GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 14 Novembre
Mercredi 15 Novembre
Jeudi 16 Novembre
Vendredi 17 Novembre
Aujourd'hui
Dimanche 19 Novembre
Lundi 20 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Hariri confirme qu'il sera présent à Beyrouth pour la fête nationale mercredi et s'y exprimera
    • Hariri remercie la France et le président Macron «pour son soutien»
    • Décès du champion olympique d'haltérophilie turc Naim Süleymanoglu (médias)
    • Le couturier Azzedine Alaïa est décédé (Fédération de la Haute Couture)
    Hebdo

    Il y a cinq ans tombait Mouammar Kadhafi: qui a tué le despote libyen?

    media Mouammar Kadhafi prend la présidence de l'Union africaine au sommet d'Addis-Abéba. Ethiopie, le 02 février 2009. REUTERS/Antony Njuguna/Files

    Cinq ans après la disparition de Kadhafi, les Libyens attendent encore des réponses aux questions qu'ils se posent sur la fin de son régime despotique. Les zones d'ombre persistent sur le rôle des grandes puissances dans la chute du Raïs. Retour sur les circonstances d’une mort qui a arrangé tout le monde.

    Avec la chute de Mouammar Kadhafi, le 20 octobre 2011, la Libye a tourné une page particulièrement sombre de son histoire récente. Huit mois de conflit déclenché par une révolte populaire ont eu raison de l’ancien homme fort de Tripoli. Les images du Raïs le visage en sang, empoigné par des combattants surexcités avaient à l’époque fait le tour du monde, avant l’annonce de sa mort par les autorités libyennes dans le courant de cet après-midi fatidique.

    Cinq ans après, les circonstances de la mort du dictateur libyen n’ont toujours pas été élucidées. On ne sait pas encore avec exactitude par qui, quand, comment et pourquoi Kadhafi a été tué. Dans ces conditions, il est raisonnable de penser que si la Libye est toujours plongée dans le chaos et que les Libyens continuent de chercher leurs marques, c’est peut-être parce que beaucoup de questions essentielles sur le sens de leur Histoire restent encore et toujours sans réponse.

    42 ans d’un règne sans partage

    Arrivé au pouvoir en 1969 à la faveur d’un coup d’Etat militaire, l’ancien leader libyen avait dirigé le pays d’une main de fer, en s’appuyant sur des « comités révolutionnaires » qu’il avait mis en place pour remplacer les partis politiques traditionnels. Prônant le socialisme, il avait rebaptisé la Libye la « Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste » et proclama la « révolution du peuple ». Conscient toutefois que le peuple ne vit pas que de la révolution, il avait puisé dans les ressources générées par le pétrole que le pays possède en abondance, pour offrir un niveau de vie élevé aux Libyens en construisant des routes, des hôpitaux, des écoles et des logements.

    Une large partie de l’argent du pétrole avait aussi servi à financer un appareil répressif destiné à écraser toute forme d’opposition dans le pays. Dans les années 1970 et 1980, le régime organisait des procès publics pour faire condamner à mort des dissidents. Les terrains de football et de basket étaient transformés en tribunaux et les séances étaient diffusées à la télévision, sans doute pour impressionner les spectateurs.

    Au cours de la décennie 1990, confronté à la menace islamiste montante, le colonel Kadhafi avait fait bombarder les bastions de l'islamisme fondamentaliste, à l’est du pays. En 1996, pour punir les mutins de la prison Abou Salim de Tripoli, il leur avait envoyé ses milices. Celles-ci avaient réuni dans la cour de la prison tous les détenus, avant de tirer dans le tas faisant 1200 morts.

    Selon l’écrivain libyen Hisham Matar, auteur de Au pays des hommes (Denoël, 2006), qui a pour cadre la Libye crépusculaire sous Kadhafi, « le secret de la longévité du régime est à chercher dans ces campagnes lancées pour faire régner la terreur et traumatiser la population si profondément que celle-ci n’osera plus exprimer en public ses opinions politiques et sociales ».

