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    Les voix de la loterie de rue au Kerala, dans le sud de l'Inde

    media La vieille voiture Ambassador utilisée jadis comme taxi, transformée en échoppe pour vendre les billets de loterie. Christine Guillebaud/CNRS

    Véritable signature sonore du Kerala, en Inde, les voix artificielles diffusées par les haut-parleurs des vendeurs de billets de loterie sont d'une efficacité redoutable. Par un processus singulier de production du son qui utilise l'accélération du débit de la voix, le passant est interpellé, appâté pour consommer.

    Dans le Kerala, en Inde du Sud, les vendeurs de billets de loterie sont partout : dans les rues, dans les gares, à vélo. Et les points de vente prennent différentes formes : de la boutique moderne à la vieille voiture Ambassador utilisée jadis comme taxi et transformée en échoppe. C'est l'activité minimale des gens les plus démunis et une économie lucrative ancrée sur tout le territoire. Et pour appâter le client, on a recours au son accéléré, mixé et diffusé par haut-parleurs. Les voix artificielles captent ainsi l'attention des passants habitués à un bain sonore ambiant très dense.

    Les voix de la loterie keralaise, une identité sonore forte

    Christine Guillebaud est anthropologue des milieux sonores, elle travaille depuis vingt ans en Inde. Fascinée par ces sonorités hors du commun, elle a étudié l'ensemble de la chaîne de production de ces sons keralais ordinaires. Monsieur John est l'un de ces bidouilleurs de voix, sans doute le plus fameux car il est resté longtemps le seul fournisseur de voix de loterie keralaise. Il pré-enregistre les annonces, modifie la vitesse de la voix, coupe les respirations entre les mots et copie le tout sur des cassettes audio, aujourd'hui des clés USB. Les récitants sont aussi choisis avec soin pour leurs qualités vocales. Le timbre de la voix ne change pas, les mots sont répétés, scandés : « Le jeu de la chance du Kerala, c'est maintenant, maintenant, maintenant ! La chance pour [...] roupies, c'est aujourd'hui, c'est aujourd'hui, c'est aujourd'hui ! ».

    Le « bruit » de l'Inde

    « Quand on arrive en Inde, l'une des premières choses qui marque, c'est cette espèce  de bouillonnement sonore. Pas mal de gens ne supportent pas d'ailleurs. C'est assez agressif. Et je me suis dit que cela valait le coup de l'étudier, pour voir s'il n'était question là que de pollution sonore. Ou s'il y avait d'autres choses derrière », raconte Christine Guillebaud qui s'est penchée sur les effets produits par les sons du quotidien en Inde. En l'espèce, le son devient un outil commercial original pour se démarquer de la concurrence (une loterie nationale et une dizaine de loteries privées existent dans le Kerala). 

    Anthropologie des milieux sonores

    La spécificité du travail de l'anthropologue et ethnomusicologue Christine Guillebaud est d'envisager le son ambiant dans son contexte socioculturel. En Inde, la démographie est galopante. Les flux au quotidien sont importants. Tout cela représente un enjeu majeur, notamment en matière de santé publique. L'Organisation mondiale de la santé émet désormais des prérogatives. En Europe, notamment, chaque pays doit avoir des zones dites « calmes », en fonction de la densité démographique, du kilométrage des villes. 

    En Inde, les lois pour limiter la pollution sonore datent de 2000 mais peinent à être appliquées. De plus, la séparation entre espaces privées et espace public n'est pas strictement délimitée. La réflexion sur les environnements sonores s'inscrit dans cette problématique. A l'aide d'enregistrements, d'entretiens avec les populations locales, de vidéos, d'analyse des sons, Christine Guillebaud identifie, documente les pratiques, les archive pour mieux les saisir, les comprendre dans un cadre scientifique. Sons musicaux, sons verbaux, rien n'échappe à cette spécialiste de l'Inde qui, après vingt ans de terrain, a pu constater que dans le Kerala, « donner à entendre » est mieux que « dire ».  

    Saktan Tampuran Bus stand (Trichur, Kerala, Inde). Video [03.’16”], Image: Christine Guillebaud, 2008.


    Pour la première fois, Milson, un programme du Centre de recherche en ethnomusicologie du CNRS, s'associe à une radio pour « donner à entendre » ces milieux sonores aux auditeurs du monde entier.

    Ecouter Paris, Ecouter les villes du monde propose donc, cette semaine, Les voix de la loterie au Kerala en Inde sud. Et jusqu'au 26 novembre 2016, les anthropologues de Milson partageront une série de cartes postales et raconteront  la diversité des sociétés du monde à travers leurs milieux sonores.

    Pour en savoir plus :

    • 2017, Christine Guillebaud, Standing out from the crowd. Vocal and sound techniques for catching peoples’ attention in an Indian bus stand, in Christine Guillebaud, dir. : Toward an Anthropology of Ambient Sound. London/NY: Routledge. Anthropology series.
       
    • Documents audio et vidéo en ligne à consulter sur le site Milson

    Les voix de la loterie au Kerala en Inde du sud avec Christine Guillebaud 14/10/2016 - par RFI Écouter

     

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