman » et le deuxième l’expression curieuse de « islam de France », ce qui n’est en fait qu’une ambition intellectuelle dans le but de reconstruire un islam compatible avec la société française. On parle du musulman plutôt en termes anthropologiques sans pouvoir le définir confessionnellement. On crée des institutions à l’image de celles de l’Eglise catholique pour qu’elles prennent en charge la construction d’un islam nouveau, apaisé, respectueux des valeurs de la République et en harmonie avec la culture occidentale. La bonne volonté qui anime cette entreprise est indéniable. Mais on peut légitimement se demander quels sont les musulmans qui doivent concevoir cet islam de France, à partir de quel islam et suivant quels critères.

    Donc nous n’avons pas affaire, d’après vous, à un seul islam, mais à des islams qui diffèrent considérablement les uns des autres.

    Tout à fait ! Lorsqu’un Tariq Ramadan écrit que « l’islam est un et les principes fondamentaux qui le définissent sont ceux auxquels tous les musulmans adhèrent »(1), il supprime d’un revers de main l’histoire jalonnée de schismes de cette religion, ainsi que les multiples scissions qu’elle a connues depuis la disparition de son Prophète jusqu’à aujourd’hui et qui sont à l’origine de différentes écoles et pratiques à travers le monde. Il y a peu, le cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, le grand Mufti d’Arabie saoudite, jetait l’anathème sur les chiites iraniens les qualifiant d’hérétiques. Considérer ses déclarations comme anecdotiques relèverait soit de l’amateurisme, soit de la légèreté. L’islam n’est pas un et les musulmans, ni dans le monde ni en France, ne constituent une communauté confessionnelle monolithique. Ne pas reconnaître leurs diversités profondes est une erreur.

    Pourtant, les adeptes de ces islams variés se définissent tous comme musulmans...

    Je préfère parler de ces fidèles en termes de populations de confession musulmane et non pas en termes de musulmans. Cette nuance n’est pas un jeu de langage. Il suffit de les interroger pour s’apercevoir que l’islam n’est pas le seul élément de leur identité. En France on a l’habitude de parler des musulmans, mais on oublie qu’ils se définissent pour la plupart d’abord et avant tout comme appartenant à une nation ou provenant d’un pays. Par exemple, allez dans un quartier de Paris où il y a une concentration de Turcs ou, plus précisément, de Français d’origine turque. Il vous faudra éviter de les assembler sous l’appellation « musulmane », car outre leur sentiment d’appartenir à un peuple, ces Français d’origine turque de confession musulmane pratiquent une diversité de cultes. Ainsi, les Alévis-Bektâchî, 20 à 25 % de la population nationale en Turquie (2), sont considérés par les sunnites hanéfites (majoritaires) mais aussi par d’autres écoles sunnites comme hétérodoxes. Bien que plus ou moins tolérés, ils ont toujours éprouvé un sentiment de peur les contraignant à pratiquer leur culte en secret. Les sunnites chaféites se réfèrent à une école de jurisprudence autre que celle des sunnites hanéfites. Et ce n’est pas tout ! Il y a aussi parmi les Turcs des jafarites qui tirent les principes de leur culte d’une école d’interprétation tout à fait distincte du Coran les éloignant considérablement de leurs compatriotes sunnites.

    Les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Organisation de la coopération islamique, en marge du 13e Sommet islamique organisé à Istanbul, en avril 2016. Organisation de la coopération islamique

    Pouvons-nous étendre le cas turc à d’autres populations de confession musulmane ?

    Le cas turc n’est pas un cas isolé dans ce qu’on appelle le monde musulman. La diversité de cultes est également perceptible dans d’autres pays. En Tunisie, se côtoient les sunnites de rite malékite et les sunnites de rite hanéfite. Dans l’île de Djerba le courant dominant est l’ibadisme, l’école la plus ancienne de l’islam, qui, pendant toute son histoire, a été persécutée par d’autres écoles pour ses pensées politiques. Des communautés ibadites se trouvent aussi dans le M’zab, région du nord saharien berbérophone de l’Algérie. Majoritairement sunnites malékites, les Marocains voient ces derniers temps se développer d’autres rites dans leur pays notamment le salafisme. Notons en passant qu’un salafiste a récemment été interdit de candidature aux législatives du 7 octobre. N’oublions pas non plus que le Maroc, avant que l’islam sunnite de rite malékite ne s’y impose, s’est construit contre le sunnisme avec les mouvements kharijites. Il a également été au XIe siècle la terre d’un royaume chiite Bajjalis soumis aux califes fatimides.

    Cependant, les politiques ou les sociologues ont besoin d’un dénominateur commun ou d’une qualification pour désigner ces populations.

    Présenter une population par sa confession est un héritage d’un autre âge. Sous l’Empire ottoman les sujets du sultan étaient désignés par leur confession religieuse. Les Ottomans ont repris à leur compte une institution ancienne de l’islam, la dhimma ou « pacte de protection » pour gérer la question des non-musulmans, les dhimmî. Soumis à plusieurs obligations, surtout fiscales et vestimentaires à l’égard de l’Etat, les dhimmî ont été protégés par celui-ci qui assurait leur liberté de culte. A partir du règne de Mehmet II le Conquérant (1432-1481), trois millets ou « communautés confessionnelles » avaient droit à ce statut de dhimmî : millet juif, millet arménien et millet grec-orthodoxe ou roum. Chaque millet constituait une communauté à part entière uniquement de par sa confession religieuse. Quant aux musulmans, ils formaient la communauté confessionnelle dominante quelle que soit leur ethnie ou leur langue.