    Des premières contestations à la guerre civile

    Les premières grandes protestations domestiques contre Kadhafi ont eu lieu en février 2011. Trop longtemps réduits au silence, les Libyens se sont soulevés contre l’oppression et les violences du régime, s’inspirant de leurs voisins tunisiens et égyptiens qui avaient envoyé valdinguer leurs dictateurs respectifs. Le Printemps arabe qui explosait dans les rues du Caire et de Tunis était, estimaient-ils, leur dernière chance pour s’émanciper.

    Dès février, des émeutes éclatent dans l’est du pays où des centaines de personnes

    Image de la télévision libyenne montrant Mouammar Kadhafi entouré par les forces du CNT, le 20 octobre 2011 REUTERS/Libyan TV via Reuters TV

    affrontent les forces de sécurité. Kadhafi fait ouvrir le feu sur des manifestants et menace de faire couler des « rivières de sang ». La contestation s’est rapidement transformée en guerre civile. Avec l’aide logistique des occidentaux, qui avaient depuis le 17 mars le feu vert du Conseil de sécurité des Nations unies pour assurer la protection des populations civiles face à l’armée libyenne, les rebelles réussissent à prendre les principaux bastions du pouvoir et chasser le dictateur de son QG à Tripoli en août. Celui-ci se réfugie alors à Syrte, sa ville natale devenue le dernier bastion des kadhafistes.

    Le 20 octobre, c’est lorsqu’il essaye de fuir Syrte assiégé avec tout son cortège que son convoi est bombardé par l’aviation de l’Otan et le leader déchu est capturé par les insurgés. Selon l’une des nombreuses versions de la suite des événements communiqués par le Conseil national de transition libyen, Kadhafi aurait été blessé dans le raid de l’Otan et aurait succombé à ses blessures dans le pick-up qui le conduisait à l’hôpital.

    Polémique et révélations

    Si l’annonce de la disparition de l’ex-homme fort de la Libye a été quasi-unanimement saluée par la communauté internationale, des zones d’ombre entourant les circonstances de sa chute suscitent la polémique dès le lendemain du jour fatidique. Qui ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Les différentes versions officielles des événements contredisent les vidéos amateurs qui circulent alors sur les réseaux sociaux et sur les écrans de télévision du monde entier. D'où ces interrogations lancinantes. Les versions diffèrent en particulier sur les instants qui ont suivi la capture. On se demande si l’homme a été lynché par ses geôliers, comme les images semblent le suggérer. Celles-ci montrent le Raïs se faisant frapper, insulter, tirer par les cheveux, sodomiser à l’aide d’une bayonette, avant d’être jeté à l’avant d’un pick-up démarrant en trombe, manifestement pour s’éloigner de la foule en délire.

    Des questions se posent aussi sur le possible franchissement de la ligne jaune par l’Otan dont le mandat consistait à « protéger les populations en danger ». Une enquête est réclamée par le Haut Commissariat des droits de l’Homme : « A propos de la mort de Kadhafi hier, les circonstances ne sont toujours pas claires. Nous estimons qu’une enquête est nécessaire », déclara Rupert Colville sur les antennes de la BBC.

    L’enquête sera en fait menée par les agents locaux de l’organisation non-gouvernementale Human Rights Watch. Publié à l’occasion du premier anniversaire de la mort de Kadhafi, le rapport de l’ONG éloquemment intitulé «Mort d’un dictateur : vengeance sanglante à Syrte », remet en cause la version libyenne officielle. Il dénonce l’exécution du Raïs, mais aussi celle d’une partie de son cortège de loyalistes qui auraient été froidement abattus dans la cour d’un hôtel. « Tuer des combattants capturés constitue un crime de guerre », écrivent les auteurs du rapport.

