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    François, rescapé du 13-Novembre: «Ne pas se laisser avoir par la peur»

    media Le Bataclan doit réouvrir ses portes le 12 novembre, presque un an après les attentats de Paris. Philippe Lopez/AFP

    François Thévenot se trouvait au Bataclan le soir du 13 novembre 2015, lors de l’attaque jihadiste qui a coûté la vie à 90 personnes dans la salle de spectacle et qui a fait 130 victimes au total, à Paris et dans sa proche banlieue. Blessé au cou par une balle de Kalachnikov, il s’en est sorti et n’entend pas se poser comme une victime. Aux yeux de ce jeune homme de 28 ans, la tragédie qu’il a vécue l’a rendu plus fort. Entretien.

    RFI : Comment allez-vous, un an après le 13-Novembre ?

    François Thévenot : Ça va très bien, je retourne à des concerts, j’y pense plus trop, je refais ma vie normalement. Je n’ai pas l’impression de faire partie des victimes, je n’ai pas ressenti de difficulté juste après l’attentat, donc j’ai pu retrouver ma vie assez rapidement et je n’ai pas plus souffert que ça. Il y a des cicatrices physiques, je ressens toujours un petit peu la douleur évidemment, mais je m’estime chanceux de m’en être sorti. Parce que c’est passé comme un éclair, et j’aurais pu y passer, ça s’est joué à quelques centimètres. Pour moi, la vie est clairement ailleurs, j’essaye de construire quelque chose, d’avoir une vie plus proche de mes passions, de vivre un peu au feeling…

    Ne pas se poser en victime, c’est un moyen de se reconstruire ?

    Je n’ai pas bénéficié de soutien psychologique ou quoi que ce soit, mais j’ai su qu’il fallait miser sur les choix de vie qu’on prend, ne plus trop s’encombrer avec tout ce qui nous pèse au quotidien. Donc j’ai fait plus de projets, j’ai pris plus de décisions personnelles qui m’ont rendu plus heureux, dans l’ensemble j’ai plus agi par moi-même qu’essayer en permanence de rechercher du soutien. J’ai cherché tout ce qui pouvait me rendre heureux dans ce monde pour m’en sortir. J’ai un sentiment d’urgence à vivre, envie de vivre tout à fond, c’est comme une espèce de soulagement… Il y a une part de moi qui est un peu morte et du coup, on essaye un peu de profiter du moment présent, de ne plus s’embêter avec les soucis du quotidien.

    Retourner dans des concerts ne vous a pas éprouvé ?

    Je sais d’avance si je retourne à des concerts que je vais avoir de l’appréhension, mais j’arrive à faire avec. C’est une manière de tester mes propres limites. À chaque fois que je sors d’un concert, je ressens un peu de fierté personnelle. C’est comme un challenge que vivent tous les jours les survivants, on doit faire face à tous ces petits trucs du quotidien. Je vois les choses différemment, mais ça ne m’empêche pas de vivre. Si j’ai appris une chose de tout ça, c’est que je pouvais vaincre mes peurs aussi, et que je pouvais dépasser certaines choses.

    Évidemment, il y a des choses que j’ai remarquées, qui je pense ne changeront pas. Dans tous les concerts où les boîtes où je vais, dès que je suis dans un endroit clos avec du monde, tout de suite c’est les sorties de secours qu’on regarde en premier, c’est la capacité à se déplacer rapidement dans une foule plus ou moins compacte... Quand on prend le métro, on va chercher à inspecter tout le monde, on fait attention à plus de détails.

    On sent chez vous une résilience très étonnante…

    C’est un peu le paradoxe, j’ai l’impression de relativiser beaucoup plus, ça m’a rendu plus fort. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort, voilà, la balle qui est sortie de la Kalachnikov le 13 novembre ne m’a pas tué, elle m’a rendu plus fort. J’ai réussi à rebondir. Quand c’est arrivé, j’ai juste pris deux jours de congé et je suis reparti aussitôt, parce que je sentais que c’était le gros challenge à vivre à ce moment-là, de m’en sortir au niveau professionnel, parce que j’ai pas mal galéré avant. Je me suis dit après ces deux jours de congé pendant lesquels j’étais soigné à l’hôpital que je m’en suis sorti.

