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    Hebdo

    En Thaïlande, un prince héritier controversé et une succession délicate

    media Maha Vajiralongkorn, le prince héritier de Thaïlande. REUTERS/Chaiwat

    Le 13 octobre dernier, le roi Bhumibol Adulyadej de Thaïlande disparaissait après 70 ans de règne. C’est son fils, le prince héritier Maha Vajiralongkorn, qui est appelé à lui succéder sur le trône. Mais alors que son père faisait l’objet d’un véritable culte de la personnalité, le prochain souverain de Thaïlande est bien moins populaire, et semble peu préparé à régner sur un royaume de 67 millions d'habitants.

    Quelques heures après le décès de son père, le prince héritier de Thaïlande demandait un « délai » avant de monter sur le trône. De quoi susciter la confusion, dans un pays où la royauté est une institution sacrée, et alimenter les spéculations autour de cette délicate succession. Car Maha Vajiralongkorn est un personnage controversé, qui ne bénéficie pas de l’aura de « demi-dieu » de son père.

    A 64 ans, ce militaire de formation, qui passe le plus clair de son temps en Allemagne, est connu pour son style de vie dissolu, son goût du jeu et de l’alcool. Mais c’est aussi un habitué des frasques et des scandales. La vidéo de l’anniversaire de son chien, élevé au rang de « maréchal de l'air » en 2011, et dans laquelle sa troisième épouse apparaissait à moitié nue, avait fait sensation. Plus récemment, les images de Vajiralongkorn sur le tarmac de l’aéroport de Munich, dans une tenue pour le moins surprenante, ont également contribué à ternir une image déjà peu reluisante.

    Changer d'image

    Une attitude aux antipodes du comportement très pieux de son père, « un bouddhiste exemplaire », rappelle Sophie Boisseau du Rocher. Chercheure associée au Centre Asie de l’Ifri (Institut français des relations internationales), elle estime que son refus de succéder immédiatement au roi Bhumibol, au-delà de se mettre au diapason de l’émotion du peuple thaïlandais, pourrait s’expliquer par une volonté de s’accorder « un temps d’adaptation, d’ajustement ».

    « Pour lui, ce n’est pas une tâche naturelle, il réside une grande partie du temps à l’étranger, où il vit une vie très différente. Il a été peu associé aux initiatives de son père et ce n’est que récemment qu’il a assumé certaines fonctions publiques. Son éducation ne l’a pas vraiment préparé aux responsabilités du pouvoir. Le prince a été isolé de la réalité par la vie de palais et les contraintes du protocole », souligne la chercheure.

    Mais Sophie Boisseau du Rocher nuance. « Cependant, ce n’est pas parce qu’il n’a pas vécu une vie compatible avec celle d’un roi, qu’il ne peut pas passer à quelque chose de plus sérieux. On peut espérer qu’avec de bons conseillers, et soucieux d’assurer dignement l’héritage de son père, son attitude changera », estime-t-elle. Et reste toujours l’option de passer par la religion pour redorer son image : « Il n’est pas impensable qu’il se rachète une conduite dans un monastère : l’aura de son père tenait autant à son statut qu’à son engagement à être un bon bouddhiste ».

    Difficile de dire néanmoins si cela suffira. Maha Vajiralongkorn est souvent décrit comme imprévisible et il a toujours fait l’objet de rumeurs pour le moins inquiétantes. Des rumeurs, par exemple, qui l’ont associé dans les années 1980-1990 à la pègre et à des trafics de drogues. Des rumeurs, encore, qui insistent sur la répression ou les disparitions dont ont été victimes certaines de ses fréquentations. Des rumeurs, certes, mais qui lui valent aujourd’hui son impopularité notoire.

    Dans les bottes du roi

    Si un lourd travail de communication attend la couronne, dans les faits, cela fait déjà quelques années que le prince héritier « remplace son père dans les fonctions symboliques », explique Jean Baffie, sociologue et anthropologue spécialiste de la Thaïlande. « C’est lui qui présidait les cérémonies officielles lors de ses séjours dans le royaume », comme à l’ouverture de la session du Parlement en 2011, l’état de santé de Bhumibol ne lui permettant plus de multiplier les apparitions publiques.

    Un rôle qui ne suffit pas à dissiper pour autant les interrogations sur sa capacité à régner. « Le rôle du roi sera sans doute amoindri. Bhumibol a gouverné pendant soixante-dix ans, a rehaussé le statut du roi et a rétabli la légitimité de la royauté, souligne Jean Baffie. Et quand il a petit à petit disparu de la vie publique pour raisons de santé, c’est le Conseil privé du roi qui faisait tourner la boutique ». Et c’est aujourd’hui ce même organe, dirigé par Prem Tinsulanonda, un ancien général et Premier ministre, qui assure la régence en attendant que le trône soit de nouveau occupé. Or, les relations entre le prince héritier et le régent ne sont pas au beau fixe.

    Le régent, la princesse et la junte

    Prem Tinsulanonda est notamment cité dans des télégrammes diplomatiques publiés par WikiLeaks en 2010, révélant l’inquiétude des élites autour du prince héritier et de la succession. Et aujourd’hui ce délai demandé par le prince questionne aussi sur le cas de sa sœur. Maha Chakri Sirindhorn a été un temps considérée comme une alternative bien plus respectable pour succéder à son père.

    Elle a davantage été associée aux affaires de son père, accompagnant souvent le monarque lors ses déplacements dans le royaume. Et très appréciée des Thaïlandais, elle est aussi plus tournée vers la chose publique et dirige plusieurs œuvres caritatives. « Certaines personnes au sein du Conseil privé du roi sont réticents à voir le prince héritier succéder à Bhumibol. Est-ce que ce délai va être mis à profit pour faire valoir les positions de ceux qui préfèreraient voir sa sœur sur le trône ? », interroge Sophie Boisseau du Rocher.

    La princesse de Thaïlande, Maha Chakri Sirindhorn, lors du transport du corps de son père, de l'hôpital au palais, le 14 octobre. REUTERS/Chaiwat Subprasom

    Mais cela impliquerait une sérieuse entorse aux règles de succession, et rien ne semble indiquer pour le moment qu’un tel changement est à l’ordre du jour. D’autant que Maha Chakri Sirindhorn a « des opinions politiques plus ouvertes », précise la chercheure. Ce qui pourrait compliquer les affaires du Premier ministre Prayuth Chan-ocha, le chef de la junte au pouvoir. C’est d’ailleurs ce dernier qui a annoncé que le prince « avait besoin de temps pour faire son deuil » mais qu’il était « prêt à assurer son devoir d’héritier du trône ».

    « Puisqu’il est moins préparé, il est possible qu’il soit plus facilement manipulable. Peut-être est-ce pour cette raison que le Premier ministre l’a adoubé si facilement », analyse Sophie Boisseau du Rocher. Les enjeux de pouvoir derrière la succession royale sont considérables, mais en Thaïlande, ces questions ne sont jamais discutées en public. Le simple fait de critiquer la monarchie peut tomber sous la loi de lèse-majesté, particulièrement sévère. Le souverain est censé être le garant de l’unité du pays, mais dans un royaume en crise dont le prince héritier a retardé son intronisation, c’est aujourd’hui l’incertitude qui règne.

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