    Le leader libyen Mouammar Kadhafi et le président Nicolas Sarkozy, à l'Elysée, le 10 décembre 2007. (Photo : Reuters)

    Enfin, ce premier anniversaire des événements d'octobre 2011 a aussi été en révélations, mettant en cause cette fois la France, qui avait été particulièrement active à l’ONU lors des débats sur la protection de la population civile en Libye. Un haut responsable de la rébellion libyenne sema le trouble en déclarant aux médias européens (Mediapart, The Telegraph et Corriere della Serra) que c’est un agent des services de renseignements français, mêlé aux insurgés, qui aurait appuyé sur la gâchette et exécuté le colonel. Expliquant comment l'espion français aurait retrouvé les traces de ce dernier, la source libyenne laisse entendre que le numéro de téléphone satellite du leader libyen permettant de le localiser, aurait été livré par nul autre que le Syrien Bachar al-Assad, soucieux, lui, de retrouver les grâces de Paris !

    Certes, ces révélations font froid dans le dos, mais rien n’a permis de prouver à ce jour que ce sont des agents français qui auraient abattu le Raïs. L'hypothèse d'un assassinat ourdi à Paris ne convainc pas vraiment. Cela dit, cette mise en accusation des autorités françaises par les Libyens coïncide avec l'éclatement en 2012 en France d'une affaire politico-financière impliquant le président français Nicolas Sarkozy. A l'origine de l'affaire, la publication dans les colonnes du journal en ligne Mediapart d'un article laissant supposer le financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi. D'aucuns se sont souvenus à cette occasion  des menaces proférées par l'ancien dictateur libyen promettant de révéler au grand public le dossier secret de leurs transactions financières. De là à accuser les autorités françaises d'avoir précipité la chute et la mort de Kadhafi est un pas que personne n'a encore franchi faute de preuves concrètes.

    Changement de régime

    Or, si ce ne sont pas les insurgés de la Libye, si ce n’est pas non plus la DGSE française sous l’influence de Nicolas Sarkozy, alors qui a tué le « guide de la révolution libyenne » sur les routes de Syrte il y a 5 ans ?

    On ne connaîtra sans doute jamais la réponse. En revanche, ce que l’on sait, c’est que la disparition du colonel fantasque de Tripoli était devenue un enjeu majeur pour les puissants de ce monde, qui en cette période de turbulences en Afrique du Nord s’inquiétaient de l’effet domino d’un Printemps arabe devenu incontrôlable. Médusés, ils avaient laissé les révolutionnaires renverser les régimes en place pour imposer leur loi. Pouvaient-ils continuer à laisser faire sans risquer de voir toute l'Afrique du Nord basculer ? D'où sans doute leur empressement à reprendre la main en Libye, au nom de la cause sacro-sainte des civils en danger de mort.

    Telles sont quelques-unes des conclusions de l’enquête approfondie sur l’intervention de l’Otan en Libye en 2011 (1) que vient de publier la commission des affaires étrangères du Parlement britannique. Cette enquête révèle qu'imposer le changement du « régime kafkaïen » de Kadhafi était le véritable objectif de la coalition occidentalo-arabe qui a agi en Libye, du 19 mars jusqu’au 31 octobre, sous l’égide de l’ONU et avec l’Otan pour son bras armé.

    L'objectif de changement de régime pouvait-il se réaliser sans passer par la mise à mort du dictateur en place ? Non, car comme l’écrit l’ancien président de la Commission africaine Jean Ping, qui fut l'un des rares personnalités influentes à militer à l’époque pour une solution politique, « "la guerre humanitaire", drapée sous les bons et nobles sentiments du nouveau principe de la "responsabilité de protéger" - adopté par les Nations unies en 2005 – n’était en réalité qu’une mystification. Elle dissimulait une politique de puissance classique, visant à renverser un régime et à assassiner un chef d’Etat étranger. » (2)

    En réalité, la messe était dite depuis longtemps, lorsque les premières bombes furent larguées pour... « protéger les civils ».


    (1) «Libya: Examination of intervention and collapse and the UK's future policy options », in www.parliament.uk

    (2) « Fallait-il tuer Kadhafi », par Jean Ping. Le Monde diplomatique, août 2014, page 8.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.