    Et le matin du troisième jour, je me suis dit « il faut y aller », je sentais tout de suite le besoin de passer à autre chose. C’est ce que j’ai fait, je me suis un peu noyé sous le boulot, et ça a aidé, et de fil en aiguille j’ai retrouvé un autre travail derrière, là maintenant je fonce un peu tête baissée dans le boulot. C’est comme si ça m’avait conforté dans l’idée qu’il fallait que je me rende utile, parce que je pense qu’il faut gagner les combats du quotidien et ne pas se laisser avoir par la peur. La peur j’en ai tous les jours au boulot quelque part, donc je n’ai pas envie en plus de me rendre malade par rapport à ça. Je suis dans mes rêves, je pense sans arrêt à mes voyages, j’essaye de ne pas me laisser bouffer par ça. Si je me donne au boulot, c’est parce que j’aime ça, j’ai la chance d’avoir un métier qui m’intéresse.

    Mais aux yeux de l’État, vous êtes bien une victime du terrorisme…

    Des fois, je me sens un peu mal à l’aise par rapport à ça, j’ai ce statut de blessé de guerre, je suis aux anciens combattants, j’ai le 100% à la Sécu, tous ces avantages qui m’ont permis d’avoir des aides plus facilement que d’autres... Je n’ai pas eu à me plaindre de mon statut. J’ai envoyé tous les justificatifs au fonds de garantie, j’ai fait tout mon dossier dans les règles, tout ce qu’on me demandait de faire. J’ai été indemnisé, et je n’ai rien eu besoin de contester, j’ai trouvé que le dispositif dans ma situation était adéquat.

    Après, j’imagine qu’il y a d’autres victimes qui ont ces blessures invisibles, et eux ont plus de mal à trouver un vrai statut et à être indemnisés correctement. Moi, au final, j’estime que j’ai été bien traité. La question de prendre un avocat et de se porter partie civile au procès, je ne m’y suis jamais intéressé. Je n’ai pas ressenti ce besoin de me porter en victime et de demander plus, en fait j’avais envie de me débarrasser de tout ça, pour moi c’était une contrainte administrative supplémentaire dès qu’il y avait des papiers à envoyer ou qu’il fallait aller à l’Institut médico-légal. Je n’ai pas eu envie de me retrouver avec les autres survivants pour réclamer plus d’indemnisation, je n’avais pas envie d’être dans quelque chose de lourd.

    L’omniprésence du terrorisme dans l’actualité vous renvoie-t-elle à ce que vous avez vécu ?

    D’un côté c’est rassurant de savoir que l’enquête avance et que des cellules sont arrêtées, mais après, qu’est-ce qu’on est au milieu de tout ça, je ne sais pas trop, je pense qu’il faut surtout agir à notre échelle et puis continuer à vivre. Ma seule réponse par rapport à tout ça serait d’adapter son mode de vie, d’aller vivre ailleurs, quelque part de fuir tout ça. Parce que dans le quotidien, dans le petit milieu parisien, mine de rien, on regarde beaucoup l’actualité, on voit tous les jours des messages d’avertissement dans le métro, tout ça c’est un peu remuer le couteau dans la plaie, et si on a plus envie de vivre tout ça, il faut s’en aller. Moi j’ai envie de m’en aller, j’ai envie de faire d’autres projets, je n’ai pas envie de vivre dans ce monde tout le temps ! Je n’ai plus envie de vivre dans cet environnement, ça me pèse. J’aimerais bien changer de pays.

    Où serez-vous le 13 novembre 2016 ?

    Le 13 novembre 2016, normalement je serai en voyage. Un an après, j’ai un peu envie de marquer le coup, de partir tout simplement, une espèce de pied de nez à tout ça, je pense qu’il ne faut pas être en permanence dans le deuil. J’ai fait une commémoration officielle en janvier, c’était les un an de Charlie Hebdo et de la grande marche qui a eu lieu à Paris, au final tout ça c’est beaucoup de discours… Je n’ai pas besoin d’une date anniversaire pour me remémorer tout ça.

    Je suis allé à une commémoration pour les victimes du Bataclan, c’est plus avec ces gens-là, avec qui je me suis caché le soir des attentats, que j’ai des liens aujourd’hui. Ça me paraît plus important de communiquer avec eux que d’avoir un moment précis dans l’année. C’est des gens qu’on a rencontrés dans un contexte tellement bizarre, que l’on a envie de savoir comment ils vont, comment ça se passe pour eux la reconstruction… Et puis, c’est aussi l’occasion de boire des coups avec des gens qu’on ne connaissait pas, de retourner à des concerts, c’est comme si on faisait le travail de reconstruction à plusieurs. 

    A (re)lire:

    François Thévenot, en octobre 2016. Nicolas Sanders/RFI

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