    Il est fort probable que les Européens y compris les Français aient repris cette habitude des Ottomans en appelant « musulmans » les indigènes des pays qu’ils ont colonisés pour éventuellement les distinguer au départ des juifs et des chrétiens. Il est intéressant de voir qu’en France un Turc qu’il soit musulman ou non est avant tout un Turc, de même qu’un Iranien est un Iranien. Alors que les originaires du Maroc, de la Tunisie ou de l’Algérie sont souvent indistinctement désignés soit comme musulmans, soit comme maghrébins ou bien comme nord-africains. On les appelle aussi Arabes. Ces appellations, dont les originaires de ces pays font aussi usage, sont impropres et il convient de les éviter. En France, il y a des Marocains, des Tunisiens, des Algériens ou des Français originaires de ces pays ou bien d’ascendance marocaine, tunisienne et algérienne.

    Mais il n’est pas interdit de parler par exemple des chrétiens, des bouddhistes ou des sud-asiatiques.

    Il faut voir dans quel contexte vous vous servez de ces dénominations. Vous n’appelez jamais un Allemand un protestant, un catholique ou un outre-Rhinois. Milan Kundera s’est toujours insurgé contre l’appellation Europe de l’Est, car il sait qu’elle a une connotation méprisante. D’après lui, le terme « pays de l’Est » est une aberration. Il y a des pays qui se situent à l’est du continent européen dont chacun a un nom, une histoire, une culture et une langue. Les individus provenant de ces pays préfèrent être désignés non pas comme les Européens de l’Est mais par leur origine nationale.

    L’omission de référence à l’origine nationale d’un Tchèque, d’un Polonais ou d’un Roumain peut être à la limite offensante. Mais dans le cas des supposés musulmans en France, elle pose de vrais problèmes d’ordre politique et sociologique. Le rejet de l’appartenance nationale a été un élément fondamental du projet de Seyyed Qotb, l’un des deux principaux idéologues des Frères musulmans et l’un des inspirateurs du salafisme. Pour lui, « la nationalité du musulman, c’est sa foi ». En utilisant ce terme fourre-tout de musulman pour se référer sociologiquement ou démographiquement à une population, les hommes politiques, de même que la plupart des sociologues, reprennent à leur compte cette idée de Seyyed Qotb.

    Le salafisme prétend restaurer l’islam des premiers siècles en se référant aux sources scripturaires. Le retour à l’islam des origines a toujours été le but ultime de son projet. Si le fait de parler d’un « islam de France » offusque autant certaines personnes, la raison est que cette conception primaire de l’islam a bien conquis les esprits. Ainsi, le directeur exécutif du Collectif contre l’islamophobie en France n’a pas tort d’être étonné, pour ne pas dire choqué, quand il entend que l’on va « réformer l’islam de France ». A ses yeux, en prétendant trouver à l’islam une « adaptation » française, on rend l’islam exotique : il n’y a pas, à proprement parler, d’islam de France. Il y a l’islam, en tant que religion et spiritualité.

    Alors, quel islam est à votre avis la source de ce débat enflammé en France?

    Il convient d’abord de ne pas confondre l’islam et l’islamisme. Mais il faut reconnaître qu’en France, l’islam irrite quand il envahit sous ses divers aspects l’espace public. Il fait peur quand des illuminés commettent des crimes en son nom. Il faut le dire sans ménagement, ni complexe ni amertume. La discrétion qu’a récemment préconisée Jean-Pierre Chevènement aux populations de confession musulmane ne doit pas être considérée comme un affront. C’est peut-être le seul moyen de réduire la tension qui s’est malencontreusement installée entre ces populations et une partie de la société française et qui s’est transformée pour certains en un fonds de commerce fructueux. La meilleure façon de rétablir le calme, c’est peut-être de laisser ces populations s’approprier sereinement et souverainement leur foi. Un Etat, surtout quand il se veut laïque, n’a pas vocation à réformer une religion venue d’ailleurs qui cherche à trouver une place dans l’harmonie du système. Il peut à la limite aider ces fidèles à mettre en place des institutions nécessaires à la pratique de leur culte dans le respect de la loi du pays.

    D’ailleurs, l’islam n’est pas apte à subir une quelconque réforme qui viserait ses fondements doctrinaux. Quelles réformes voulez-vous imposer à l’islam à supposer que nous ayons affaire à un seul islam ? Les réformateurs contemporains de l’islam, de Hassan al-Banna à Khomeiny en passant par Seyyed Qotb ont tous voulu réformer la société selon la doxa islamique et non pas la doxa islamique en fonction des exigences de la société en mouvement. Ils ont d’ailleurs subi « la ruse de l’histoire » en donnant par là-même et à leur insu un coup d’accélérateur au processus de sécularisation qu’ils voulaient endiguer.

    En fait, concrètement parlant, le problème c’est l’islamisme qui manipule les musulmans en vue de son projet politique. Il puise certes ses fondements dans le Coran et la Sunna, en d’autres termes dans l’islam des origines, mais le problème est qu’il est assisté par une armada d’intellectuels qui, au nom de la liberté de conscience et se voulant défenseurs des discriminés, essayent de contraindre l’Etat à des concessions de tout genre. L’islamophobie, s’il y a, n’est que réaction à cet islamisme. C’est un bras de fer dans lequel l’Etat a une position malaisée. Par principe, il ne doit céder à aucune contrainte religieuse. Par contre, il peut se doter d’outils intellectuels pour pouvoir discerner et pointer, le cas échéant, l’islamisme qui grignote jour après jour l’espace réservé aux fidèles de l’islam.

    1- Tariq Ramadan, Être Occidental et musulman aujourd’hui, Archipoche, 2016, p. 40.
    2- Ali Kazancigil, La Turquie, Le Cavalier Bleu Editions, 2008, p. 49.
     

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